‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvéChapitre 61 sur 140 · LIVRE xvir. i · texte numérisé non relu

LIVRE xvir. i

Miller un peu effrayée ( car, bien que M. AUworthy eût le sourire le plus doux et le plus bienveillant, il avait quelque chose de terrible quand il fronçait le sourcil), je vous assure que je ne parlerai jamais contre aucun de ceux dont vous aimez à penser favorablement. Assurément, monsieur, une telle conduite ne me conviendrait guère, surtout quand il s'agit de votre plus proche parent. Mais, monsieur, vous ne pouvez pas, vous ne devez pas m'en vouloir, des souhaits que je forme pour ce pauvre malheureux. Sûrement je peux bien l'appeler ainsi à présent, quoique j'aie vu le temps où vous vous seriez mis en colère contre moi, si j'avais parlé de lui avec le plus léger manque de respect. Combien de fois vous ai-je entendu l'appeler votre fils! Combien de fois m'en avez-vous parlé avec toute la tendresse d'un père ! Non , monsieur, je ne peux oublier les expressions tendres dont vous vous serviez en me parlant de lui ; enfin , tous les éloges que vous me faisiez de sa beauté, de son esprit» de ses vertus, de son bon naturel et de sa générosité; non, monsieur, je ne peux les oublier,.

car je les ai tous troii^vés vr lépreuve dans ma propre cause : toutes ces bonnes qualités ont sauvé ma famille. Tous me pardonnerez mes larmes, monsieur, oli ! oui, vous me les pardonnerez. Lorsque je considère combien le sort de ce pauvre jeune homme , à qui j'ai tant d'obligations, a cruellement changé ; lorsque je considère qu'il a perdu vos bontés, qu'il estimait, je le sais , plus que sa propre vie , je dois , ah ! je dois pleurer sur lui. Quand vous auriez un poignard à la main , quand je vous verrais prêt à le plonger dans mon cœur, je ne pourrais m'empécher de pleurer le malheur d'un jeune homme que vmis avez aimé, et que j'aimerai toujours. »

M. Allworlhy fut ému de ce discours , mais il ne parut pas que ce fût de colère ; car, après un court silence, prenant mistress Miller par la main , il lui dit très-affectueusemeut : « Allons, madame, allons, pensons un peu à \otre iille. Je ne peux vous blâmer de vous réjouir d'un mariage qui lui promet tant d'avantages; mais vous savez que ces avantages dépei;,dent en grande partie de la réconciliation du fiLs

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