‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvéChapitre 63 sur 140 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Contenant divers objets.

Avant de revenir à M. Jones , nous ferons encore une visite à Sophie.

Quoique cette jeune personne eût, par ces petits moyens insinuants dont nous avons parlé, mis sa tante de très-bonne humeur, elle n'avait pu parvenir à modérer son zèle pour les prétentions de lord Fellamar. Ce zèle était encore enflammé par lady Bellaston, qui lui avait dit le soir précédent qu'elle était trèssatisfaite de la conduite et des procédés de Sophie envers mylord ; que tout délai serait

danf!;ereux; el que le seul moyeu de réussir était de presser le mariage avec une telle célérité , que la jeune personne n'eût pas le temps de réfléchir , et fût obligée de consentir , en sachant à peine ce qu'elle ferait. « C'est ainsi , disait-elle, que se terminent la plupart des mariages parmi les gens de condition. » Fait probablement vrai , et auquel il faut attribuer, je suppose, cette tendresse mutuelle qui unit par la suite tant de couples forlunés.

Lady Bellaston avait à peu près fait entendre la même chose à lord Fellamar; et tous deux embrassèrent son avis avec tant d'empressement, qu'à la requête de mylord, le leudemain fut fixé par mistress Western pour une entrevue particulière entre les jeunes gens. Ce projet fut communiqué à Sophie par sa taule, qui insista en termes si péremptoires, que la jeune personne, après avoir, sans le moindre succès, dit tout ce qu'elle put inventer pour qu'il n'eût pas lieu, finit par donner la plus grande preuve decomplaisance qu'une jeune i)ersonne puisse donner, el consentit à voir mylord.

i.iVKE XVII. ray

Comme les conversations de ce genre ne sont pas des plus amusantes , on nous excusera de ne pas rapporter en entier tout ce qui se passa dans cette entrevue. Après que lord Fellamar eut fait mille déclarations de l'amour le plus pur et le plus ardent à Sophie , qui rougissait et gardait le silence, elle rassembla enfin le peu de force qui lui restait, et dit d'une voix faible et tremblante: « Mylord, vous devez juger vous-même si votre dernière conduite avec moi a été d'accord avec les protestations que vous me faites maintenant. — N'y a-t-il donc , répondit- il , aucun moyen d'expier mon délire? Ce que j'ai fait, je le crains bien, a dû vous convaincre trop clairement que la violence de mou amour m'avait privé de l'usage de ma raison. — Eh bien! mylord, il est en votre pouvoir de me donner la preuve d'une affection que je me sentirais disposée à encourager , et dont je vous serais très- redevable. — Quelle est-elle, madame .^ dit mylord avec beaucoup de chaleur. — Mylord, dit-elle, baissant les yeux sur son éventail , vous devez sentir combien cette passion

i6o Tom JONES, que vous avez la prétention d'avoir pour moi m'a rendue jusqu'ici malheureuse. — Pouvezvous être assez cruelle pour appeler ainsi la passion que vous m'avez inspirée ! — Oui , mvlord, toute protestation d'amour, faite à l'objet de nos persécutions , est la plus insultante de toutes les impostures. Votre poursuite est pour moi la plus cruelle des persécutions; je dirai plus, c'est prendre, de la manière la moins généreuse , avantage de ma malheureuse situation. — O la plus aimable des femmes ! ne m'accusez pas , s'écria lord Fellamar, d'un procédé aussi peu généreux, car je n'ai plus d'autre but que votre honneur et votre intérêt; je n'ai plus d'autre espoir, d'autre ambition que de mettre à vos pieds, moi , mes titres, ma fortune, enfin tout ce que je possède. — M} lord, dit Sophie, c'est cette fortune, ce sont ces litres qui vous donnent sur moi cet avantage dont je me plains; ce sont là les charmes qui ont séduit mes parents, mais ces charmes sont tout-à-fait sans pouvoir sur moi. Si vous voulez mériter ma reconnaissance, il n'y a qu'un moyen — Pardon

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