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nez-moi , divine Sophie, reprit lord Fellamar : tout ce que je peux faire en votre faveur vous est tellement dû, et me procurera à moi un si grand plaisir, qu'il n'y aurait aucun motif pour votre reconnaissance. — Je vous assure , mylord, répondit-elle, que vous pouvez mériter ma reconnaissance, mou estime et tous les souhaits pour votre bonheur qu'il est en mon pouvoir de faire; je dis plus, vous pouvez les mériter sans peine , car il doit être facile à un cœur généreux de m'accorder ma demande. Souffrez que je vous conjure de cesser une poursuite dont vous ne pouvez espérer aucun suct;ès : je vous demande celle grace autant pour l'amour de vous-même que pour lamour de moi; vous avez le cœur trop noble pour trouver du plaisir à tourmenter une malheureuse créature. Que vous proposez - vous , mylord ! Vous vous condamnez vous - même à une peine inutile, par une persévéïance qui , je le déclare sur mou honneur comme sur le salut de mon ame, ne pourra rien gagner, ue gagnera rien sur moi, dans quelques malheurs que vous puissiez parvenir à me plonger. » Ici
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mylord poussa un profond soupir, et dit: « Estil donc vrai, madame, que je sois assez malheureux pour être à vos yeux un objet de haine et de mépris? ou me pardoun^rez-vous de soupçonner que quelque autre....» Ici il hésita , et Sophie répondit avec assez de force: "Mylord, je ne suis point obligée de vous rendre compte de mes sentiments. Je vous vends graces des propositions généreuses que vous m'avez faites , je conviens qu'elles surpassent de beaucoup mon mérite et mes espérances; j'aime à croire cependant, mylord, que quand je vous déclare qne je ne peux les accepter, vous u'iusisterez pas pour en savoir les raisons. «
Lord Fellamar répondit à Sophie par un long discours que nous n'avons pas compris parfaitement , soit qu'en effet il fut dénué de sens, soit qu'il péchât simplement contre les règles de la grammaire; mais il le termina eu disant : que si elle avait antérieurement engagé son cœur à quelque gentilhomme, dût-il être malheureux toute sa vie, il se croi rait obligé en honneur de se désister de ses
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prétentions. Peut-être milord appuya-t-il nn peu trop emphatiquement sur le mot gentilhomme , car nous ne pouvons expliquer autrement l'indignation qu'il inspira à Sophie, qui dans sa réponse parut vivement offensée.
Tandis qu'elle parlait dun ton de voix plus élevé que de coulurae, mistress Western entra, rouge de colère, et les yeux étincelanls. « Je suis honteuse, dit-elle , mylord , de la réception que vous trouvez ici ; je vous assure que nous sommes tous sensibles à l'honneur que vous avez bien voulu nous faire. Je dois vous dire, miss Western , que la famille attendait de vous une conduite toute différente. » Ici mylord intercéda en faveur de la jeune personne , mais ce fut sans succès. La tante continua jusqu'à ce que Sophie, après avoir tiré son mouchoir de sa poche, se fût jetée dans un fauteuil en versant un torrent de larmes.
Le reste de la conversation entre mistress Western et mylord , se passa du côté de mylord en lamentations amères, et du côté de mistress Western en assurances très-positives que sa nièce consentirait , et même volonlai-
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rement , à tout ce qu'il désirait. « Il faut convenir , mylord , ajouta-t-elle , que celte petite fille a eu une sotte éducation, aussi peu digne de sa fortune que de sa naissance. Son père, je suis fâchée de le dire, mérite toutes sortes de reproches. Nous avons à vaincre en elle une sotte timidité campagnarde : ce n'est que cela, mylord, sur mon honneur; je suis convaincue qu'au fond elle a du sens , et qu'on la ramènera aisément à la raison. »
Ces dernières phrases furent dites en l'absence de Sophie ; car elle avait quitté depuis quelque temps le salon, avec plus d'apparence de colère qu'elle n'en avait encore montré eu aucune autre occasion. Après les plus vives expressions de reconnaissance envers mistress Western , les plus ardentes protestations d'un amour dont rien ne pourrait triompher, et mille promesses de persévérance, que mistress Western encouragea fortement , mylord prit congé et sortit.
Avant de raconter ce qui se passa eusuite entre mistress Western et Sophie, il peut être à propos de rapporter un incident malheureux