LIVRE XVII
dans sa poche , ce qui était littéralement vrai. Sa tante perdant alors toute patience, lui dit sèchement : « Êtes-vous résolue, oui ou non , à épouser lord Fellamar .^ « Sophie ne répondit à celte question que par la négative la plus énergique. Mistress Western répliqua par un serment, ou quelque chose qui y ressemblait beaucoup, que le lendemain de bon matin elle la remettrait entre les mains de sou père.
Sophie s'adressa alors à sa tante de la manière suivante: «' Pourquoi, madame, serais-je forcée de me marier ? Considérez combien cette nécessité vous aurait paru cruelle à vousmême, et combien vos parents ont été plus doux en vous laissant votre liberté à cet égard. Qu'ai-je donc fait pour perdre cette liberté? Je ne me marierai jamais sans avoir obtenu le consentement de mon père et sans vous demander le vôtre; et quand je demanderai ce consentement à l'un ou à l'autre, pour un homme qui en sera reconnu indigne, ne |sera-t-il pas alors temps de me contraindre à en épouser un autre .^ — Puis-je supporter ce discours, s'écria mistress Western, de la part
d'une fille qui a maintenant dans sa poche là lettre d'un assassin? — Je vous proteste, répondit Sophie, que je n'ai point de pareille lettre; et s'il est un assassin, il ne sera bientôt plus dans le cas de vous donner de Tinquiétude. — Comment, miss Western, dit la tante, avez-vous l'audace de parler de lui de cette manière, et de ro'avouer en face votre amour pour un tel homme? — Assurément, madame, dit Sophie, vous interpi-étez mes paroles d'une manière très -étrange. — Miss Western, je vous proteste que je suis décidée à ne pas souffrir plus long-temps que vous me traitiez ainsi. Tel est le résultat des leçons de voire père; c'est lui qui vous a enseigné à me donner un démenti ; il vous a perdue par son faux système d'éducation, et, grace au ciel, il aura la consolation d'en recueillir le Cçuit; car je vous déclare encore une fois que je vous renverrai à lui demain matin; je retirerai toutes mes troupes du champ de bataille, et, comme le sage roi de Prusse , je resterai dorénavant dans une neutralité parfaite. Vous êtes tous deux trop sensés pour avoir besoin d'être goua
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vernés par moi. Ainsi donc, faites vos préparatifs, car demain matin vous évacuerez cette maison. »
Sophie lui fit toutes les représentations possibles; mais sa tante fut sourde à tout co cpi'elle dit. Nous la laisserons donc pour le présent dans son opiniâtreté , d'autant plus que nous ne voyons pas d'espoir de l'amener à changer de sentiment.