CHAPITRE VI
Dans lequel l'histoire est encore continuée.
« Mon ami , vous êtes , certes , le plus étrange des hommes, dit M. Allworthy à Partridge. Non-seulement vous avez souffert pour avoir persisté obstinément dans un mensonge,
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mais y persister jusqu'au bout , et vouloir ainsi passer dans le monde pour le domestique de votre propre fils! Quel intérêt pouvez-vous avoir à tout cela? quel peut être votre motif? «
« Je vois, monsieur, dit Partridge en tomjjant à genoux , je vois que vous êtes prévenu contre moi, et résolu à ne rien croire de ce que je dis. A quoi pourraient donc servir toutes mes protestations? Mais cependant il y a quelqu'un là-haut qui sait que je ne suis point le père de ce jeune homme. »
«Comment! dit Allworthy , voulez -vous nier encore ce dont vous avez été autrefois convaincu par l'évidence même? et n'est-ce pas une confirmation des témoignages portés contre vous, que de vous retrouver avec ce même homme au bout de vingt ans? Je croyais que vous aviez quitté l'Angleterre, ou même que vous étiez mort depuis long-temps. De quelle manière avez-vous eu des nouvelles de ce jeune homme? où avez-vous pu le retrouver, à moins d'avoir entretenu une correspondance avec lui? Ne me le niez pas, car je vous assure que votre fils gagnera beaucoup dans
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mon opinion, quand je saurai qu'il a eu \m sentiment assez profond du devoir filial , pour avoir soutenu secrètement son père pendant un si grand nombre d'années. »
« Si vous voulez avoir la patience de m'écouter, dit Partridge, je vous dirai tout. » Ayant reçu ordre de continuer, il poursuivit ainsi : « Quand vous m'eûtes accablé de votre disgrace, ma ruine la suivit bientôt après, car je perdis ma petite école; et le curé, pensant, je le suppose, faire une chose qui vous serait agréable , m'ôta la place de bedeau; en sorte que je n'avais plus que ma boutique de barbier, laquelle, dans un lieu comme celui-là , était une pauvre ressource. Mais quand ma femme mourut, car jusqu'à cette époque je recevais une pension de douze livres d'une main inconnue, mais que je crois véritablement avoir été la vôtre ( quelle autre personne fait de ces choses -là ?...); mais, comme je disais, quand ma femme mourut, cette pension ne me fut plus payée; en sorte que j'avais alors deux ou trois petites dettes qui commencèrent à m'inquiéter, surtout une
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à un procureur qui l'avait fait monter de quinze shillings à trente livres (i). Voyant donc que tous mes moyens de subsistance m'abandonnaient à la fois, je fis sans diflërer un paquet de mon petit avoir, et je m'en allai. « Je me rendis d'abord à Salisbury, où je me mis au service d'un homme de loi , le meilleur humain que j'aie jamais vu; car il n'était pas seulement bon pour moi, mais je connais mille actions bonnes et charitables qu'il fit pendant que je demeurai chez lui; et je l'ai vu souvent refuser des affaires, par la seule raison qu'elles étaient injustes.- — Vous
(i) C'est un fait arrivé à un pauvre ecclésiastique du comté de Dorset, graces à la scélératesse d'un procureur, qui, non content des frais exorbitants qu'une première action coûta au pauvre homme , lui intenta une seconde action sur le jugement , comme on dit. On peut citer plusieurs exemples de cette méthode oppressive pour le pantre, et qui enrichit les procureurs, au grand scandale de la loi , de la nation, du christianisme, et de la nature humaine elle-même.
( Note de Fielding. )