LIVRE XVIII
n'avez pas besoin d'entrer dans tant de détails, dit Allworthy, je connais cet homme, c'est un digne homme, et qui honore sa profession. — De là, monsieur, continua Partridge, j'allai à Limington , où je fus pendant plus de trois ans au service d'un autre homme de loi, qui était également une bonne pâte d'homme, et assurément l'un des meilleurs vivants de l'Angleterre. Eh bien! monsieur, au bout de ces trois ans, j'élablis une petite école qui commençait à tourner assez bien , sans un accident trèsmalheureux qui m'arriva. J'avais un cochon, et un jour ma mauvaise fortune permit que mon cochon s'échappât et causât une transgression (je crois qu'on appelle cela ainsi) dans un jardin appartenant à un de mes voisins, homme fier et vindicatif, et qui avait pour
procureur un un je ne peux pas me
rappeler son nom ; mais il me fit assigner et m'envoya aux assises. J'y comparus , et Dieu sait tous les mensonges que débitèrent les avocats contre moi ! Il y en eut un qui dit que j'avais coutume de conduire mes cochons dans les jardins d'aulrui, et pis encore:
il termina en disant qu'il espérait que j'avais enfin conduit mes cochons à un bon marché (i). A coup sûr on aurait pu croire qu'au lieu d'être l'humble possesseur d'un seul petit cochon' j'étais le plus gros marchand de cochons de tonte l'Angleterre, — C'est fort bien, dit Allworthy, mais je vous prie, pas tant de détails. Je ne vous ai pas encore ouï dire un mot de votre fils. — Oh! ce ne fut qu'après un grand nombre d'années, répondit Partridge, que je revis mon fils, comme il vous plaît de l'appeler Après cela je m'embarquai pour l'Irlande , et j'établis une école à Cork. Un procès m'y ruina encore, et je restai sept ans daus la prison de Winchester. — C'est bien , dit Allworthy, passons à votre retour en Angleterre. — Ala bonne heure, monsieur, reprit Partridge. Il y a environ six mois que je débarquai à Bristol, où je demeinai quelque temps; n'y trouvant rien à faire, et ayant entendu parler d'un village entre Bristol et Glocester,
(i) Expression proverbiale, pour dire qu'il était enfin dans les mains de la justice. (Éi>)