DE GUILLAUME-LONGUE-ÉPÉE
UT QUI CUNCTA VIDET SIBI VINO PANE FRUI DET ANNO CENTENO NOVIES DUO CUM QUADRAGENO DEFUIT IN MEMBRIS DUODECIMA 1 2 LUCE DECEMBRIS.
QUI GUNCTIS ESGAS DAS CUM CHRISTO REQUIESCAS ’
QUI PANEM CHRISTI PRO MATRIS HONORE DEDISTI QUI DEDIT HOC MUNUS HUNG SALVET TRINUS ET UNUS.
« Guillaume, fils de Rollon, dit Longue-Epée, cher à Dieu, gît couché dans ce tombeau. 11 donna le pain aux chanoines, en l’honneur de la Mère de Dieu. Que la Vierge Marie reconnaissante le protège auprès de Celui qui voit tout, pour qu’il lui soit accordé le pain et le vin3. L’an neuf cent quarante deux, le douzième jour de décembre4, il quitta la vie. Toi qui donnas la nourriture aux autres5, repose avec le Christ; toi qui donnas le pain du Christ, en l’honneur de la Mère du Christ, toi qui fis cette générosité, puisse te sauver la Sainte Trinité ! »
Il n’est pas hors de propos de faire remarquer que ces deux dernières épitaphes sont écrites en vers léonins ; ce qui prouverait qu’elles ne datent point de l’époque de la sépulture, puisqu’on sait que cette sorte de vers n’a été mise en usage que vers le commencement du xii siècle6 . La même observation doit s’appliquer à celles de Rollon.
Guillaume-Longue-Epée mourut, lâchement assassiné par Arnould, comte de Flandre, dans une île de la Somme, où ce dernier lui avait indiqué une conférence. L’inscription du tombeau le fait périr en 9 52 ; mais le témoignage de Dudon de Saint-Quentin, et surtout celui de Flodoard, contemporain de l’évènement, ne permettent pas de douter que sa mort n’ait eu lieu en 943. On ignore l’époque de sa naissance; on sait seulement qu’il vit le jour à Rouen. Son père le fit élever, dit-on, à Bayeux, parce que l’usage de la langue des hommes du Nord y était plus répandu ou mieux conservé qu’à Rouen. Rollon, se sentant
1 II faudrait duodena pour faire le vers, et Uliistoire le rejette. Taillepied donne 1er sena : Farin , ler dena ; ses continuateurs, ter sena. La quantité admet les deux leçons; mais la dernière, 18 décembre, est la plus voisine de la vérité, puisque le Nécrologe de la Cathédrale fait mourir Guillaume-Longue-Epée « le 16 des Calendes de janvier; » c’est-à-dire le 17 décembre. Voir plus bas, note 5. — F. B.
2 « Cum nato cunctis escas tribuente quies cas, » dit Farin, après la Chronique de Normandie, et Taillepied. —F. B.
* M. Deville avait lu vino et le texte de Farin porte vivo. — « Pour que celui qui voit tout lui accorde de jouir du
pain vivant. » — F. B.
4 Traduction de duodecima, lecture défectueuse. Voir plus haut, note 1. — F. B.
5 Le poète fait ici allusion à la distribution de pain qui, de temps immémorial, était faite aux chanoines, au moyen d’une fondation de Guillaume-Longue-Epée. Le Nécrologe de la Cathédrale (Ms. du xme siècle) en fait mention à l'article de ce prince : « Januarii XVI Kal. obiit Willelmus filius Rollonis in cujus obitu habemus xxx solides in ecclesia de Londinieres et unam summam fruinenti in pane pauperibus. »>
6 Ducange, Glossarium, ad verbum : Leonini versus. — On trouve, chez les meilleurs poètes de l’antiquité, de ces vers dont la fin rime avec la césure du troisième pied. — F. B.