PL. VII
TOMBEAU DE
L'ARCHEVÊQUE MAURICE
tombeau îie l'îlrcljmque iitaurice.
errière le chœur, à gauche, avant d’entrer dans la chapelle de la Vierge, on aperçoit une figure en pierre, en costume ecclésiastique, qui est couchée sur un tombeau également en pierre, placé en renfoncement dans la muraille et faisant corps avec elle.
La partie supérieure du monument se compose d’une arcade semi-circulaire, soutenue par quatre petites colonnettes extrêmement écrasées, dont les chapiteaux sont ornés de feuilles. Au centre de la bande sculptée, qui forme archivolte, on voit représentée l’âme du défunt, sous la figure d’un enfant nu, que deux anges portent dans un linceul. D’autres anges, au nombre de six, tenant dans leurs mains des flambeaux et des encensoirs, complètent cette scène, que l’on trouve souvent retracée sur les monuments funéraires du même âge. Le sarcophage est orné d’un bas-relief composé d’une suite de personnages assis, parmi lesquels, malgré les mutilations de la pierre, on peut reconnaître saint Pierre, à sa clé, et les évangélistes, au livre qu’ils tiennent à leur main. Le nombre des figures ne s’élevant qu’à neuf, il est évident que l’artiste n’a pas eu l’intention de représenter le corps des apôtres ; mais, dans tous les cas, l’auréole ou nimbe, qu’on remarque à toutes les têtes, est un indice certain que ce sont ici
des personnages sacrés 1 * * 4 . Les auteurs du Voyage pittoresque et romantique en Normandie % qui ont donné un dessin de ce tombeau, les ont transformés en chevaliers. En supposant qu’ils n’aient pas cherché le mérite de l’exactitude, il faut convenir que du moins ils auraient pu mieux choisir.
Avant de parler de la statue, qui fait le principal ornement de ce tombeau, je dois faire remarquer que les colonnes, surmontées de leurs ogives, n’appartiennent point au tombeau lui-même, bien qu’elles y figurent en saillie, mais qu’elles font partie de la décoration générale de l’église : elles régnent dans tout le pourtour du chœur. Néanmoins, on peut se convaincre, en jetant les yeux sur la gravure (PI. VII), qu’elles se marient très-bien avec l’ensemble du tombeau, et qu’elles produisent même un effet assez pittoresque.
Le prélat est représenté couché sur un linceul, les bras croisés sur la poitrine, et tenant sa crosse de la main droite (la partie inférieure et la tête de la crosse ont disparu.) L’anneau pastoral est passé au doigt du milieu de la même main 3 ; mais, par une disposition assez singulière, il est arrêté à la seconde phalange. Les cheveux du prélat sont courts et arrondis. La tête est revêtue d’une mitre peu élevée, telle qu’on la portait avant le xvf siècle, et qui était ornée seulement d'espèces de galons à enroulements d’un beau style, qui rap pellent l’époque de saint Louis 4. En général, sous le rapport du dessin, la figure ne manque pas d’un certain caractère : les détails en sont traités avec soin.
Le premier objet qu’on doive remarquer dans le costume de la statue est le pallium. Cet ornement, signe de la dignité archiépiscopale et de l'investiture papale, se compose ici de deux bandes plates et nues, dont l’une coupe horizontalement la poitrine, et la seconde descend perpendiculairement jusque au-dessous des genoux. Le pallium est placé sur la chape de pallium, autrement la chasuble, qui se déploie et s’arrondit par-devant. C’est cette partie antérieure du vêtement que le docteur Militer, d’après la gravure insérée dans l’ouvrage
1 En France, sous la seconde race, les rois prirent le nimbe à l’imitation des empereurs d’Orient. Postérieurement il fut invariablement réservé aux images de la Divinité, des apôtres, des saints et des personnages de l’ Ancien- Testament, tels que Salomon, David. C’est faute d’avoir fait cette remarque que des savants, très-recommandables d’ailleurs, se sont trompés sur les statues qui décorent le portail des églises de Chartres, du Mans, Angers et autres, dans lesquelles ils ont voulu voir des rois de la première race. C’était l’Ecriture sainte, et non l'Histoire de France, qu'il fallait ouvrir pour appliquer aces statues auréolées le nom qui leur appartient. .Nous n’entrerons pas dans l’examen de ce fait curieux d’archéologie ; il nous entraînerait ici beaucoup trop loin.
1 Voyages pittoresques et romantiques dans l'ancienne France (Haute-Normandie, Seine-Inférieure et Eure), par Ch. Nodier, J. Taylor et Alph. de Cailleux. Paris, Didot, 1820-1825, 2 vol. gr. in-fol. — F. B.
5 Sur un des gants du prélat on voit dessiné l’agneau portant bannière, type armorial de la ville de Rouen.
4 Les évêques, du moins en .Normandie, n’avaient point encore, dans le cours du xie siècle, adopté la mitre; ils avaient la tête nue et tonsurée. L’usage des mitres ouvertes par devant et affectant la forme d’un croissant, subsista dans cette province jusque vers la fin du xii* siècle. Ce fut alors (vers 1 180) que les évêques prirent la mitre pleine par devant et ouverte des côtés, telle que la portent les prélats de nos jours; laquelle fut basse et étroite d’abord, puis, successivement, plus large et plus élevée.
DE L’ARCHEVÊQUE MAURICE
de M. Dawson Turner, a prise pour la dalmatique *. Si le savant docteur eût pu examiner le monument lui-même, il se fût facilement convaincu qu’elle ne fait qu’un avec la chasuble.
Il serait plus difficile de décider, à l’inspection de la statue, si l’espèce de pèlerine brodée avec le collet, qui part de la naissance du cou, fait également corps avec la chasuble, ou bien lui est superposée. Ceux qui seraient portés à adopter la dernière opinion, vers laquelle je pencherais moi-même, peuvent voir dans cette partie du vêtement la mosette, ou mieux encore le lorum, si nous devons admettre, ce qui paraît fort présumable, que l’ancien costume* papal et archiépiscopal ait été emprunté au costume des empereurs d’Orient \
Au-dessous de la chasuble est l’aube, qui est enrichie d’une large et profonde broderie. Celle-ci recouvre la dalmatique, si l’on n’aime mieux reconnaître dans ce dernier vêtement la tunique.
Entre la dalmatique et l’aube pendent deux bandes brodées qui paraissent avoir une assez grande analogie avec l’étole moderne. Du bras gauche du prélat descend le manipule, qui est terminé par une frange, ainsi que le pallium.
Nous ne parlerons pas de la chaussure, les pieds de la statue ayant disparu. Cette dégradation ne doit pas être ancienne, puisque M. Dawson Turner, qui écrivait en 1820, parle des sandales du prélat.
Les historiens de la Cathédrale et de la ville de Rouen ne nous ont pas laisse le nom de l’archevêque dont ce tombeau renferme les restes ; ils ne s’entendent point à cet égard. Ils eussent été tirés d’embarras, si la lame de cuivre, incrustée dans la muraille, au-dessus de la statue, qui n’a laissé que sa trace, eût encore existé de leur temps.
Un ancien manuscrit, relatif à la Cathédrale de Rouen, dont nous avons dû la communication à notre savant confrère et ami, Auguste Leprévost, nous met à même de remplir cette lacune. On y lit :
« Autre épitaphe, qui est derrière le chœur, près de la chapelle de la Vierge, du côté gauche, au-dessus du tombeau, dans la muraille 3 . »
1 Letters from Normandy; t. I, p. 155. London, 1820.
Turner (Dawson). Account of a Tour in Normandy ; underlaken chiefly for the purpose of investigaling the architectural antiquities of the duehy; with observations on ils history, on the country, and on its inhabitants. London, 1820, 2 voi. gr. in-8° avec 50 planches. — F. B.
3 Le pape Léon IX, dans une de ses lettres, mentionne le lorum entre autres marques de la dignité impériale conférées aux pontifes de l’Eglise par Constantin : « Nec non et superhumerale videlicet lorum, quod impériale circumdare solet collum. »
Une médaille de i’empereur Léon IV le représente orné de cet insigne, qui offre la plus grande ressemblance avec celui de 'la statue que nous décrivons.
3 U -serait .très facile et bien désirable de restituer, à cette place, cette intéressante inscription tumulaire. Nous en exprimons ici le vœu.
La Commission des Antiquités de la Seine-Inférieure appuyait le même vœu exprimé, le 18 décembre I8fi9, par M. l’abbé Collas — Voir Bulletins, t. I, p. 410. — F. B.
TOMBEAU
HIC JACET
MAURITIUS EX EPISCOP.
CENOMANENSI AD ROTHOM. ARCHIEP.