‹ Tombeaux de la cathédrale de RouenChapitre 33 sur 99 · MALHERBE · texte numérisé non relu

MALHERBE

Tant grate chèvre que mal giste.

— DEVISE DE LOUIS DE BRÉZÉ

orsque Roullant Le Roux traçait le plan du tombeau de Georges d’Amboisel, l’architecture, dite gothique, avait déjà fait place à l’architecture moderne, baptisée du nom de la Renaissance, qui, bien qu’elle eût cédé le pas à sa rivale, se faisait encore sentir sous le crayon et sous le ciseau novateur de l’artiste, tant cette architecture gothique , si hardie, si élégante, si féconde, et consacrée par tant de siècles, conservait encore d’empire ! Mais c’était là son dernier soupir. Quinze ans s’étaient à peine écoulés qu’elle avait disparu pour toujours. Nous en trouvons la preuve dans le mausolée que nous avons sous les yeux. Là, déjà, plus de mélange ; l’imitation du style grec antique brille pure et entière : une nouvelle ère avait commencé pour les arts.

Ce mausolée appartient à Louis de Brézé, grand sénéchal et gouverneur de Normandie, petit-fils de Pierre de Brézé , et mari de la célèbre Diane de Poitiers, mort au château d’Anet, le 23 juillet 1531. Sa veuve le lui fit ériger.

Ce monument (PL XI), un des plus beaux ouvrages du xvie siècle, de cette époque où les arts brillèrent d’un si vif éclat, est tout entier en albâtre et en marbre noir, et rehaussé

TOMBEAU

d’or1 *. Il présente un développement de plus de 7^,50 en hauteur, sur 3^25 de large environ1. Au premier coup-d’œil, on est frappé de la richesse et de l’élégance de cette belle composition; un examen approfondi ne fait qu’ajouter à cette première impression.

Sur une plinthe, qui lui sert comme de première assise, pose un sarcophage en marbre noir, dont le coffre, à larges cannelures, s’évase vers le pied 3. La tablette qui le recouvre, et dont la tranche offre ces mots gravés en lettres d’or :

JHiscricortes ccitbo nos concerte.

« Tourne vers nous tes yeux miséricordieux, »

porte une statue en albâtre représentant Louis de Brézé mort. Le personnage est nu et étendu sur un linceul, les pieds tournés à l’orient. Le bras droit pend le long du corps; le gauche est ramené sur la poitrine. La tête, légèrement inclinée en arrière, comme pour trouver un point d’appui, est à demi coiffée du linceul. La mort est peinte sur la face, mais la mort déjà vieille : le renfoncement des yeux, la dépression des muscles, l’affaissement de la chair, tout annonce un état voisin de la putréfaction. Il serait difficile de voir rien de plus vrai et de plus expressif. Il règne, dans toute cette admirable figure, une science si profonde de l’anatomie, un sentiment si naïf, une telle morbidesse enfin, qu’on serait tenté de croire, si l’on ne savait à quel degré de perfection s’était élevé l’art du statuaire, à cette époque, qu’elle a été exécutée d’après un moule pris sur nature 4. Comment ne s’est-on pas senti arrêté, en osant porter la main sur ce chef-d’œuvre de l’art? Il n’est presque pas une de ses parties qui ne porte la trace du couteau. Honte aux sots et aux barbares qui l’ont stigmatisé de leur nom !

En se penchant un peu sur le sarcophage, derrière la statue même, on aperçoit un dé en pierre qui servait autrefois de piédestal à une seconde statue de Louis de Brézé, mais qui le représentait vivant et debout, avec ses insignes, le collier de l’ordre au cou, la cou-

1 Le marbre blanc, malgré l’assertion de tous ceux qui l’ont décrit jusqu’à ce jour, n’entre pour rien dans sa composition. La plinthe, le sarcophage, le fût des colonnes, les entablements, les corniches sont en marbre noir; tout

le reste, y compris les statues, est en albâtre.

5 Du pavé à l’architrave des colonnes, on compte. • . 2m,65

De l’architrave des colonnes à l’attique ou chef . 3, 60

Pour le chef . . . 1, 13

Total de la hauteur . . . 7m,38

* La grille qu’on voit en avant du cénotaphe n’a été placée qu’en 17G5. (Registres capitulaires.)

4 La petitesse des proportions de la statue achèverait de faire repousser cette idée, s’il était nécessaire. En effet sa longueur ne dépasse pas Im,54.

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ronne de comte sur la tête. Cette statue a été enlevée, après avoir été brisée probablement en 1793, à cause des attributs nobiliaires qui la décoraient. À côté de la tête du personnage étaient écrits, en lettres d’or, dans un tillet, ces mots adressés à la Vierge :

^itscipe puces Uirflo kniflita.

« Reçois mes prières, Vierge bénigne. »

On peut les lire encore aujourd’hui.

Aux deux côtés du cercueil s’élèvent, en avant-corps, sur un socle en albâtre, deux colonnes accouplées, d’ordre corinthien1, auxquelles correspondent, en arrière, deux pilastres semblables. Dans l’intervalle qui les sépare, on voit (côté gauche) la statue de Diane de Poitiers, en habit de veuve, agenouillée et en prière, les mains croisées sur la poitrine. Cette figure, d’un dessin médiocre et lourd, est loin d’approcher, pour le style et pour l’exécution, de la statue couchée du cercueil ; elle ne peut appartenir au même ciseau. Je serais plus porté à croire qu’on doit attribuer à la main qui a figuré Diane de Poitiers la statue qui lui fait face, dans l’entrecolonnement de droite, bien que cette dernière figure soit supérieure à celle-là sous le rapport du dessin. Cette statue, également en albâtre, comme toutes celles, au surplus, qui décorent ce beau mausolée, représente une femme richement vêtue, qui porte un petit enfant nu dans ses bras. On s’est longtemps demandé quelle avait été l'intention du statuaire, en plaçant là ce groupe, et qui il avait voulu figurer. Les uns, poursuivis de l’idée plus ingénieuse que vraisemblable que l’artiste avait eu l’intention de montrer, sur son monument, Louis de Brézé aux différents âges de sa vie, ont voulu le voir là enfant, dans les bras de sa nourrice. Les autres ont prétendu que c’était Diane de Poitiers, qui présentait au mort son fils; (le sculpteur a, en effet, figuré un enfant du sexe masculin). Mais ils n’ont oublié qu’une chose, c’est que Louis de Brézé n’avait eu que des filles 2, et point de fils.

Un historien delà Cathédrale3, en nous révélant une circonstance particulière, qui devait prendre sa source dans un fait contemporain, a tranché, ce nous semble, la question. Il

1 Le fût des colonnes, en marbre noir, est cannelé ; les chapiteaux et la base sont en albâtre. Ce fût à lm,46 de long sur Om,1 62 de diamètre; les chapiteaux ont 0m,2IG; la base, Om,l08.

2 Elles étaient deux. L’une épousa Claude de Lorraine, duc d’Aumale; l’autre, Robert de la Marck, seigneur de Sedan et de Bouillon.

* Dom Pommeraye.

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raconte que, de son temps, le peuple de Rouen avait une grande vénération pour cette statue; qu'on lui offrait des cierges, des chapelets, des images, etc., et lui adressait des prières comme à la reine du Ciel1. Ainsi, ce serait la Vierge portant l’enfant Jésus que nous verrions ici. Qu’on remarque, en effet, avec nous, que la figure de Brézé mort et celle qui était en habit de comte, étaient tournées vers elle, et que cette double prière semblait sortir de leur bouche :

S>usripe preces, tbrijo kntt)iia.

« Reçois mes prières, Vierge bénigne. »

iHisericcuAics oculos oO nos ronoerte.

« Tourne vers nous tes yeux miséricordieux. »

Cette remarque se trouve, au surplus, confirmée par les vers suivants de l’auteur des Eloges de la ville de Rouen, qui écrivait en 1668, et qui dit, en parlant de Louis de Brézé :

« Sur un grand marbre noir d’vn beau vase arresté Se voit le corps d’un mort estendu sans armure.

Que l’on prend pour Brézé, quand on voit sa figure Viuante près de là, couuerte d’un manteau Ducal, sur lequel pend un collier d’or très beau De l’Ordre, il montre au doigt cette figure nuë A la Vierge debout, dont proche est la statue,

Laquelle tient l’Enfant Jésus entre ses bras,

Qu’il parait supplier de ne le punir pas,

Mais de lui pardonner chaque faute commise 2. »

Pour achever de lever tous les doutes, nous ferons remarquer l’analogie complète qui existe entre cette statue et la figure en plomb de la Vierge3, qui est placée sur le faîte de la chapelle même de la Vierge, tant sous le rapport de la composition du groupe que sous

1 Dom Pommeraye a dit : « Aux pieds de la figure gisante il y a une image de la Vierge tenant son fils entre ses

bras, laquelle depuis quelques années est devenue, d’une façon assez extraordinaire, le lieu de la dévotion du peuple de Roüen.... » Il parle ensuite des « marques de la piété des personnes qui s’addressent à cette Reyne du ciel dans leurs besoins. » Hisl. de la Cathédrale , p. 57. Ce seul passage dispensait des autres preuves. — F. B.

3 Nous avons ajouté les deux premiers vers et la fin du dernier de celte citation empruntée à Antoine de Lamare de Cbesnevarin, en nous servant de l’édition des Eloges de la ville de Rouen donnée par M. E. Frère, p. 26. — F. B.

! Les Registres capitulaires nous apprennent que cette figure de plomb fut faite en 1540, par un ymaginier de Rouen nommé Nicolas Quesnel. On lui paya vingt livres pour la façon. Tout porte à croire que l'architecte du tombeau aura employé cet artiste et lui aura confié l'exécution de la statue de la Vierge et de celle de Diane de Poitiers en regard, qui paraissent toutes les deux sortir de la même main.

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celui du caractère et du costume de la figure principale; la ressemblance est frappante. Il y a plus ; le faire et le dessin en sont tellement identiques, que nous n’hésitons pas à attribuer l’exécution de ces deux morceaux au môme artiste.

Derrière le groupe de la Vierge, entre les pilastres du fond, est une charmante statuette d’ange, malheureusement mutilée, qui tient un écusson à la main. Il en existe une semblable, au côté opposé, derrière la statue de Diane de Poitiers. Ces deux figures sont du dessin le plus gracieux et le plus pur.

La portion du tombeau que nous venons de décrire est couronnée par un entablement, sur lequel se dessine une jolie frise ornée de têtes ou masques, d’où partent des festons en fruitages, sur lesquels posent des oiseaux délicieusement travaillés : de chaque masque pend un tillet, dont la suite offre cette devise tracée en lettres d’or :

fïUnt qrate djeare que mat qiste.

Elle rappellerait, dit-on, un vieux proverbe emblématique de la mort et du tombeau. Il est certain, dans tous les cas, que cette devise était celle de Louis de Brézé, comme on le verra plus bas, dans la description de la cérémonie de ses funérailles. Elle aura dû naissance à quelque circonstance particulière de famille, qui n’est pas arrivée jusqu’à nous.

L’étage supérieur, ou second ordre du mausolée, se compose d’une arcade semi-circulaire, sous laquelle est placée la statue équestre de Louis de Brézé. De chaque côté règne un avant-corps, soutenu par des cariatides, qui font répétition avec les colonnes inférieures. Ces cariatides, au nombre de quatre, groupées deux-à-deux, supportent l’entablement, au

moyen de corbeilles chargées de fruits, qui sont placées sur leur tête. Elles représentent .*

.des personnages allégoriques, comme l’indiquent les devises. Ce sont, en commençant par la gauche :

La Victoire, avec l’inscription :

La Foi * :

<£nm tri «mp 1)0 flimt»

JfiïieUs

sernper.

' Cette figure est Sa seule portant un emblème qui la rende reconnaissable, les mains entrelacées.

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La Prudence :

priions omni tempore.

Et la Gloire, avec cette devise :

JHcrtuuo cum florin.

Ces cariatides ont lm,G25 de haut, y compris les corbeilles. Le ton extrêmement prononcé de l’albâtre pourrait faire croire qu’elles ont été peintes. Il est certain, du moins, qu’elles ont été rehaussées de dorure dans plusieurs de leurs parties. Ces statues, bien qu’offrant quelque chose d’un peu sec et d’anguleux, surtout dans les extrémités, n’en sont pas moins des morceaux très remarquables de sculpture. Elles ne le cèdent, pour la grâce et pour la fierté du dessin, à aucune de celles qui embellissent cet admirable tombeau.

Revenons à la statue équestre.

Après l’avoir représenté mort et nu, puis vivant, orné des marques de ses dignités, l’artiste a voulu montrer Brézé en guerrier; car il avait servi et combattu sous quatre rois, comme le dit son épitaphe. Aussi l’a-t-il figuré armé de toutes pièces, l'épée à la main, et monté sur son cheval de bataille. Les accessoires du fond semblent indiquer qu’il est en pleine campagne et qu’il va marcher à l’ennemi. La tête est couverte du heaume garni de plumes. La visière, à demi relevée, laisse apercevoir une partie du visage; tout le reste du corps est enfermé sous le fer : cuirasse, brassards, gantelets, cuissots, grèves, soulcrcts, rien ne manque à l’accoutrement militaire. Sur la cuirasse flotte la cotte d’armes ornée de l’écusson du guerrier. Le cheval est armé du chanfrein à tasseaux de fer et de son gardecou. Des bardes et des flancois de cuir, sur lesquels étaient tracés en or l’écu et le chiffre de Brézé, garnissent le corps de l’animal; des plumes voltigent sur sa tête. Le cheval, malgré quelques imperfections de dessin, marche et est bien dans le mouvement. L’homme est parfaitement assis dessus.

La voussure de l’arcade, sous laquelle ils sont placés, est ornée de caissons portant le monogramme du mort enlacé de palmes. En dehors, dans les angles de l’archivolte, sont deux jolies figures de renommées, tenant une palme d’une main, une couronne de l’autre. Au-dessus règne, sur toute la ligne du tombeau, une frise composée de vases, entre lesquels sont des renommées couronnant des griffons, le tout d’un goût exquis, d’un dessin délicieux.

Le couronnement du mausolée, ou, pour nous servir de l’expression ancienne, le chef-

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dc-l’œuvre se compose, au centre, d’une espèce de tabernacle à ailerons flanqué de colonnes doriques, qui sont accompagnées de figures de chérubins. Dans la niche du tabernacle est assise une femme ailée. L’entablement porte cette inscription :

Jhi üirtute tttkrttrtndam ejas.

« Dans la vertu est son tabernacle. »

Cette figure est évidemment allégorique, à ne regarder que le serpent qui est roulé autour de son bras, le glaive nu sur lequel elle s’appuie, le buisson d’épines qui lui sert de siège et surtout le frein qu’elle a dans la bouche. A-t-on voulu, par allusion aux vertus du mort, représenter, sous un quadruple emblème, la Prudence, la Justice, la Patience, la Tempérance, ou, peut-être encore, sous une allégorie collective, la Force d’âme? C’est ce que je laisse à décider à ceux qui seraient tentés d’étudier cette singulière figure.

Aux deux extrémités du chef s’élèvent des acrotères sur lesquels sont placées des chèvres debout', qui soutiennent des écussons ornés du chiffre L B enlacé de palmes. On y reconnaît la chèvre de la devise.

Nous ne nous arrêterons point à faire ressortir, dans ses détails, l’élégance et la richesse de cette composition ; nous ferons remarquer seulement (parce que cette observation n’a point été faite, ce nous semble), avec quelle adresse l’artiste a su placer et réunir, dans un cadre aussi étroit, neuf figures presque aussi fortes que nature, et dont une équestre, sans qu’il en résulte la moindre confusion, le moindre embarras, et même sans qu’aucune des lignes d’architecture se trouve brisée ou interrompue. C’était une difficulté dont il s’est tiré avec autant d’habileté que de bonheur.

Il ne nous reste plus qu’à parler des deux épitaphes, que nous n’avons fait que mentionner plus haut \ Elles compléteront la description de ce tombeau.

Au-dessus de la statue couchée du cénotaphe on voyait, encastrées dans le panneau du fond, deux tablettes en marbre noir, qu’encadrent des cartouches en fruitage. Ces tablettes, qui portaient des inscriptions, avaient été enlevées en 1793. Celle de gauche, qui fut conservée et remise en place par feu M. Riaux, membre de la Commission des Antiquités du département 3, contient ce qui suit, gravé en lettres d’or :

1 Et non des lions, comme l’ont dit Dom Pommeraye (page 57; et ses copistes.

* Voir p. 86.

* Secrétaire archiviste du Tribunal de Commerce, et l’un des premiers membres de cette Commission, puisque sa nomination remonte au mois de décembre 1821. Voir les Procès-verbaux de la Commission des Antiquités , t. I, de 1818 à 1848, p. 31. 11 était mort en 1830. — F. B.

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jfoys be Bresje en son uiuaut djeuolier ï>e torture premier djambdlaii bu ray G3ranb senesdpil lieutenant general et gouoentenr por leb. er. en ses pays et ïinclje be îtormcubie * Capitaine be rcnt gcittilj !j a ntme s be la maison buV. sr. et be rent I) om mes bannes be ses orbonitanccs Capitaine be îtouen et bc Caen. Conte be maulcyrier Baron be Jtlaunu et bu Ber rrespin 5>eigner. rl;astellain bc lîogent le roy, Cnnet5, Breual et iHoncljanoet.

5tprès anoir uesrn par le cours be la natu re en re utonbe eu yertu jusgues a laa gc be lxxii ans la mort la faict mertre en ce tombeau pour retourner yiore perpétuellement, lequel bereba le by meure xxe jour be juillet mil vcc. xxxi1 * 3.

On voit qu’on a cherché à ne passer sous silence aucun des litres de Louis de Brézé. Il en est un pourtant qu’on a omis dans celte longue nomenclature, et c’est probablement le seul qui ait sauvé son nom de l’oubli ; le voici : « Mari de Diane de Poitiers. »

La seconde tablette, qui était placée dans le panneau de droite, a disparu pour toujours. On y lisait les vers suivants :

jDebens le corps que ce blanc marbre serre, jabis le ciel pour embellir la terre transmyst le djsus bes illustres espritj, lequel au corps feist tant Vljoniud acquerre,

1 II touchait, à ce titre, 1000 livres tournois par an, ainsi qu’on le voit par le reçu de Diane de Poitiers, qui s'en faisait payer les arrérages à sa mort.

1 Pour Anel. Voir plus loin le mot écrit de même, p. 94. — F. B.

3 Diane, dans l’acte de fondation des obits de son mari, dit qu’il était décédé le 21 juillet. Dans le reçu dont nous venons de parler, elle le fait mourir le 23 « au XXIIIe jour de juillet, die XXIIIa, jour du (répas dudicl seigneur. » Le dimanche tombait bien ce jour-là : le 21 juillet était un vendredi.

L'épitaphe ci-dessus n'a point été relevée exactement par les divers historiens de la Cathédrale; nous l’avons rétablie dans toute son intégrité.

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qu'fit temps be pair et furieuse guerre, soubs quatre llogs 1 it emporta te prir. le ssuuerniu pour sou partage a pris reste noble aine, et tu terre a repris te corps ja oieur : mais quant a sa qloire ample, pour ce quelle est ï>e uertu tierorce : aur bous iFranrogs est iri fcemouree, pour leur seruir ï>e mémorable cremple 2.

Un peu au-dessus de la première de ces inscriptions, dans l’angle gauche du panneau, et comme sortant de la bouche de la statue qui représente Diane de Poitiers, sont gravés, en lettres d’or, ces quatre vers latins :

HOC LODOICE TIBI POSUIT BREZÆE SEPULCHRUM PICTONIS AMISSO MOESTÀ DIANA VIRO.

INDIVULSA TIBI QUONDAM ET FIDISSIMA CONJUX UT FUIT IN THALAMO SIC ERIT IN TUMULO.

« Louis de Brézé, Diane de Poitiers, désolée de la mort de son mari, t’a élevé ce sépulcre. Jadis ton inséparable et très fidèle épouse, ce qu’elle te fut au lit, elle te le sera au tombeau. »

« La duchesse de Valentinois disait vrai ; elle fut aussi fidèle dans un cas que dans l’autre, » dit le spirituel auteur du Précis de V Histoire de Rouen3. Il n’est pas le seul qui, à l’occasion de cette déclaration poétique, ait décoché son épigramme contre la pauvre Diane de Poitiers. Il n’est pas jusqu’au père Pommeraye, si toutefois on doit entendre malice dans la naïve réflexion de ce bon religieux, qui ne se soit mis de la partie : « Cela se trouva véritable, dit-il, mais dans un sens opposé 4 » . Toutefois, pour tempérer un peu l’ardeur de nos malins esprits, qu’il nous soit permis de rompre une lance en faveur de la

* Charles VII, Louis XI, Charles VIII et Louis XII.

8 II serait facile de restituer cette inscription. Nous croyons être l’interprète de tous les amis des arts et de nos antiquités normandes en exprimant ici le vœu formé de la voir rétablir.

Suivant le vœu de M. Deville, l’inscription a été rétablie dans le style et dans la forme de la précédente. — F. B.

3 Théodore Licquet. Page 47, édition de 1827.

Diane ne fut point enterrée dans la Cathédrale de Rouen, mais à Anet.

4 Histoire de la Cathédrale de Rouen , p. 58. — F. B.

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belle Diane. Nous ferons observer que ce ne fut que cinq ou six années après la mort de son mari qu’elle devint la maîtresse de Henri II ' ; il y a, à coup sûr, bien des femmes qui n’attendent pas si longtemps. Nous irons plus loin. Si, en effet, Diane de Poitiers 11e persista pas dans l’intention qu’elle manifesta d’être inhumée à la Cathédrale de Rouen; si elle voulut l’être au château d’Anet, dans l’église qu’elle y avait fait construire, elle exigea en même temps qu’on y réunit à son cœur celui de son mari, qu’elle avait gardé devers elle \ Voici ce qu’on lit dans son testament, écrit deux ans avant sa mort, en 1564 :

« Je veux et ordonne que quelque lieu qu’il plaise à Dieu m’appeler que mon corps soit emporté cinq jours après mon décez au lieu où j’ai esleu estre enterrée, que je pense que ce sera au lieu d’Ennet ou je faietz faire une esglise.... Dedans icelle ferez faire ung tombeau, sépulture de marbre, faict à mes armes et devises bien faictes ou dedans j’entends y estre mise, ou mon cœur sera mis et amené apres avecques celluy de feu monsieur le grand seneschal mon mari. »

Si l’on songe qu’à cette époque, comme de tout temps, le cœur était regardé comme la portion la plus noble, la plus précieuse, la plus chère du décédé; que c’est à ce titre que Richard-Cœur-de-Lion, que Charles V, que le cardinal d’Estouteville avaient légué leur cœur à la Cathédrale, ne pourrait-on pas, à la lecture de son testament, accorder à Diane de Poitiers qu’elle a pu dire :

« Indivulsa tibi .

Ut fuit in thalamo, sic erit in tumulo ? »

Revenons à la Cathédrale de Rouen, au tombeau du corps de Louis de Brézé.

On ne sait sur ce mausolée, que nous venons de décrire, que ce que nous apprennent les inscriptions qu’on y avait gravées. A part le nom de celui dont il renferme les restes et le nom de la femme célèbre qui l’éleva à sa mémoire, tout le reste, à peu près, était tombé dans l’oubli. L’examen des registres capitulaires nous a révélé des circonstances et des détails inconnus jusqu’à ce jour, que nous nous empressons de faire connaître. Le 3 août 1531, l’évêque de Lisieux 3, l’un des exécuteurs testamentaires de Louis de Brézé, exposait au chapitre de la Cathédrale, que « le grand sénéchal de Normandie, Louis de Brézé, était décédé les jours précédents, Mis diebus (le 23 juillet) dans sa maison d’Anet et qu’il avait

1 Lors de la mort de Louis de Brézé, en 1531 , Henri II n’était âgé que de treize ans.

Les deux éditions précédentes portaient «huit ou neuf années. » Ce changement s'explique par une autre autorité qui permet de placer en 1536 ou 1537, et non plus en 1539 ou 1540 le commencement de l’intimité du Dauphin et de Diane de Poitiers. — F. B.

* C’est à tort qu’un ancien manuscrit, que nous avons cité plus haut (p. 65) le fait déposer à l’abbaye de Coulombs.

3 Jean IV Le Veneur, cardinal de Tillières. — F. B.

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fait choix pour sa sépulture de l’église de Rouen et de la chapelle de la Vierge, derrière le chœur, proche de la sépulture de jadis noble homme Pierre de Rrézé, son aïeul. » L’évêque de Lisieux priait le chapitre d’accorder cette autorisation et de procéder à l’inhumation avec la solennité et la pompe dues à un si haut dignitaire, allié du sang royal.

Le chapitre ayant donné son consentement, après plusieurs séances et de longs pourparlers touchant le jour et l’ordre de la cérémonie, elle fut fixée au vendredi 18 août ; ce qui eut lieu *.

On est naturellement porté à croire que l’érection du mausolée dut suivre de près la sépulture. 11 n’en fut pas ainsi. Un assez grand nombre d’années devait s’écouler avant que Louis de Brézé eût ce pieux hommage.

Bien qu’il fût mort le 23 juillet 1531 et eût été inhumé dans le mois suivant, le 19 août’, le mausolée que nous admirons aujourd’hui n’était point encore commencé, cinq ans après, le 27 mars 1536 3. Diane de Poitiers faisait savoir au chapitre, « qu’elle voulait fonder un obit et une messe pour l’âme de son mari, et qu’elle avait résolu de lui ériger un tombeau dans la Cathédrale, ce qu’elle n’avait pu effectuer, ajoutait-elle, jusqu’à ce jour en ayant été empêchée par un grand nombre d’autres affaires, quod hue usque complere nequimt multis aliis perpedita negotiis. » (Regist. capit.)

Pour ceux qui seraient disposés à commenter la dernière phrase de la missive de Diane, et qui voudraient trouver dans ses royales amours ces grandes affaires qui l’avaient empêchée de penser à son mari, disons qu’à l’époque où elle écrivait ces mots, elle n’avait point encore livré son cœur et ses charmes à Henri IL

Il est certain que Diane de Poitiers n’avait point dissimulé le désir qu’elle avait d’être inhumée, à Rouen, auprès de son mari ; elle l’avait formellement exprimé dans l’acte de fondation des obits pour lui. Le chapitre de la Cathédrale, sous les yeux duquel il avait été mis, consignait dans ses registres : « et aussi que si le vouloir de la dicte dame estoit d’estre inhumée à la dicte eglise, messieurs du chapitre seront tenus souffrir la dicte inhumation estre refaicte jouxte son deffunct mary sans nouvelle sépulture et sans ce que pour ce en puisse aucune chose estre demandé par les dicts du chapitre. »

« Le convoy parti d'Anet le mercredy 16. jour d’Aousl, arriva au couvent des Religieuses Emmurées du Fauxbourg (Saint-Sever à Rouen) le vendredy 18. jour d’Aoust à dix heures du matin, et à quatre heures après midy on alla le quérir en l’ordre qui sensuit. » Farin, Hist. de Rouen, t. Il, p. 46. Onpeutylire le récit de ses funérailles. — F. B.

* « Le lendemain 19. d’Aoust, on chanta dans la Nef de l’Eglise, le service.... et après la Messe, le corps fut porté à la chapelle de la Vierge. » Farin, ibid., t. II, p. 51. C’est par erreur que son texte porte 29. — F. B.

* 1 535 dans les deux éditions précédentes où le vieux style n’avait pas fait place au nouveau. En 1526, Pâques tombait le l G avril. — F. B.

OG

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La résolution exprimée, en 1536, par Diane de Poitiers, doit porter à croire qu'elle ne tarda pas à la mettre à exécution. On peut donc, sans craindre de s’éloigner de la vérité, assigner à l’année 153G, ou à celles qui la suivirent immédiatement, le commencement de la construction du tombeau. Le nom de l’artiste auquel Diane en confia l’exécution n'est point parvenu jusqu’à nous.

Feu Alexandre Lenoir, ancien conservateur des monuments français, dont l’opinion en pareille matière ne laisse pas que d’avoir quelque autorité, voulait reconnaître la main de Jean Cousin dans les sculptures qui embellissent le mausolée de Louis de Brézé; mais aucun document, aucune indication particulière ne vient à l’appui de cette opinion. Quant à ceux qui, avec plus de vraisemblance, selon nous, seraient portés à l’attribuer à un artiste non moins célèbre, Jean Goujon, nous leur fournirons une arme, en rappelant que nous avons constaté, d’après des actes authentiques, la présence de ce grand artiste à Rouen, à une époque qui coïncide avec celle que nous assignons à l’érection du tombeau de Louis de Brézé. Nous avons même donné la preuve qu’il avait travaillé pour la Cathédrale de Rouen1. Entre autres ouvrages exécutés dans cette ville, Jean Goujon avait fait, pour la fabrique de Saint-Maclou, deux colonnes en marbre noir et en albâtre, qui soutiennent le buffet d’orgue de cette église 3.

Lorsque je fis la découverte de ce document dans les anciens comptes de la fabrique de Saint-Maclou, et que mon attention se fût reportée sur ces deux colonnes, que j’avais souvent remarquées, je fus frappé de la ressemblance, de l’air de famille, si je puis m’exprimer ainsi, qu’elles avaient avec celles du tombeau de Louis de Brézé : proportions, chapiteaux, profils de la base et du socle, choix et mélange des matières, tout était semblable. Il n’est pas jusqu’à la distribution des dorures qui ne fût identique. Il était impossible de ne pas reconnaître la même main. Je fis part de ma réflexion à mon éminent confrère Hyacinthe Langlois, qui, de son côté, sans nous être communiqués, avait été conduit à faire la même observation. Aurions-nous donc, par l’effet d’un simple hasard, levé le voile qui dérobait, depuis si longtemps, à l’admiration des amis des arts le nom de l’artiste qui créa ce chefd’œuvre, et qui, dédaignant d’y graver son nom, n’y laissa que le sceau de son génie? Si l’on admet ma conjecture, Jean Goujon aurait été chargé par Diane de Poitiers, comme il le fut plus tard pour son tombeau à elle-même, de faire le tombeau de son mari. Cet artiste en aurait tracé le plan architectural et l’aurait exécuté lui-même, ainsi qu’il le fit pour les

1 Je lis dans les comptes ms. de la fabrique, sous les années 1 540-1 5lt : « A maislre Jean Goujon pour les portraits du portail et de la fontaine paie pour ce 6 u. 1 5 s., par mand1 de mons. Rome jouxte quittance. »

Voir aussi, p. 81, à l’article du Tombeau de Georges d’Amboise.

1 Voir l’Appendice X.

DE LOUIS DE BRÉZÉ

colonnes de Saint-Maclou. Non moins habile statuaire que savant architecte, il aura terminé quelques-unes des sculptures, et notamment, sans doute, la belle figure couchée du cénotaphe, qui, par la science et la beauté du dessin, n’est point indigne de ce grand maître 1 .

Les historiens de la Cathédrale nous ont conservé le récit des cérémonies observées aux obsèques de Louis de Brézé 2 . Cette relation est trop étendue pour que nous la transcrivions ici en entier ; mais nous ne pouvons résister au désir d’en extraire les passages suivants, qui nous ont paru aussi pittoresques que curieux ; nous les empruntons à un manuscrit de l’époque s.

« . Après venoient les coursiers et dextriers de l’escurie du d. feu

sr dont il y en avoit sept tous couvertz de drap noir a une croix de drap blanc sur les quelz estoient sept gentilz homes vestus en deul. Le premier portoit ung estendart de^tafetas aux couleurs du d. feu sr qui sont jaune, noir et rouge. Ou estoit figurée une saincte barbe et une chèvre avec des eee qui signifie Breze et avoit en escript : Tant grate chèvre que mal gist4.

« Le second portoit un aultre estendart semblable au premier.

« Le tiers portoit ung aultre estendart aux couleurs du Roy qui est jaune, rouge, et violet ou estoit figure ung S1 Michel avec sallemandre et ung soleil. Et estoit lestendart des cent gentilz homes de chez le Roy.

« Le quart portoit ung carreau de velours noir sur lequel estoit son espee dharmes dont la croix et pomeau estoient dorees et le fourreau et scainture estoient de satin pers semes de croix dor faicte de brouderie. Et la bouterolle du fourreau et blouge de la scainture estoient dargent.

« Le quint portoit au bout d’un baston son heaulme dore et garni de plumes aux couleurs dud. défi1 et au timbre estoit ung leon dore a deux aisles auxquelles estoit painct les armes dud. sr.

« Le vie portoit ung guidon aux coulleurs dud. sr ou estoit painct les armes dud. sr défit.

« Le vne portoit la cotte darmes dud. sr deff laquelle estoit de velours pers ou estoient en brouderie les armes dud. sr tant devant que derrière que sur les avant bras.

' On sait que Jean Goujon fut employé au château d’Anet par Diane de Poitiers et que ce fut lui qui construisit le mausolée où elle y fut déposée, ce qui peut ajouter un nouveau poids à l’opinion que nous émettons ici.

5 Nous n en voyons pas trace dans l’Histoire de la Cathédrale de D. Pommeraye, mais seulement dans Y Histoire de Rouen de Farin, t. II, pages 45-51. ~ F. B.

* Nous devons à la complaisance de feu M. Edouard Frère, ancien libraire distingué de Rouen, la communication de ce manuscrit, qui s’arrête à l’année 1544.

U provenait de l’ancien fonds Bigot, comme M. Frère nous l’apprend dans la Notice placée en tête des Funérailles de Georges d'Amboise, publiée par lui, en 1804, pour la Société des Bibliophiles normands, p. xi. — F. B.

4 La chèvre et la devise se retrouvent sur le tombeau, ainsi que nous l’avons dit en le décrivant.

TOMBEAU

« Apres venoient quatre desd. coursiers.... Le quatriesme estoit le coursier darmes dud. sr couvert comme les trois aultres mene et conduit par deux, enfans dlionneur..., dont l’un portoit les espérons dorees dud. sret l’aultre les ganteletz. Et estoient les estriefz dud. cheval dorees.

« Apres venoit le corps dud. defb dedens ung coffre lequel coffre estoit couvert dun drap de satin cramoisi broude et sur led. drap estoit l’effigie dud. sr pourtraicte au plus près du viff que faire on peult laquelle effigie estoit vestue de une robe de drap dargent de brouderie ung soulier de velours noir ungs gandz broudees une tocque de velours noir sur la quelle estoit le chappeau de conte qui estoit faict de grosses perles orientalles et autour de son col estoit le collier de coquilles que on dict le collier de l’ordre % et estoit porte le coffre et effigie par douze homes quatre chevaliers quatre prevotz et quatre barons. Et portoient les quatre cornets du drap etc .

« Les vigilles dictes pour prendre le congé les gentilz homes qui portoient les estandartz guydon cotte d’armes heaulme et espérons les meirent devant luy sur la sépulture du Roy1 * 3 et vindrent baiser l’effigie. Apres lescuier trenchant le vint baiser et mettre ses cousteaulx auprès de luy. Apres son barbier luy vint manier les cheveulx et mettre son peigne auprès de luy et le baiser .

« Le lendemain sabmedy xixe 3 jour daoust en d. an 1531 . après la messe célébrée

on porta le corps en la fosse qui est à la chapelle de la Vierge Marie à la main senestre aux piedz de son grand pere. Et après que le corps fut a la fosse 4 et que l’archevesque 5 eust faict les ceremonies qu’on a accoustumé de faire et que il fut parti, le maistre dhostel dud. seigneur rompit son baston sur la fosse en disant mon maistre est mort.

« Puis furent gettees dedens la fosse les estendartz, guydon, cotte darmes, heaulme et espérons par les gentilz bornes qui les portoient. Mais apres furent levées et mises sur lautel, et fut mys sur la fosse une tombe6 ou est figure les armes dud. seigneur dessus.

1 Voir l’appendice XI.

* Le tombeau de Charles V.

s Voilà la preuve que la date du 29, donnée par Farin (voir plus haut, p. 95, note 2), est bien une faute d’impression. — F. B.

4 II est à remarquer que, dans le cours du récit, il n’est parlé que du corps.

s Georges d'Amboise II.

6 Une pierre plate. C'est peut-être celle qui existe encore, en avant du tombeau, et qui aurait été sculptée à i'avance.

DE LUUIS DE BRÉZÉ

Chacun se retira a son logis et les seigneurs se retirèrent au logis archiépiscopal au quel fut faict ung somptueux banquet * » .

Ce que le manuscrit duquel j’ai extrait cette relation, et les historiens de la Cathédrale ne nous apprennent pas, c’est que les chanoines, arguant d’un ancien usage, et ritu et observantiis, voulurent s’emparer de tout ce qui composait la dépouille du corps, ainsi que la représentation. Voici en quoi elle consistait; je copie les termes mêmes du registre capitulaire, qui en donne l’inventaire et qui m’a fourni ce document :

« En suyvent les ornemens qui estoient sur le corps et la représentation de feu monseigneur le grant seneschal premièrement le collier de l’ordre du Roy le manteau et le chapperon de lordre une couverture de satin cramoisy semée de broderie pardessus et deux sarreaux semblables ung bonnet de velours noir ou il y a une enseigne dor et certain nombre de fers dor autour plus ung petit bonnet de vellours noir ou il y avoit certain nombre de fers dor item ung petit scercle de conte garny de plusieurs diamans rubis et perles item ung pourpoinct de satin cramoisy pourfillé de fil dor plus ung paire de chausser noires et ungs soulliers de vellours. »

Les exécuteurs testamentaires de Louis de Brézé, Jean Le Veneur, évêque de Lisieux, et M. deMathan, s’étant opposés à la réclamation des chanoines, ceux-ci consentirent à laisser à la famille le collier et le chaperon de comte ; mais, cette concession ne l’ayant pas satisfaite, le clergé fut obligé de se désister de ses prétentions, non toutefois sans obtenir une indemnité en argent. Elle s’éleva, disent les registres capitulaires, à trois cents écus d’or au soleil, du prix de 44 s. 6 d. tournois : sanimam centurn scutorum auri ad soient de precio XLIIII s. 6d. a Une nouvelle dispute s’éleva bientôt dans le sein même du clergé, pour savoir qui se partagera cette somme ; une décision capitulaire intervint, qui l’attribua, par égales portions, au chapitre et à la fabrique.

Dès l’année 1534 (le 29 août), Diane de Poitiers avait assigné une rente de quarante livres pour une messe solennelle, et une autre de trente-cinq livres pour une messe basse à dire, tous les jours, pour l’âme de Louis de Brézé. Elle ne cessa de veiller à l’exécution de ce pieux devoir. Et qu’on ne pense pas que le souvenir de son mari l’eût abandonnée, après les premiers moments de douleur et dans les pompes de la cour; dix ans s’étaient écoulés 3 depuis la mort de son époux, et elle écrivait aux chanoines de la Cathédrale (les

1 Les mêmes passages, avec quelques modifications de style, se retrouvent dans le récit de Farin, mentionné plus haut, p. 97, à la note 2. — F. B.

* Ce passage se trouve dans les registres capitulaires, à la date du 22 août 1531. — Il ne s’agit pas de « trois cents écus, » mais seulement de « cent écus, <> cenlum scutorum, qui pouvaient faire à peu près « trois cents livres. » M. Deville avait lu aussi : l d., au lieu de: 6 d., que porte le texte original — F. B.

3 1541, puisqu’il mourut en 1531. — F. B.

TOMBEAU

regist. capitulaires en font foi) pour leur rappeler les prières qu'ils avaient à dire sur sa cendre. De temps à autre, elle réveillait leur zèle par quelque don : tantôt c’était un devant d’autel de velours noir à croix, de satin aux armes de Brézé ; tantôt une tunique à broderies, une chappe de drap d’or ; plus tard, une chasuble de velours rouge semée de larmes d’argent ; une autre fois, « une grande chappe d’or frisé à champ d’argent blanc aux orfraiz de velloux rouge obscur cramoisi avec les signes des moys en or fin et au chapperon, force perles * » .

Le 15 décembre de l'année 1558, Diane apprend qu’un service solennel a été fait dans la Cathédrale pourM. de Bouillon; elle envoie tout de suite son secrétaire pour supplier le chapitre d’en faire un tout semblable pour son mari. Cette prière est accompagnée du don de cinq écus a partager entre les chapelains et les choristes. Qu’on songe que, à cette époque, depuis près de dix-huit années, elle occupait la couche du monarque1 *, et qu’on dise si la mémoire de Louis de Brézé n’avait pas, à travers les royales amours, laissé quelque trace dans cette âme extraordinaire3. Malgré la générosité de Diane de Poitiers, le clergé de la Cathédrale se lassait encore moins qu’elle. La grande sénéchale (c’est le litre qu’elle portait concurremment avec celui de duchesse de Valentinois) languissait au lit de la maladie qui devait l’entraîner au tombeau; le chapitre, par délibération du 1er mars 1566, députa vers elle deux de ses membres, leur enjoignant, disent les Registres capitulaires, « de faire visite à madame de Valentinois, de la saluer de la part du chapitre, pour luy remettre en mémoire ce qu’elle avoit il y a jà longtemps promis de donner à leur eglise. » Ils la trouvèrent mourante (le 8 avril 1566), entourée de ses filles, les duchesses d’Aumale et de Bouillon. Diane fit entrer les deux envoyés; elle leur promit de faire encore quelque don à la Cathédrale et se recommanda a leurs prières. Peu de jours après, elle avait cessé de vivre.

Le chapitre, au retour de ses envoyés, médiocrement satisfait, sans doute, se contenta

1 Inventaire ms. de la Cathédrale.

5 Diane n'avait pas quitté le deuil de son mari, qu’elle continua à porter toute sa vie.

D'après cela, les rapports de Diane de Poitiers et du Dauphin seraient de l’année 1540 environ. C’est par oubli de la correction qui les plaçait trois ou quatre ans plus tôt. (Voir p. 94.) Son mariage avec Catherine de Médicis avait été traité, à Marseille, le 27 octobre 1533, quand il avait quinze ans. — F. B.

3 Sous les yeux mêmes de celui que son esprit non moins que ses charmes avaient captivé, elle ne craignit pas de placer un souvenir adressé à l’objet de ses premières affections. On sait qu’elle fît graver, au château d’Anet, sur un marbre, les deux vers suivants, qui étaient tracés en lettres d’or :

BIVEZÆO HÆC STATD1T PERGRATA DIANA MARITO UT DIÜTURNA SU1 S1NT MONUMENTA V1RI.

« Diane reconnaissante a élevé ce monument à Brézé son époux, afin qu’il restât un souvenir durable de lui. »

En supposant que ce marbre eut été placé à Anet, avant que Henri II y eût remplacé Louis de Brézé, du moins est-il certain que Diane ne permit point qu’on le fit disparaître.

DE LOUIS DE BRÉZÉ

d’inscrire sur ses registres : « 11 a été ordonné que chaque jour testai, l’on dira une oraison à la messe pour icelle dame à ce qu’il plaise à Dieu lui avoir ce qui lui est nécessaire. »

Il existe deux portraits de cette femme célèbre.

L’un la représente encore dans l’éclat de sa beauté, peu de temps après la mort de son mari, devant le tombeau duquel (sous le symbole de Diane, la flèche), elle lui exprime sa tendresse :

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