DU PRINCE DE CROY
lcmy, architecte diocésain de Rouen, s’est inspiré des tombeaux, aujourd’hui détruits, de Guillaume de Flavacourt et de Raoul Roussel, dont nous avons pu lui communiquer les dessins.
Il a pensé, avec raison, qu’ayant à ériger un monument sépulcral, dans une chapelle construite dans les premières années du xive siècle, il ne devait pas s’éloigner du style architectural de cette époque, du moins sensiblement, anachronisme qui témoigne du goût de cet artiste distingué. Un coup-d’œil jeté sur le dessin*, que nous devons au crayon de M. Barthélemy, mettra le lecteur à même d’apprécier s’il a été bien inspiré. (PI. XII.)
Sur un socle nu, qui emprunte, de cette simplicité même, plus de force et fait ressortir d’autant mieux l’ornementation du reste du monument, s’étend, dans une longueur de 2m,20, le coffre du tombeau, dont le parement est entièrement couvert d’une suite de petites arcades ogivales portées par des colonnettes.
Des extrémités du socle s’élance, de chaque côté, un élégant pilastre, à trois sections, superposées, répondant, l’une au coffre, l’autre à la niche du tombeau, la troisième, à la galerie supérieure et se terminant par un pinacle, sous forme de clocheton.
Ces pilastres, mesurés à partir du sol jusqu’à la pointe de leur clocheton, s’élèvent à 4m, 90.
Un peu en arrière de la deuxième section des pilastres, à l’entrée de la niche du tombeau, deux petits piliers supportent un arc surbaissé, surmonté d’une grande rosace tréflée, à jour, flanquée de trois plus petites, le tout encadré dans deux montants latéraux, ornés de feuillages rampants, qui se rejoignent, sous forme d’angle aigu, à l’extrémité centrale du monument. Là, ils sont couronnés par une figure d’ange, sonnant de la trompette, symbole du jugement dernier. Du pavé à la tête de l’ange, point culminant du mausolée, on compte 5^,33.
En arrière du pignon que nous venons de décrire, dans la partie supérieure du tombeau, au che f-de-V œuvre, pour nous servir du langage des anciens maîtres-maçons rouennais, s’étend une petite galerie, à claire-voie, qui s’appuie aux grands pilastres latéraux, décoration du plus heureux effet.
Il ne nous reste plus à décrire que la pièce principale du mausolée, la statue de celui dont il recouvre les restes.
Le cardinal prince de Croy est représenté de grandeur naturelle, et étendu mort sur la tablette, sur la tombe, comme on eût dit jadis, du coffre du monument, le visage tourné
‘ C’est d'après ce dessin qu’a été faite, en partie, la planche de M, Adeline. — F. B.
TOMBEAU
vers l’orient. Il est revêtu du costume archiépiscopal, la mitre en tête, la crosse en main. Sa tête pose sur un coussin. A ses pieds est un petit ange assis tenant un encensoir.
L’artiste qui a sculpté cette figure, tout en conservant la ressemblance des traits du visage, a cru pouvoir, suivant en cela l’inspiration de l’architecte du mausolée, dont nous ne pouvons que louer le tact et le goût, modifier légèrement le costume du prélat, pour ne pas le laisser trop en désharmonie avec celui des anciens archevêques dont le style du monument rappelle l’époque : c’est ainsi, par exemple, qu’il a corrigé les proportions si exagérées, si disgracieuses des mitres et des crosses modernes de nos évêques.
Cette figure, due au talent de M. Fulconis, statuaire, est en pierre de liais, tirée des carrières d’Aubigny, près la ville de Falaise, ainsi que tout le reste du monument. Elle fait honneur au talent de l’artiste.
Au-dessus de la figure couchée du prélat, une tablette de marbre noir, affectant la forme de l’écusson des monnaies royales du xive siècle, se voit incrustée au fond du mausolée, dans la muraille, dont la nudité a été dissimulée, avec goût, par une espèce de mosaïque formée de petites rosaces encastrées dans des biseaux.
Sur cette tablette, on a gravé l’inscription composée par feu le vénérable abbé Langlois, savant aussi distingué que modeste.
IIIG JAGET
CELSISS’. ET EMINENT’. D. D. GVSTAV’. MAXIMIL’. JVSTVS