ÉPITAPHE DE BARBE GUIFFART
laude Groulart, premier président au Parlement de Normandie, et Barbe Guiffart, sa femme, n’avaient point été inhumés dans la Cathédrale de Rouen. Les deux tombeaux qui ont contenu leurs restes et qui portent encore leur image, n’y ont été transportés que de nos jours*. Placés, par une heureuse inspiration, dans l’église métropolitaine de la Normandie, l’historien des Tombeaux ne pouvait
les passer sous silence.
Pénétrons dans la chapelle Saint-Etienne, au bas de la Tour-de-Beurre, à main droite, en entrant dans l’église : là vont nous apparaître % placés en regard, le long de la muraille, l’un, à gauche, l’autre, à droite, et tournés vers l’autel, les deux mausolées portant les statues sépulcrales, de grandeur naturelle, en marbre blanc, de Groulart et de sa femme, morts, le premier en 1607, la seconde en 1599.
1 On -verra plus loin les périgrinations mulliples de ces deux tombeaux. C’est du Palais-de-Justice de Rouen qu’ils vinrent, en dernier lieu, dans la Cathédrale. La Commission des Antiquités fut informée par M. l’abbé Cochet, dans sa séance du 28 mars I86f., « de la translation heureusement accomplie de ces tombes. » Voir Procès - Verbaux ,
t. II, p. 335. — F. B.
s Claude Groulart est à gauche de l’autel, et Barbe Guiffart à droite. — F. B.
Claude Groulart a laissé un nom dans les fastes normands, aux temps de Henri III et de Henri IV. Consacrons quelques lignes à ce digne enfant de la Normandie.
Claude Groulart, sieur de la Court, serait né, dit-on, à Dieppe, ou plutôt, peut-être, auprès de Dieppe, à Saint-Aubin-le-Cauf, manoir de ses pères. Son épitaphe sépulcrale le fait mourir âgé de cinquante-six ans, en 1G07, ce qui reporterait sa naissance à l’année 1551, sous le règne de Henri IL
Enfant, il se livra avec ardeur à l’étude des langues anciennes. Condisciple de quelquesuns des savants les plus distingués de son temps, il marcha sur leurs traces et translata du grec en latin trois discours de Lysias. Entré jeune dans la carrière de la magistrature, il ne tarda pas à s'y signaler. En 1578, il était nommé membre du Grand-Conseil. Sept ans après, en 1585, à peine âgé de trente-quatre ans, il était promu au grade éminent de premier président du Parlement de Normandie, fonction qu’il remplit avec éclat jusqu’à sa mort, durant vingt-deux années.
Au milieu des troubles civils, des déchirements politiques qu’il eut à traverser, Claude Groulart déploya un zèle, une énergie, un dévouement à son roi et à son pays qui ne se démentirent jamais. Ne voulant pas plier devant les factieux, maîtres de Rouen, il se retira à Caen, avec les membres du Parlement restés fidèles et y siégea durant quatre années consécutives1. Rentré à Rouen, où le clergé de la Cathédrale avait fait brûler devant le parvis de l'église, par l’exécuteur des arrêts et causes criminelles, un arrêt du Parlement de Caen, rendu sous sa présidence, après que Rouen eut ouvert ses portes à Henri IY, il contribua puissamment à ramener la Normandie à son roi.
Dès l’année suivante, en 1595, Claude Groulart, fidèle aux études de sa jeunesse et à ses goûts littéraires, relevait de ses ruines la Confrérie des Palinods, qui n'avait pu résister aux convulsions politiques qui agitèrent la moitié du xvie siècle. Il parvint à ranimer le zèle des anciens membres de la Confrérie, et leur donna l’exemple, en fondant un prix pour une pièce de vers, dite Stances, qui devait se composer de six quatrains de vers alexandrins. Le prix reçut le nom de La Tour, qui consistait en une bague d’or portant l’empreinte d’une double tour, emblème des armoiries du fondateur \ Cette bague était estimée six livres.
1 De février 1589 au 16 avril 1594. — F. B.
2 Le frère du grand Corneille, Antoine Corneille, chanoine du Mont-aux-Malades de Rouen, remporta le prix de La Tour, en 1039. Bernard de Fontenelle devait, plus tard, en 1671, obtenir le prix de l’anneau d’or, pour une stance sur l’œil.
Le lils du président Groulart, à l’exemple de son père, fonda un prix dit Le Soleil, à échanger contre une bague d’or, de 60 sous.
Nous ferons remarquer qu’au lieu de Stances, ce fut un Sonnet sur l'œil qui valut à Fontenelle l’Anneau d’oiî. — Le Soleil, deuxième prix des Stances, fut fondé en 1611. Voir la Notice historique sur l’Académie des Palinods de Rouen, par M. Ballin, p.. 53 et 40. Il y est question d’autres prix obtenus par Fontenelle. — F. B.