DE CLAUDE GROULART ET DE DARRE GUIFFART
Bouchard, et Henri Groulart, de Barbe Guiffart, sa seconde femme, éplorés, lui ont érigé ce monument. »
On voit, par cette épitaphe, que Claude Groulart s’était marié deux fois et avait un fils de chacune de ses femmes. Il avait épousé la première, Elisabeth Bouchard, vers l’an 1580, qu’il perdit le 15 février 1584. 11 n’attendit pas la fin de l’année pour convoler en secondes noces ; le 20 octobre, il épousait Barbe Guiffart, veuve elle-même d’un membre du Parlement de Normandie, Robert Leroux de Tilly, mort le 17 novembre 1583, avec laquelle il était resté étroitement uni durant quinze années. Le 15 janvier 1599, Claude Groulart perdait sa seconde femme. A neuf années de là, le 1er décembre 1607, ainsi que nous venons de le dire, il la suivait au tombeau.
Ce fut à Rouen, dans la chapelle Sainte-Anne des Célestins, que les deux fils du président Groulart déposèrent les restes de leur père et lui dressèrent le mausolée dont nous reproduisons le dessin. (PL XIII.)
Ce monument tumulaire, si remarquable, devait subir de singulières destinées. Le couvent des Célestins ayant été supprimé en 1783 et enlevé au culte, on ignorait ce qu’était devenu le tombeau de Claude Groulart et celui de sa femme Barbe Guiffart, copie du premier (PL XIII et XIY), qui en faisaient le principal ornement.
On les croyait à jamais perdus, lorsque le savant historien du Parlement de Normandie, M. Floquet, mis sur la voie par la découverte d’une ordonnance de l’archevêque de Rouen, du 19 août 1785, qui autorisait la translation des restes de Groulart et de sa femme du couvent des Célestins à Saint- Aubin-le-Cauf, près Dieppe, se rendit, en 1849, à Saint- Aubin et se mit à la recherche des deux tombeaux. 11 apprit, par un vieillard du pays, que les mausolées de Groulart et de sa femme avaient été placés dans l’église, mais qu’en 1793 on les avait détruits, et que les ossements avaient été jetés dans la fosse commune du cimetière. Quant aux débris des tombeaux, on les avait portés au château, mais il ne savait pas ce qu’ils étaient devenus.»
Aucune trace, aucun souvenir, au château même, l’ancien manoir des Groulart, n’était resté de ces précieux débris. Enfin, M. Floquet, par une heureuse inspiration, ayant fait fouiller des décombres entassés dans une des anciennes écuries du château, vit apparaître le marbre des statues sépulcrales de Claude Groulart et de sa femme Barbe Guiffart, dans un état de conservation remarquable1. Madame la duchesse de Fitzjames, propriétaire alors de l’ancien manoir des Groulart, ayant fait don de ces statues au département, elles
1 Voir la Notice de M. Floquet sur leurs deux tombeaux, Revue de Rouen, 1841, 1er semestre, pages 292-3u2. — F. B.
furent transportées à Rouen et placées dans la grande salle des Pas-Perdus, au Palais-de- Justice, où l’on a pu les admirer durant vingt-quatre années.
En 1865, rendues à leur destination religieuse, à défaut de l’église des Célestins, qui a disparu, elles ont trouvé un asile digne d’elles dans la Cathédrale de Rouen.
Il est regrettable que l’architecte chargé de ce travail, soit qu’il n’ait point été à même de consulter les dessins que nous reproduisons, soit que les fonds nécessaires n’aient pas été mis à sa disposition, n’ait pu restituer entièrement, dans leur forme primitive, avec leur riche décoration, les sarcophages de la chapelle des Célestins.
Le coffre du sarcophage, dont la forme rappelle celle du sarcophage de Louis de Brézé, est orné de cannelures simulées, en marbre noir, trois par trois, séparées entre elles par une bande avec guirlande en cuivre. La base du coffre est garnie de plaques symétriques de marbres noir et rouge accompagnées de deux têtes d’anges en cuivre. Elles posent sur deux marches en marbre blanc.
Le tombeau, placé contre la muraille, a l’est, celui de Claude Grouîart (PL XIII), est surmonté d’une vaste dalle horizontale, en marbre noir, sur laquelle est la figure agenouillée, de grandeur naturelle, en marbre blanc, de Claude Grouîart, dans son costume de premier président, les mains jointes, ayant devant lui un prie-Dieu, avec un livre ouvert, en aval duquel est, parterre, le bonnet de président.
Au centre du sarcophage, sont les armoiries de Grouîart : trois châteaux d'or, deux et un, sur champ d’azur. L’écusson est supporté par deux lévriers debout.
Il existe un portrait de Claude Grouîart, gravé de son temps. L’artiste lui a donné un regard perçant ; aussi a-t-il pu tracer au bas du portrait les quatre vers suivants :
Ce portrait qui partout regarde D’un œil qui contemple et discourt Monstre qu’à tout Grouîart regarde ’
Et qu’il est I’Argus de la Court !.
Le sarcophage de Barbe Guiffart est absolument identique â celui de son mari : dimensions, forme, marbres, ornementation. L’un est la copie de l’autre. La seule différence à signaler est celle de l’écusson armorial tracé sur le sarcophage. Il est mi-partie de Grouîart, mi-partie de Guiffart : annelets d’or sur champ d’azur et de griffes de gueule sur champ d'argent.
1 Au lieu de regarde du manuscrit, c’est prend garde qu’on lit dans le quatrain de son portrait. — F. B.
* Sous le couvert du nom de Grouîart, sieur de La Court, le poète a-t-il voulu faire lancer Yargus sur la cour du Parlement?