‹ Tombeaux de la cathédrale de RouenChapitre 51 sur 99 · REGIA PROGENIES ST1RPS REGIA CÆSARIS UXOR · texte numérisé non relu

REGIA PROGENIES ST1RPS REGIA CÆSARIS UXOR

HIC EST MAGNA BREVI CLAUSA MATHILDE LOCO VIRTUTUM TITULIS IIUMANI CULMEN HONORIS EXCESSIT MULIER NIL MUL1ERIS IIABENS.

« Issue de rois, tige de rois, femme de César, ici repose, enfermée dans un petit espace, la grande Mathilde. Au faîte des honneurs humains, elle les surpassa par sa vertu, cette femme n’ayant rien d’une femme*. »

Averti de cette précieuse découverte, je m’empressai de faire auprès des autorités compétentes, dans le but d’obtenir la remise de ces précieux restes et de les transporter dans l’église cathédrale de Rouen, des démarches qui furent couronnées d’un plein succès.

Accompagné de M. l’abbé Langlois, délégué par monseigneur l’archevêque Blanquart de Baillcul, je me rendis, le 19 octobre 1847, au dépôt de remonte du Bec-Hellouin, et là je reçus des mains de l’officier commandant le dépôt, M. le capitaine Germain, la caisse en plomb, que nous transportâmes à Rouen, après avoir dressé, en double, un procès-verbal de celte remise, dont je me bornerai à donner ici au lecteur quelques extraits 3 .

1 Le bois avait disparu, rongé par l’humidité du sol ; le plomb était resté, conservant sa forme de caisse carrée, ayant O"', 53 de longueur sur ora,44 de largeur, et Oml8 environ de hauteur.

2 L’historien Mathieu Paris nous a conservé le distique suivant, qui a été adopté pour l’inscription moderne ;

Ortu magna, viro major, sed maxima partu,

ITic jacet Ilenrici fîlia, sponsa, parens.

Voir plus loin, p. 134.

3 C’est plutôt un résumé qu’une suite d’extraits du procès-verbal. — F. B.

« Le couvercle de la caisse de plomb ayant été enlevé, nous avons trouvé d’abord dans la caisse une plaque de plomb corrodée, de 0m,2G de long sur Qm,20 de large et 5 millimètres d’épaisseur, sur laquelle était gravée en creux l’inscription suivante en latin :

OSSA ILLVSTRISSIMÆ D. D. MATHILDIS IM PERATRICIS INFRA MAJ.

ALTARE REPERTA 2 MART. 1684 IN EODË LOCO COLLOCATA EODË. MENSE ET ANNO.

« Les ossements de l’illustrissime dame l’impératrice Mathilde découverts au pied du maître-autel, le 2 mars 1684, ont été replacés dans le même endroit, les mêmes mois et an, etc.

« Nous aperçûmes ensuite quelques fragments de l’étoffe en soie verte et de son galon, qui avaient servi, en 1684, à envelopper les ossements. Au fond de la caisse, étaient des ossements, dont quelques-uns seulement étaient encore entiers, le tout au nombre de trente-quatre morceaux. Il était évident, d’après leurs proportions et leur délicatesse, qu’ils avaient appartenu à un sujet d'un âge avancé, à une femme, de petite taille. Nous ne pûmes distinguer aucun os ayant fait partie de la tête. »

Le même jour, à cinq heures et demie du soir, nous sommes descendus, à Rouen, au palais archiépiscopal, et là nous avons déposé la double caisse, dans la chapelle de monseigneur l’archevêque, qui a bien voulu en rester dépositaire \

Ces précieux restes devaient, hélas ! y languir, comme oubliés, durant vingt-quatre années, lorsqu’ en 1871 ils furent transportés dans la chapelle Saint-Pierre-Saint-Paul de la Cathédrale, où la cendre de Mathilde devait retrouver celle de l’archevêque Rotrou, son contemporain, et de Gautier-le-Magnifique, le conseiller, l’ami de son petit-fils, Richard- Cœur-de-Lion : c’est là qu’ils reposent. Nous donnons ici, in extenso, la copie du procèsverbal de cette cérémonie, que nous devons à la bienveillance et à la plume de M. Barthélemy, le principal acteur dans cet hommage funéraire. Nous l’accompagnons du texte de l’inscription tumulaire.

■ Le Procès-verbal de reconnaissance au Bec-Jhllouin, el du Transport à Rouen des restes de l'impératrice Mathilde, est en entier dans la Revue de Rouen, 1847, p. 004-009. — F. B.

TOMBES

« Procès-verbal du dépôt des restes de l’impératrice Mathilde dans la sépulture préparée pour les recevoir dans l’église métropolitaine de Rouen.

« L'an mil huit cent soixante-et-onze, l’onzième jour de novembre, nous Henri-Marie- Gaston de Bonnechose, cardinal, prêtre de la sainte Eglise romaine du titre de Saint-Clément, archevêque de Rouen, primat de Normandie, etc., assisté de MM. Robert, chanoine, intendant de la Cathédrale, Périer, prêtre, notre secrétaire particulier, et Barthélemy, architecte de la Cathédrale ;

« Nous sommes transportés dans la chapelle Saint-Pierre-Saint-Paul de l’église métropolitaine, où nous a été présenté le coffre de bois, dans lequel ont été déposés les restes de l’impératrice Mathilde, fille de Henri Ier et mère de Henri II, ducs de Normandie et rois d’Angleterre, épouse de Henri V, empereur d’Allemagne, décédée à Rouen, le 10 septembre 1167, et dont le corps avait été inhumé dans l’église de l’abbaye du Bec; ces restes ont été recueillis et transportés à Rouen, pour y être déposés dans l’église métropolitaine. Le coffre nous a été représenté, lié par un ruban de fil blanc, dont les extrémités ont été fixées par des cachets de cire, dont nous avons reconnu l’intégrité.

« Le coffre a été, sous nos yeux, renfermé et scellé dans une boite de plomb, portant l’inscription : « Ossa Mathilclis filia Henrici I regis Anglorum et Normanniœ ducis. » Puis, le tout a été déposé dans une ouverture pratiquée dans la muraille, non loin de l’autel des saints apôtres Pierre et Paul, du côté de l’Evangile; ouverture qui a été fermée par une première pierre. Nous nous sommes alors retirés, pendant que M. Barthélemy, architecte de la Cathédrale, faisait poser par les maçons la pierre qui forme la clôture extérieure, et sur laquelle est gravée l’inscription qu’on va lire :

OUTU î MAGNA VIRO : MAJOR : SED MAXIMA ! PARTV .;

HIC : JACET ! IIENRICI !• FILIA i SPONSA : PARENS !

MATHILDIS : FILIA ! HENRICI : REGIS ANGLORVM : ET : NORMANNIÆ DUCIS VXOR : HENRICI ! V : CÆSARIS i MATER i 1IENR1C. II PATR1S i RICARDI .= COR : LE0NI3 DICTI :.

OSSA : EJVS : IN ! SANCTVARIO VETERIS : ECCLESIÆ MONASTERII ! BECCENSIS : A : D • MDCCCXLVII REPERTA :

ROTIIOMAGYM : TRANSLATA HIC : REPOSITA SVNT ANNO : DM i MDCCCLXXI !

T O MB P'. D 'ING ERRAN D 'F. STREPAGN I

ET INSCRIPTIONS DIVERSES

« En foi de quoi nous avons fait dresser le présent procès-verbal les jour, mois et an ci-dessus.

« Signé : -f* Henri cardinal de Bonnecliose, archevêque de Rouen. Robert, prêtre.

Fallet, prêtre..

E. Périer, prêtre, secrétaire particulier.

Barthélemy, architecte diocésain.

« Pour copie conforme à l’original :

« Rouen, le 11 novembre 1871.

« Signé : Barthélemy, architecte diocésain. »

L’impératrice Mathilde avait apporté à Rouen d’immenses richesses % dont elle sut faire

un noble usage. Les pauvres eurent part à ses libéralités. La ville de Rouen vit se dresser,

par ses soins et à ses frais, vers l’an 1155, un pont en pierre1 2 3, qui depuis a disparu. Longtemps après, il était remplacé par un misérable pont de bois.

Sortons de la chapelle Saint-Pierre-Saint-Paul. Là, un peu à main droite, dans la direction du nord, se voit une pierre tumulaire, à demi effacée, mais remarquable par son antiquité (PL XYI). Elle remonte au xme siècle. On peut, heureusement, lire encore sur la pierre les premiers mots de l’inscription, qui est tracée en caractères du temps. La voici .:

ipic- janet- insister» JitgciTan- Qwtrepiqjmuro- quoirtutin- ur . .

( chidiaconus de Augo ) . .

« Ici git maître Ingerran d’Estrepagni, jadis archidiacre cl’ Eu, »

car c’est ainsi qu’on doit interpréter le mot latin incomplet. On sait, en effet, qu’Ingerran d’Estrepagni était à la tête de l’archidiaconé d’Eu, dans la seconde moitié du xme siècle. Son nom se trouve cité dans les titres de la Cathédrale, et particulièrement au Livre d’ivoire 3 ainsi qu’au Chronicon triplex etunum ; en 1278, le 31 décembre 4, jour de la fête

1 « Gazas imperatorias, quas secum de Italiâ incomparabiles attulerat. »

(Continuateur de Guillaume de Jumièges.)

* « Multam pecuniam ad pontem .lapideum super sequanam dimisit. »

(Robert Dumont.)

3 On appelle ainsi un anc.ien manuscrit de la Cathédrale, qui a passé dans la bibliothèque de la ville de Rouen. Il doit son nom aux tablettes sculptées en ivoire formant sa couverture.

4 II faudrait Je 21 décembre, date inexacte. encore, le texte portant.-. » Hoc anno, die lunæ, ante festum BeatiThomæ

TOMBES

de saint Thomas, apôtre, il y prend le titre d’archidiacre d'Eu : Ingerranno de Estrepeniaco, archidiacono de Ango *.

Bien que la sculpture de cette tombe soit assez fortement accusée, elle n’a pas entièrement résisté au piétinement des fidèles. La tête est bien conservée; il n’en est pas de même des pieds qui ont disparu 2 .

A gauche, contre la tombe d’Ingerran d’Estrepagni, mais dans une direction transversale, s’étend la pierre tumulaire d’un autre archidiacre, dont elle porte l’image, aujourd’hui presque entièrement effacée; c’est celle de Nicole Sarrazin, mort en 1505, comme l’indique l’épitaphe en français qui court le long de cette vaste dalle 3 :

« gist uencrablc tt îbsrrete personne mnistre Tl ica le ^arrajin en son muant archidiacre du TDenqucsiu U irandjcis chanoine en Le i) lise de Tîmien trésorier et chanoine soe Baienr familier de dcffnnt nions, te cardinal d'CstonteoiUe arcl)eucsipie de Tîonen lequel trespassa te xn t»e octobre mil cinq cens et cinq. Priej Dieu pour sou aine. »

11 légua vingt écus d’or à la Cathédrale de Rouen pour son inhumation et sa sépulture ; à l’église Sainte-Croix-dc-Saint-Ouen, dont il avait été curé, son missel en parchemin escript à la main ; h l’église de Bernières, au diocèse de Baycux, son chasuble bleu avec le mit , aube et fanon, estolle, corporalier et autres ornements. Nicole Sarrazin, qui avait été attaché à la personne du cardinal d’Estouteville, familier du cardinal cl’Estoutemlle, comme le dit son épitaphe, avait été envoyé à Rome, à la mort de ce prélat, pour en rapporter le cœur, qu’il avait légué à son église métropolitaine. Le 12 avril 1483, Nicole Sarrazin, accompagné de trois autres ecclésiastiques, débarqua à Rouen avec ce précieux dépôt, qui fut transporté solennellement à la Cathédrale et placé dans le tombeau que le cardinal d'Estoutevillc avait fait ériger, de son vivant, longtemps à l’avance.

apostoli . » C'était donc « le lundi qui avait précédé la fête de saint Thomas », et non le jour même de la fête.

— Ces trois chroniques ont été publiées par M. Chéruel, sous le litre de Normannix Nova Chronica 18jO). Le nom d'Ingerran d'Estrepagni se trouve à la page 28, parmi les noms de ceux qui assistaient, en 1278, à la remise des clefs de la Fontaine Gaalor au chapitre de Rouen, qui en était propriétaire alors: « Præsentibus his - Inger¬

ranno, etc. » — F. B.

1 11 avait fondé trois messes par semaine, dans la chapelle où devait être déposée sa cendre, probablement celle de Saint-Pierre-Saint-Paul.

2 II est à remarquer que la pierre est un peu moins large du côté des pieds que du côté de la tète. La différence est de 15 centimètres.

5 Elle n’a pas moins de 3m,20 de long sur lm,55 de large. La face et les mains de cet archidiacre du "V exin fiançais sont incrustées en marbre blanc dans la pierre.

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