PERENNI MEMORIÆ D. D. GUILLELMI D’ESTOUTEVILLE S. R. ECC. CARDINALIS
ARCH. ROTOM. AN. MCCCCLIII,
A SUM. PONT. NICOLAO V AD CAROLUM VII GALLIARUM REGEM LEGATI A LATERE QUI ROTOM. EGCLESIAM AMANTISSIMI CORDIS HEREDEM ROMÆ MORIENS INSTITUIT ANNO MCCCCLXXX1I.
RECONDITÜM EST IN TUMULO R. MAURILII ARCHIEP.
1 Probablement canlales, comme on prononçait alors le mot chanlates, terme de couvreur détourné ici de sa signification ordinaire. — F. B.
Il paraît qu un monument ou tout au moins une pierre tumulaire avait été consacrée à la mémoire du cardinal d’Estouteville, dans l'église de l’abbaye de Valmont, lieu de la sépulture des membres de la famille. Il y a plusieurs années, j’ai découvert, dans les ruines de cette église, plusieurs fragments d’une pierre sculptée, sur lesquels j’ai pu lire ces mots :
Guillaume. ..... earîuual urrljeuesque ï>e Huuen
lequel trespussa Lan mil cccclxxiii .
lljonneur ïut quel .
Dans 1 inscription qui termine cette note de M. Deville, la date de 1473 n’est pas exacte. Il faudrait 1483, comme on le verra, ci-après, p. 162, note 1. — F. B.
TOMBES
« A l’éternelle mémoire de monseigneur Guillaume d’Estouteville, cardinal de la sainte Eglise romaine, archevêque de Rouen, l’an 1453, légat du souverain pontife Nicolas V auprès de Charles YIÏ, roi de France, qui, en mourant à Rome, institua, en 1482, l’église de Rouen héritière de son cœur bien aimant. Il fut enfermé dans le tombeau du bienheureux archevêque Maurile 1 * 3 . »
L’inhumation du cœur du cardinal d’Estouteville eut lieu, h Rouen, avec une pompe égale à celle qui présida à l’inhumation de son corps, à Rome, mais avec une plus grande dignité. Le corps du prélat était revêtu de riches ornements en drap d’or; à ses doigts brillaient des bagues du plus grand prix. « L’éclat de ces pierreries, raconte Dom Pommeraye a, donna dans la vue des chanoines de Sainte-Marie-Majeure de Rome, où se passait la cérémonie, et leur List naître un si violent désir de s’en rendre possesseurs, qu'ils se jeterent dessus et commencèrent à luy arracher des doigts, ce que voyant les ermites de Saint-Augustin, conçurent de l’indignation de l’attentat des chanoines, et pour en empêcher l’effet (peut-être pour avoir part au butin) tascherent, de leur coté, de se saisir des bagues; tellement que dans cette contestation, les uns tirant d’un coté, les autres de l’autre, peu s’en fallut que le corps du cardinal ne demeurast nud, au grand scandale de tous les gens de bien. »
Le clergé rouennais témoigna plus de respect pour les restes de son vénérable et illustre prélat.
La Cathédrale de Rouen montre encore aujourd’hui avec orgueil le nom de d’Estouteville gravé sur la belle cloche qui, du haut de la tour Saint-Romain, appelle les fidèles à la prière, et qui reçut, à son baptême, le nom de
MARIE DESTOUTEVILLE.
On y grava l’inscription suivante ;
LAN 1467 REVERENT PERE EN DIEU MESSIRE GUILLAUME DESTOUTEVILLE CARDINAL DOCTEUR ET ARCIIEVESQUE DE ROUEN ME FIT FAIRE ET A Y ESTE NOMMEE MARIE DESTOUTEVILLE.
1 11 ne faut pas croire que le cœur du cardinal d’Estouteville ne fut rapporté, dans la Cathédrale, que plus d’un an après sa mort. Le 22 janvier 14S2, ancien style, est la même année que 14S3 , nouveau style, Pâques tombant, cette
dernière année, le 30 mars. Il aurait donc mieux valu mettre 1483 partout; « la bonne date, » comme le disait une note de M. Deville, édit, de 1 837, p. 194. — F. B.
3 Histoire des Arclievcsques de Rouen, page 57e.
ET INSCRIPTIONS DIVERSES
Au-dessous, on mit l’écusson armoirié des d’Estouteville, qui y fut appliqué au moyen d’une pierre gravée par un maçon, qui reçut 30 sous tournois pour sa peine.
Le fondeur Pierre Chapuzot, en outre de son marché de 600 livres, reçut une gratification de 12 écus d’or. Il avait pour associé un nommé Jean Girard. Tous sont qualifiés de
maîtres fondeurs de cloches. La Marie-d’Estouteville coûta, tout compris, 1,280 écus d’or, soit 1,920 livres tournois, les 15 livres comptées pour 10 écus.
Le cardinal d’Estouteville ne borna pas là sa générosité. Trois ans après, il faisait don à la Cathédrale d’une seconde cloche, plus petite, fondue par le même Chapuzot, et qui fut appelée la Guillaume. On lit, au registre capitulaire, à la date du 11 septembre 1470: « Ordonné que pendant la procession qui se fera dans la chapelle de la Vierge, on chante Veni Creator pour implorer le secours de Dieu pour la fonte de la seconde cloche que fait faire le sr cardinal d’Estouteville. »
Vers ce même temps, le clergé de la Cathédrale avait entrepris de garnir le chœur d’un double rang de stalles avec leur dais, en bois sculpté, auxquelles on travailla avec ardeur. On s’occupait aussi de la chaire archiépiscopale. On adjoignit à l’artiste, chargé particulièrement de la construire (désigné sous le nom de maistre de l’œuvre de la chaire de monseigneur de Rouen'), quatre ymagiers (sculpteurs).
« Cette chaire, dit-on dans le chapitre, sera faite aussi riche, aussi complète, aussi parfaite que possible, fiat ditior, plenior et excellentior quam fieri posset, d’autant plus, ajoutait-on, que le seigneur cardinal donne pour la facture de la dite chaire de fortes allocations, plurci de bonis suis largitus est. » La dépense s’éleva, en totalité, à 712 livres tournois, somme considérable pour le temps, si l’on prend pour terme de comparaison la paye du maître de l’œuvre et des ymagiers : le premiers recevait 5 s. 6 d. par jour; les autres employés à la journée, 4 s. 6 d.
On ne dit pas si l’ymagier de la chaire archiépiscopale, de son propre mouvement, se permit d’y sculpter une de ces figures lubriques, dont les sellettes des stalles des chanoines étaient semées. Dans tous les cas, le cardinal d’Estouteville, de sa chaire, en pouvait voir, à deux pas de lui, une dont il aurait pu s’indigner.
Outre les monuments dont le généreux prélat avait enrichi son église métropolitaine, il lui avait fait don encore de sa crosse et de sa mitre, qu’il lui légua par testament, et d’une foule d’ornements sacerdotaux de la plus grande richesse, dont nous avons pu relever l’énumération sur les registres capitulaires. Ces détails ne sont point sans intérêt, au point de vue historique et artistique :
1 II se nommait Laurens Adam. On l’avait fait venir d’Auxerre.
TOMBES
« Parements cl’eglise.
« l'ne chappe de drap d’or velut cramoisy, avec orfraiz a perles,
Ung chasuble de semblable drap d’or cramoisy.
Une estolle et trois fanons de semblable drap d’or.
Item, une piece de drap d’or contenant deux aulnes et 3 quarts.
Item, une chappe et ung chasuble de drap d’or blanc.
Item, sept chappes de une raison de drap d'or blanc.
Deux estolles et trois fanons de semblable drap d’or blanc.
Trois amitz garniz de drap d’or blanc à cordons soie violette.
Deux aubes garniz de drap d’or où il y a l’histoire Genuit adoravit.
Item, une chappe, ung chasuble de drap d’or noir.
Quatre chappes de satin noir figure aux orfrais de Angelis cum cruce.
Une piece de drap d’or noir contenant 2 aulnes 5 quarts à bonne mesure.
Ung bel corporalier fourni de perles, les corporeauls dedcns.
Item, troiz chaintures de soye noire faicte à fil d’or. »
Ce fut le cardinal d’Estouteville qui jeta les fondements du château de Gaillon; mais le mérite revint à un de ses successeurs, dont nous venons de décrire, il n’y a qu’un instant, le tombeau !, d’en créer les merveilles. Le cardinal d’Estouteville était digne, par sa munificence et son goût pour les arts, d’ouvrir la route au cardinal d’Amboise. Aussi son nom est-il resté cher aux amis de la gloire et des antiquités normandes.
Outre le coeur du cardinal d’Estouteville, sa tombe renfermait celui d’un membre de sa famille, Jean d’Estouteville, sire de Villebon, capitaine des cinquante hommes d’armes des ordonnances du roi, mort à Rouen en 15521 2. En janvier 1570, la veuve du sire de Villebon, Denise de Labarre, faisait faire un service là où est le cœur de son mari.
En 1576, elle donnait au chapitre, pour la célébration d’un obit « pour le salut des âmes de son mari, d’elle et de leurs amys vivants et trespassés, une chapelle d’ornements.:
« Deux grandes chappes toiile dor et dargent damascee noire a orfraiz de toile dargent damascee.
Trois chappes de damas caffart grix a parementz de damas blanc.
Un grand drap de corps de la mesme toiile dor et dargent damascee a grande croix de toiile dargent damascee garny de velours noir tout a lentour.
1 Georges d’Amboise. — Voir plus haut, pages 69-84.
2 Le 29 avril. Ces indications sont celles du P. Anselme, Histoire généalogique, etc., t. VIII, p. 10!.
ET INSCRIPTIONS DIVERSES
El quinze pièces pour servir a parer trois aulbes et amictz de mesme toille dor et dargent, dont la dicte dame a esté remerciée. »
Le chapitre, pour ne pas être en reste de générosité avec la dame de Villebon, lui envoya deux gallons de vin et deux pains. Il ne se ruinait pas ; 26 sous tournois étaient alloués au receveur du chapitre pour cette dépense. (Registres capitulaires).
Tournons-nous vers le pilier opposé à celui qui porte l’inscription consacrée au cardinal d’Estouteville ; nous verrons attachée, en regard de celle-ci, l’inscription suivante, qui est également tracée en lettres d’or :