TOMBE DE NI CH OLE GIB OUIN
ET INSCRIPTIONS DIVERSES
Celte belle pierre, qui mesure 3m,28 de hauteur sur lm,G0 de largeur, et qui est couverte du plus élégant dessin, fut exhumée, en 1865, dans le transept méridional de l'église, où des mains ineptes et barbares l’avaient fait servir de dallage, après l’avoir retournée. L’architecte diocésain, M. Barthélemy, qui l’avait rendue à la lumière, l’a dressée, au grand jour, contre la muraille de la chapelle Saint-Etienne, en compagnie de celle d’Etienne de Sens, si bien placée en cet endroit.
Sur la lisière de la pierre, on lit l’inscription suivante, tracée en caractères du temps :
ICH [l] • GIST • MESTRE • NICIIOLE • GIBOVIN • JADIS • CLERC • DE •
LA- VILLE- DE- RO VAN • QVI* TRESPASSA- LAN- DE- GRACE- M- CCC- ET- XX- V MOIS- DAVRIL- LE- JEVDI • DEVANT- PASQUES- FLORIES 1 • PRIES • QVE • DEX • BONNE • MERCHI • LI • FACHE • AMEN •
Nichole Gibouin, dans son costume de clerc, la tête nue, les mains jointes, les pieds avec chaussure à long bec, appuyés sur un chien couché, est représenté debout, sous une arcade ogivale, richement ornée, s’appuyant à deux pilastres surmontés de clochetons, le tout d’une élégance achevée. A la partie supérieure, entre les deux clochetons, sont deux anges placés en regard, l’un, portant un encensoir, l’autre, tenant dans ses bras l’image symbolique de Famé du défunt, sous la figure d’un enfant, autant que peut permettre d’en juger la silhouette de l’espace qu’occupait cette figure, laquelle devait être tracée sur cuivre, qui a disparu.
On a également arraché, dans un but cupide, les lames de cuivre sur lesquelles étaient figurées la tête et les mains du personnage, ainsi que les six écussons placés dans le champ de la pierre tombale, trois d’un côté, trois de l’autre, lesquels devaient porter les armoiries du défunt .
Cet acte de vandalisme n’étonnera point de la part de ceux qui avaient mis la pierre la face contre terre.
Nichole Gibouin, nonobstant son simple titre de clerc, à en juger par le luxe et la beauté de la décoration de sa pierre tombale, sans parler de sa dimension, devait être un personnage riche ’ . Son nom ne nous est apparu nulle part ailleurs 3 .
1 On désigne sous le nom de Pâques fleuries, le dimanche des Rameaux précédant la semaine de Pâques. L’année, à cette époque, commençant à Pâques, il s’ensuit que la date de la mort de Nichole Gibouin, décédé le 15 avril avant le dimanche des Rameaux, doit être reportée au 5 avril 1321.
Voir l’Appendice XVI sur le contenu de cette note de M. Deville. — F. B.
5 II est à remarquer que c’est la plus ancienne pierre tombale, la seule du xiv0 siècle, de la Catiièdrale de Rouen qui porte une inscription du temps en français. On en compte quatre dans le siècle suivant: ce sont celles de Denis Gastinel, du duc de Betford, d’Alain Olivier et de Guillaume Leuvain, de 1440 à 1477.
s La Commission des Antiquités s’est occupée de cette tombe et du sens précis de ces mots : « Clerc de la Ville. » Nous .voyions dans Gibouin : « le greffier ou secrétaire de la mairie, » etM.Ch.de Beaurepaire : « le receveur des
TOMBES
Puissc-t-on, ainsi qu’on l’a fait pour cette dernière tombe et pour celle d’Etienne de Sens, dans le même esprit de conservation, relever de terre, et placer, à côté d’eux, contre une des murailles de l’église, cette curieuse pierre tumulaire, reléguée dans le cloître vers l’entrée de l’ancienne salle capitulaire, sur laquelle est figuré un cadavre rongé par les vers !
Sur la frange de cette petite tombe plate 1 court cette inscription, dont malheureusement quelques mots, que nous avons cherché à restituer, sont en partie effacés :
HIC JACET : ROBERTUS- TOUSE • NUCIUS- ECCLESIE QUI OBIIT ANO DOMINI MILLESIMO QUINGENTESIMO VICESIMO SE CD (SECUNDO) IX DIE MENSIS JUNII êcAT (parcat) SIBI DEUS.
« Ci gist Robert Tousé, nonce 5 de cette église, qui mourut l’an du Seigneur mil cinq cent vingt-deux, le ixe jour du mois de juin. Que Dieu l’épargne. »
Robert Tousé est représenté sous forme de cadavre nu, rongé, de tous côtés, par les vers. De sa bouche sort une longue banderolle enroulée sur laquelle sont inscrits ces mots :
Expecto resurreciionem mortuorum.
« J’attends la résurrection des morts. »
(Voir PI. XXVII.)
En attendant cet heureux moment, que l’image décharnée du pauvre nonce trouve du moins un asile au sein de l’église sa patronne !
Un conserve, aux archives départementales, deux testaments de Robert Tousé, de 1513 et 1520. Dans l’un et dans l’autre il émit le vœu que son corps fut porté en l’église Notre- Dame de Rouen, pour estre mis en sépulture devant l’uys du chapitre auprès du petit pillier, ce il plaist à MM. du chapitre. Il veut que tous les chapelains de l’église assistent à ses
revenus du chapitre dans la ville de Rouen. » La conclusion a été « qu’il y avait autant de raison dans un sens que dans l’autre, pour le personnage en question.» Procès-verbaux, t. II, 1849-1866, p. 318, 324 et 326. — F. B.
1 Elle a om,89 de long sur 0",57 de large.
* « Messager du chapitre » était le vrai nom de sa fonction. — F. B.
3 Le 23 septembre 1874, M. l’abbé Cochet, après avoir constaté que le relèvement de cette pierre avait été unanimement réclamé pour l’encastrer dans la Cathédrale, ajoutait: « Mais un membre du chapitre a fait revivre pour notre dalle les prisons de l’officialifé, et la retient impitoyablement sous les verrous.» Bulletin de la Commission des Antiquités, tome III, p. 240. Elle y est encore. — F. B.
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obsèques; qu’ils reçoivent douze deniers pour leur peine ; qu’on donne aux pauvres assis dans l’église pour trente deniers de pain pendant trente jours. Il rappelle qu’il est franc des f rairies des prêtres et des clercs du Saint-Sacrement et de Saint-Denis, et conjure ses confrères de faire leur devoir, ce il leur plaist.
Dans une addition à son second testament, il lègue à frère Robert, « son fils, un de ses lianaps, en lui recommandant de prier Dieu pour lui et pour sa mère. Il lègue encore à mons. Fortin sa Bible; à mons. maistre Richart du Fay, chanoine, son tableau de la Passion 1 . »
Robert Tousé exerça ses fonctions de nonce durant trente-neuf années, de 1483 à 1522, aux gages de 30 livres par an. Il avait été élu, comme d’usage, au scrutin, per scrutinium, par le chapitre.
Le nonce, quoique homme d’église, n’était point astreint au célibat; on vient de le voir. Il était le messager, le serviteur du chapitre pour tout ce qui tenait à son service, tant intérieur qu’extérieur. Il portait, dans l’exercice de ses fonctions, une verge d'argent et avait une espèce de livrée, une tunique de deux couleurs, tunicam duorum colorum 2.
1 Nous empruntons ces curieux détails au savant archiviste de la Seine-Tnférieure, M. de Beaurepaire : Bulletin de la Çotnmission des Jnliquités, t. II, 1870 1872, pages 280-282.
8 « Ordinaverunt quod nuncius capituli habeat tunicam duorum colorum, ut est moris, in proximo festo pasche, que sibi expediatur per receptorem vacantium. » Cité par M. de Beaurepaire, ibid., p. 282. Son successeur fut nommé le 25 juin 1 522. — F. B.
£bte te* pvùtcipaur IPerjeannage^
Apparent rari nantes in gurgite vasto.
(Virgile.)
On en voit peu surnager sur ce vaste abîme.
931*. Rollon, 1er duc de Normandie. (Voir pages 11-19).