TOMBEAU DE L'ARCHEVEQUE RAOUL ROUSSEL
INHUMÉS DANS LA CATHÉDRALE
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En voici la traduction :
« Cy-gît homme de bonne mémoire, d’éminente science, seigneur Raoul Roussel, excellent docteur en chaque droit, jadis révérendissime prélat de cette église de Rouen, qui mourut l’an du Seigneur 1452, le dernier jour de décembre. »
Raoul Roussel, en 1433, assistait, sous la qualification de maître Roussel, magistro Roussette prœsente, à la réparation du tombeau de Henri-le-Jeune. (P. 43).
Les exécuteurs testamentaires s’étaient vus dans l’obligation, tant était grande l’omnipotence du chapitre, de lui demander l’autorisation de placer sur le tombeau de leur archevêque cette épitaphe : il fallut une délibération du chapitre pour la leur accorder.
Pour donner une idée du cérémonial observé aux obsèques des archevêques de Rouen, transcrivons le registre capitulaire, où se trouve décrit celui qui eut lieu pour Raoul Roussel :
« 1er Janvier 1453. Le dit jour de sa mort il fut placé le matin dans la chapelle archiépiscopale honorifiquement comme il convient à la dignité archiépiscopale, avec 36 flambeaux ou torches ardentes et autre luminaire, savoir 8 en airain, et après la grand messe de l’église il fut apporté par messieurs du chapitre et autres nobles et bourgeois de la ville et conduit en chantant, dans l’église, comme il est coutume de chanter pour les défunts et placé devant le crucifix, puis, passer dans le chœur de l’église et là fut dit un psalterium. Ensuite, lors de la troisième heure, après midi, le corps, autrement le cadavre, revêtu de l’habit pontifical avec Ja mitre fut porté jusqu’à la croix du cimetière de Saint-Ouen de Rouen, et là fut livré au seigneur Jean abbé du dit monastère et couvent. Les quels religieux, précédés de la croix et de cierges, et du dit abbé revêtu pontificalement, le reçurent honorablement et le conduisirent jusque dans le chœur du dit monastère en chantant ; puis après Vigiles, le lendemain ils célébrèrent une messe solennelle et firent un pompeux service, le corps présent »
1 Le ms. ne donnait pas le texte latin, que contenaient les deux éditions précédentes, pages 221 et 237. Nous le rétablissons d'après celui du dessin de la Planche XXXIII. Les seules différences sont : les mots eximius placé après doctor , Rolhomagensis après ecclesix, et la date en chiffres arabes. — F. B.
8 Cette translation du corps de l’archevêque, lors de son décès, à l'église de l’abbaye de Saint-Ouen, remontait à des temps très anciens. Les moines de cette abbaye y tenaient essentiellement. Cet usage était- en vigueur au xvine siècle. Le clergé de la Cathédrale ayant cherché à s’y soustraire, en i 7 1 9, à la mort de l’archevêque d’Auldgné, le Parlement de Rouen, sur la plainte de l’abbé de Saint Ouen, rendit deux arrêts pour forcer le chapitre de la Cathédrale à déterrer le corps de l’archevêque et à le porter à l'église de Saint-Ouen.
LISTE DES PRINCIPAUX PERSONNAGES
Après cette cérémonie, le clergé de la Cathédrale venait en pompe à l'église de Saint- Oaen pour redemander le corps de son archevêque, que l’abbé de Saint-Ouen lui livrait en disant, ainsi que nous l'avons rappelé, en parlant de Georges d’Amboise : « Vous nous avez donné votre archevêque mort, nous vous le rendons vivant » (de la vie éternelle) *.
Raoul Roussel était représenté sur son tombeau couché, en costume d’ archevêque, les pieds tournés à l’Orient.
Dans la niche du tombeau, on voyait le Christ en croix, les Saintes Femmes. L'élégance de ce monument en rend la perte d’autant plus sensible.
Lors de la destruction du mausolée, en 1769, on trouva au doigt du cadavre un gros grenat violet avec monture en or, de forme singulière.
Le testament de Raoul Roussel, qui porte la date du 25 octobre 1452, existe en original aux anciennes archives de la Cathédrale. On y lit, entre autres dispositions, qu’il lègue à son barbier « cent livres tournois et un lit garni savoir: le matelas, le traversin pareil, les draps et la couverture; et à son sénéchal, ses chemises, ses bottines cl ses habits de soie, camisias meas caligas et bombicinia. » Il donne à un autre officier de sa maison sa vaisselle d’étain et de cuivre.
Avant d’être appelé à la chaire archiépiscopale de Rouen, ’Raoul Roussel avait été chanoine et trésorier de la Cathédrale.
Ce fut en cette qualité qu’il siégea comme juge de la Pucelle, en 1431. « Consulté le premier sur la question de savoir s’il fallait la mettre à la torture, il répondit : Non ; afin, ajouta-t-il, que le procès qui avait été fait ne put être calomnié2. »
Raoul Roussel avait puissamment contribué à faire ouvrir les portes de la ville de Rouen a Charles VIL Honneur au digne archevêque !
En 1445, il avait tenu, avec ses suffragants, un concile à Rouen, dans lequel on. condamna la superstition de ceux qui, dans un intérêt quelconque, donnent des noms particuliers aux images de la Vierge, comme, par exemple : « Notre-Dame de Grâce, Notre-Dame de Consolation, Notre-Dame de Bonsecours, etc., voulant faire croire ainsi qu’ils ont une vertu singulière et toute exceptionnelle V »
1 L’auteur a déjà rappelé ce cérémonial et donné cette même explication, mais dans une note, sur les funérailles de l'archevêque Eudes Clément. Voir plus haut, p. ! 96. — F. B.
5 II y a un peu plus dans le texte latin. « Primo diclus magister Radulpbus Rousselle dixit quod sibi videlur quod (non), ne processus ila bene faclus, proul fuerit, valeat calumniari. Procès de Jeanne d’Arc, M. Quicherat, t. I, p. 403. — F. P..
3 L'article 7 est ainsi conçu : [Synodus ] Item damnat modos illos qui videntur introducti gratiâ quæstûs denominando imagines, utpote : Notre-Dame de Recouvrance, Notre-Dame de Pitié, de Consolation et de Grâce, etc. Nam talia sunt occasio superstitionis in multis, quasi sit plus aut minus in una imagine quam in alia; abusores pcenâ arbitrariâ compescantur. . . » — Les Conciles de l'Eglise de Rouen, par Godin, 1677, p. 306. — F. B.
INHUMÉS DANS LA CATHÉDRALE
1454. Jean Basset, chanoine et chantre.
Il demandait, par son testament, à être inhumé à l’entrée du chœur, auprès de l’autel de Saint-Patrice.
Le nom de Jean Basset figure parmi ceux des juges de la Pucelle qui l’interrogeaient pour la première fois, le 21 février 1431, dans la chapelle du château de Rouen. Il est qualifié, à ce moment, d’official et de chanoine 1 .
1459. Jean Gouchard, chapelain.
Inhumé dans la chapelle Saint-Jean des fonts. On lui avait permis, par délibération du 7 août 1459, de placer, près de l’entrée, de son vivant, une tablette % tabulare, contenant son nom et son image, mais sans additions, ni croix ou autres images de saints, pour qu’elles ne soient pas foulées aux pieds : Sine expensis et sine cruce aut aliis ymaginibus sanctorum ne pedïbus conculcentur.
1459. Jean Pajot, chanoine.
Inhumé, au mois d’août, dans la chapelle des Innocents.
Il avait donné une somme de 100 livres au chapitre pour obtenir cette place.
1460. Gérard Folie, chanoine.
Son testament porte qu’il sera enterré près ou dans la chapelle de Saint-Sever, juxtà vel intrà capellam beati Severi. Cette chapelle est située dans la basse-nef septentrionale.
1465. Pierre de Brézé, grand sénéchal de Normandie.
(Voir la description de son tombeau, p. 64).
1466. Alain Olivier, chanoine. (Voirp. 156).
1468? Pierre Picart, chanoine.
En 1468, il demandait comme une faveur d’être inhumé dans la nef, à droite, à l’entrée du chœur, devant l’image de la Vierge Marie, autrement dite de Notre-Dame-du- Vœu. On ignore si cette faveur lui fut accordée et l’époque à laquelle il mourut.
1 Par M. Quicherat, mais non dans la traduction du Procès. Voir le Procès, etc., t. I, p. 39. — F. B.
’ M. C. de Beaurepaire, qui cite le même passage, traduit mieux en disant ; pierre piale. Voir Bulletin de la Commission des Antiquités, t. II, 1870-1872, p. 425. — F. B.
LISTE DES PRINCIPAUX PERSONNAGES
1468. Jean Dubuc, (le la paroisse de Saint-Etienne.
Inhumé dans la nef, devant la chapelle Saint-Eustache.
Ses exécuteurs testamentaires donnent six écus pour l’obtenir.
1469. Michel Moncandon.
Inhumé proche la chapelle Saint-Eustache. Le chapitre accorda à ses exécuteurs testamentaires qu'ils fissent faire, sur sa sépulture, proche la chapelle Saint-Eustache, une petite tombe, savoir: un carrellum satis honestum, sur lequel on écrirait son nom. Dix ans après, sa veuve (Jacqueline Turmel) était réunie à lui. (Voir plus loin, p. 220).