‹ Tombeaux de la cathédrale de RouenChapitre 96 sur 99 · EPITAPHIUM · texte numérisé non relu

EPITAPHIUM

O vanas hominum curas : o pectora cæca :

O spes deceptas, falsaque vota nimis.

Mortales miseras lôgi spes decipit æui :

Temporis et rari damna dolenda serit.

Ille ego qui præsul vixi primarius : et qui Ambasiæ gentis gloria magna fui :

Ille ego romanæ merui qui sedis honores ;

Quem sacrum emisit munera ad alta latus:

Ille ego qui summas regni moderalus liabenas Dulcis amor regum deliciæque fui:

En morior Claris sed non inglorius actis 1 Pluraque facturus si licuisset eram.

Sed vetuit lachesis, dum me nece pressit acerba :

Et nostrum inuidit perniciosa decus.

Errât qui seras benefacta retardât in annos :

Et benefacturus non bene distulerit.

Qui sapit in müdo spern ponat nemo maligno :

In solo speret candida vita deo.

In te ego speraui semper deus optime semper :

Tu desiderii meta quiesque mei.

Dormio te expectans, in spe nunc ossa quiescunt:

A spe ne abducas me pie christe mea.

Le dernier feuillet porte ces mots :

« Impressum rothomagi pro ludouico bouuet cum priuilegio ne quis alius imprimera audeat sine iudicis auctoritate. »

La marque de l’imprimeur, également rejetée à la fin, est un Eece homo, avec ces mots: « Spes mea deus. »

3° Sur les trois sibylles Simerie, Europe et Agripe dans le tombeau

des cardinaux d’Amboise.

(Se rapporte à la page 78).

La présence de ces trois sibylles, dans la décoration du tombeau des cardinaux d’Amboise, s’explique par les traditions de l’Eglise et le goût des artistes de la Renaissance. « Les Pères de l’Eglise du deuxième et plus souvent encore ceux du troisième siècle se réfèrent à des passages de la sibylle païenne. Ces oracles ont joui pendant le Moyen-Age d’une grande autorité. Saint Bernard s’écriait, en parlant des Juifs : « S’ils ne croient pas aux prédications de leurs pro- « pliètes, qu’ils croient au moins à celles de leur -sibylle. » L’Eglise a chanté longtemps : Teste David cum sibylla, et l’on sait que les sibylles se trouvent représentées avec les prophètes,

ADDITIONS ET PIÈCES JUSTIFICATIVES

à Rome, dans les peintures de Michel-Ange et de Raphaël, et sur les vitraux des cathédrales d’Auch et de Sens. » Bibliothèque de Poche, Curiosités littéraires, p 192. — Autorisé par d’aussi fameux exemples, l’artiste a pu mettre des sibylles dans le couronnement du Tombeau des cardinaux d’Amboise. De plus, l’Eglise n’a pas repoussé leurs oracles, puisque le Paroissien romain a conservé le « Teste David, cum sibylla » dans le premier verset de la prose : Dies iræ.

4° Sur la Note 1, page 126.

M. Deville a mis, note 1 : « Charles de Bourbon- Vendôme, nommé archevêque de Rouen, en 1594, par Henri IV, décédé en 1610. »

Il faut supprimer Vendôme, parce qu’il est question de Charles III de Bourbon, archevêque de Rouen (1594 à 1604), fils naturel d’Antoine de Bourbon, roi de Navarre, le père de Henri IV. Le nom de Vendôme ne peut s’appliquer qu’à Charles I de Bourbon, archevêque de Rouen (1550-1582), appelé d’abord Cardinal de Vendôme , puis Roi de la Ligue, sous le nom de Charles X ; et à Charles II de Bourbon, également archevêque de Rouen (1582-1594), créé cardinal de Vendôme en 1583.

5° Sur le Tombeau de Denis Gastinel, page 156.

Un membre de la Commission des Antiquités de la Seine Inférieure, croyant à une méprise, de la part de M. Deville, dans la description de ce tombeau, « a proposé un erratum aux Tombeaux de la 'Cathédrale de M. Deville A la page 118 (188, 2e édition), cet auteur signale au transept nord la tombe de Denis Gastinel, chanoine, docteur en théologie, chargé d’un riche dais gothipuc sous lequel se dessine la figure d’un ecclésiastique. Il relate l'inscription qui l’entoure. Pour être plus exact, il eût dû dire que la pierre porte la silhouette très-bien conservée d’un squelette qui a près d’un mètre de long. La légende est inscrite sur un phylactère. »

Bulletin de la Commission des Antiquités de la Seine Inférieure, t. III, 1873 à 1875, p. 229.

M. Deville ne s’est pas mépris : c’est à la tombe voisine, celle d’Alain Olivier, placée à gauche de la tombe de Denis Gastinel, que s’applique la description ci-dessus. On y voit les seuls mots Miserere mei Deus sortant de la bouche du défunt, tandis que toute la légende .est au-dessus de sa tête, comme nous l’avons rapportée.. (Voir p. 156). M. Deville avait dessiné cette tombe (PI. XLIII de son manuscrit) ; mais elle a été jugée trop peu remarquable pour être reproduite.

6° Sur Jean de Baveux et le Village de Saint- Philbert.

(Se rapporte à la page 186).

La note 2 de cette page porte .: •« Saint-Philebert-sur-Rille, où les évêques d'Avranches avaient une maison de campagne. » Ce n’est point pour ce motif que Jean de Bayeux ou d’Avranches l’occupait à sa mort, puisqu’il était archevêque de Rouen. Mais Farin nous apprend qu’ « il estoit seigneur de S. Philebert. » Histoire deRoven, édit, de 1668, t. II, p. 23. En outre, l’édition de Du Souillet, en 1731, est plus explicite encore. « Jean de Bayeux mourut l’an 1079, au village de Saint Philbert dans un Manoir qui lui appartenoit en propre, et où il a fondé un Prieuré qui subsiste encore aujourd’hui. » T. I, 3e partie, p. 19.

ADDITIONS ET PIÈCES JUSTIFICATIVES

7° Sur le Cardinal de Bourbon, roi de la Ligue.

(Se rapporte à la page 252 et 257).

Charles Ier de Bourbon, appelé d’abord Cardinal de Vendôme, archevêque de Rouen de 1550 à 1583, et roi de la Ligue sous le nom de Charles X, le 7 août 1589, mourut le 9 mai 1590, à Fontenay en Poitou. « Son corps fut apporté dans la Chartreuse de Gaillon; son cœur et ses entrailles furent enterrés à Fontenay, dans l’église Saint-Nicolas. » M. Jules Thieury, Armorial des Archevêques de Rouen. Notice sur Charles Rrde Bourbon.

Cependant ce cœur revint à Rouen, car il fut en la possession de Marien de Martinboz, chancelier de la Métropole, abbé de Jumiéges et conseiller au Parlement, comme l’a dit M. Deville, d’après M l’abbé Langlois. « M. de Martinboz avait longtemps possédé toute la confiance du cardinal Charles Ier de Bourbon. Comme lui, il aimait passionnément les livres, et, lorsqu’ils résidaient à Saint-Germain-des-Prés, ils passaient ensemble de longues veilles dans la cellule de Dom Jacques du Breul, qui, plus tard, écrivit l’histoire du cardinal, et dédia à M. de Martinboz, qu’il appelle son Mécène, son édition des œuvres de saint Isidore de Seville ... »

M. de Martinboz étant mort, on vendit sa bibliothèque qui se montait à plus de sept cents volumes. « On trouva, parmi les livres, une boîte de plomb qui renfermait le cœur du cardinal de Bourbon, le roi de la Ligue. Après la mort de M. de Martinboz (28 avril 1614), M. de Malaunay, son frère, la déposa à la sacristie. On ignore ce qu’elle devint dans la suite. » Nouvelles Recherches sur les Bibliothèques des Archevêques et du Chapitre de Rouen, par l’abbé P. Langlois (1854), p. 10 de l’Extrait.

8° Sur l’Epitaphe de François II de Harlay.

(Sp rapporte à la page 265).

Il n’est point question de la sépulture de ce prélat dans I’IIistoire de la Ville de IIoven, par Farin, 1668, où il ne parle que des sépvltvres principales de l’Eglise cathédrale de Roiien , t. Il, pages 13-25. L'édition de Du Souillet, en 1731, répare cet oubli en ces termes : « François II. Archevêque de Roiien, de la famille de Harlay, et allié de par sa mere à la famille de Messieurs d’Amboise, étant décédé en son château de Gaillon, le 22. Mars 1653. son corps fut aporté à Roiien, et mis dans le tombeau de Messieurs d’Amboise, mais sans inscription. Son cœur et ses entrailles reposent dans la Chartreuse de Gaillon. » T. I, 3e partie, p. 21.

En 1731, il n’y avait donc pas encore d’inscription. Cependant « on finit par se contenter de placer, en regard du lieu de la sépulture, une simple tablette sur laquelle on avait fait graver l’inscription » rapportée par M. Deville (pages 264-265). La tablette, en marbre noir, de 70 centimètres de hauteur sur 35 à 40 de largeur et 3 d’epaisseur, donnait l’inscription en lettres d’or. Il a été permis d’en rétablir les dimensions et le caractère, d’après un fragment de 35 centimètres, hauteur et largeur, en possession de M. G. Lormier, avec cette partie de 1 inscription :

ADDITIONS ET PIÈGES JUSTIFICATIVES

IN

AMBASIORUM TUM JACET

FRANC1SCUS II DE HA DNI CARD. LEG. DE AM EX SORORE PRO ARCHIEP. ROTH. ANN

Ce morceau a été trouvé chez un brocanteur, qui l'avait acheté avec le poêle auquel il servait de support, pour l’isoler du plancher en bois d’un appartement, conformément à l’arrêté municipal. Il a été scié dans la tablette, qui devait être moitié plus considérable en hauteur, pour contenir le reste de l’inscription (voir p. 265), et il n’en a, été retranché qu’une faible partie dans la largeur, comme on le voit d’après l’autre marge. L’or des lettres est aussi vif que si l’inscription venait d’être. faite, ce qui donne à penser qu’elle n’a peut-être jamais été mise en place, ou du moins qu’elle n’aurait figuré que peu de temps, dans la chapelle de la Vierge, à une place voisine du tombeau des d’Amboise, mais qu’il est impossible de préciser.

9° Sur l’Epitaphe d’un certain Hugues.

Dans l’Appendice XVIII (voir plus haut p. 300), M. Deville rapporte des vers latins qu’il cite à Hugues I, c’est-à-dire à l’archevêque de ce nom, saint Hugues, qui occupa le trône archiépiscopal de Rouen, en 720, plus de deux siècles avant Hugues II; c’est une attribution complètement erronée. Il s’agit bien d’un Hugues, un ecclésiastique, enterré dans la Cathédrale de Rouen, mais qui ne fut point archevêque. Chez Dom Pommeraye, invoqué comme autorité, on ne trouve rien de semblable. « Je ne doute point, dit-il, qu’il n’y ait encore eu plusieurs autres personnes de grande condition enterrées anciennement dans cette Eglise dont le temps qui consomme tout nous a fait perdre la mémoire. Je donne ce dernier Epitaphe quoique je sois incertain du lieu où a été enterré celuy pour lequel il a été fait l’an 986. Il a été tiré d’un ancien MS. de la Bibliothèque de Monsieur Bigot..» L’annotation mise en manchettes : Autre Epitaphe d’un Hugues enterré dans la Cathédrale, prouve bien que Dom Pommeraye n’en faisait pas Hugues I, archevêque de Rouen. [Histoire de la Cathédrale de Rouen, p. 71). Puis vient l’Epitaphe latine, que M. Léopold Delisle a retrouvée, dans un manuscrit de cette Bibliothèque Bigot, faisant aujourd’hui partie du fonds latin de la Bibliothèque nationale, et publiée par lui dans le Catalogue des Manuscrits rassemblés au XVIIe siècle par les Bigot, dont il a enrichi la collection de la Société des Bibliophiles normands, en 1877.

Le texte de cette Epitaphe, en vers léonins, diffère en quelques points de celui de Dom Pommeraye,. ce qui nous engage à le reproduire ici.

« Sur le folio 128 v° (du Manuscrit 37), dit M. Léopold Delisle, une main contemporaine a ajouté l’épitaphe en vers d’un certain Hugues, originaire du pays de Hasbain, qui avait été élevé à Cambrai et qui fut enterré à Rouen :

Hic in non pulchro pulcher jacet Hugo sepulchro,

Qui carus clero claruit in populo.

APPENDICES ET 1 iECES JUSTIFICATIVES.

Sermo suus ditera, pietas hune fecit egentem,

Dum plures docuit, et sibi nil tenuit.

Martha ministerio, Paulus fuit ore profuso,

Gorpora stipe fovens, ægraque corda medens,

At sextas décimas octobri dante Kalendas Morte sua mestos deseruit populos.

Edidit Asbanus i claro quem sanguine pagus,

Gamaracus docuit, Rotomagus sepelit.

Non fuit etati nostræ neque forte sequenti,

Officio verbiypar erit, Hugo, tibi.

Tu, dum vixisti, decus æcclesiæ micuisti;

Sic nemo docuit, aut inopes coluit.

Tu lumen patriæ, gentis tu gloria nostræ,

Pacem sevisti lacius in populis.

Nunc cedrus, spina, mirtus, te abies et oliva,

Buxus et ulmus egent teque carere dolent,

Quas olim crebro saciabas ymbre superno,

Ut sic quæque suo profleeret merito.

Non rex, non primas, mundi non ulla potestas,

Ut tu, tôt lacrymis inferias meruit.

Si redimi posses, nobis non dicior esset In dando precio Crœsus aut Salomon 2.

Jam valeas, Hugo, pax et tibi tempore longo !

Hoc datur extremæ munus amici [ci]æ.

Tali te titulo, te carminé dono pusillo,

Ac respergo tuum'floribus lus tumulum.

Quos non urat hyemps, non estas torreat ingens ;

Autumno maneant, vere novo vireant.

(Bibliolheca bigotiana manuscripta, p. 8 9).

Cet Hugues, ecclésiastique distingué comme professeur et prédicateur, mourut un 16 septembre, d’après son épitaphe, faite en 986, mais n’indiquant point l’année de sa mort. — F. B.

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