‹ TonadillasChapitre 22 sur 25 · LE GARÇON · texte numérisé non relu

LE GARÇON

C'en est... Nous sommes en Bourgogne.

EDMOND

Comment 1 Sens est en Bourgogne?

LR GARÇON.

Oui monsieur.

r:u>JON«.

Est-ce étoDnant ! ce que c'est que de voyager I Nous sommes en Bourgogne! ( Goûtant le vin. ) Oui , ma foi , ( Voyant un autre garçon qui entre. ) Ah ! voilà déjà le potage et les pigeons en compote. C'est bien. On sert ici avec une activité ! Ce n'est pas comme au café de Paris , où avant hier , j'ai eu des entractes d'un quart d'heure entre chaque plat. On perd le fil d'un dîner , et on n'a plus de suite dans les idées. Mettez toujours le potage sur la table, et la compotte auprès du feu. ( A Catherine. ) Il me semble que ma femme est bien long-temps; où est -elle donc?

CATHERINE

Je lui avais indiqué le jardin , où elle se promène.

EDMOND

Elle s'y sera perdue.

Catherine , souriant.

Ce n'est pas possible; mais si monsieur veut

je vais la chercher , et lui dire que le souper est prêt.

EDMOiND.

Vous m'obligerez. Je n'aime pas à attendre, surtout quand on a servi. Les lits sont-ils faits?

CATHERINE

Oui monsieur, et les couvertures aussi.

EDMOND

A merveille.

CATHERINE-

Faut-il des oreillers?

EDMOND

Pour moi , certainement. Mais pour madame, je l'ignore... Demandez lui.

CATHERINE

Est-ce que monsieur ne sait pas l'usage de madame ?

EDMOND

Non , pas encore.

catherink , « part.

C'est des uouveaux mariés Est-ce gentil.

edmond, seul auprès du feu.

C'est gentil., le le crois bien... Un bon souper... un bon feu... et une jolie femme! — Aie! j'ai les pieds gonflés... ( Otant sesbottes et mettant des pantoufles. ) Autant se mettre à son aise . . . quand on est chez soi . . . Mais voyez si elle viendra... Je meurs de faim... et le potage qui va refroidir! (Il attend quelques instans , se promène dans la chambre. ) Est-ce qu'elle aurait oublié le souper? [Gravement.) Il y a bien du désordre dans cette tête là... Je ne dis rien, ( Froidement. ) parce que je l'aime... Mais une fois ma femme il ne faudra pas qu'elle s'avise de me faire attendre... pour mes repas. ( Avec impatience et s'asseyant. ) Ma foi elle dira ce qu'elle voudra , je vais toujours me servir. [Prenantune cuillerée de soupe.) Dieu ! qu'elle est chaude ! je vais aussi lui en mettre dans son assiette , pour que ça refroidisse... Cela passera pour une attention.....

Olons la soupière et servons les pigeons... là...

( Mettant sa serviette et mangeant son potage.)

Nous y voilà.

vLa p»rte à laquelle il tourne le dos s'ouvre en ce moment.)

( Sans retourner la tête. ) Enlin la voilà... Je savais bien que cela la ferait venir... Allons donc... Allons donc, retardataire... Votre soupe vous attend.

(Paraît une dame d'une cinquantaine d'années. Tournure distinguée , costume de voyage. Elle s'avance prés d'Edmond, et lu! dit :

Monsieur Edmond de Verneuse?

ldmond, tout étonné ei se levant.

C'est moi , madame... [Balbutiant. ) C'està-dire, c'est moi et ce n'est pas moi... car je suis ici incognito , et je m'étonne que vous me connaissiez.

L'ÈTRANGÙr.E.

Vous allez être au fait... Je vous demande seulement cinq minutes d'entretien , et je me retire... Mais je vous prie , avant tout , de ne

pas vous déranger , et de vouloir bieu continuer votre souper.

edmond, se remettant à table.

Puisque vous l'exigez... Je n'en serai pas fâché. (77 découpe le pigeon dont il se sert une aile.) Pardon , madame... je vous écoute.

l'étrangère.

Je suis madame de Bussières.

edmond , laissant tomber sa fourchette.

Ah ! mon Dieu ! ( A part. ) La tante de Mathilde... Qu'est-ce que ceîa signifie?

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