MADAME DE BUSSIÈRES
Partie ce matin de Paris , je viens d'arriver à l'Écu de France , où j'avais fait d'avance retenir mon logement pour cetle nuit. A peine entrée dans l'appartement qui m'était destiné, on me remet celte lettre, que je ne vous donnerai pas, maisdontvousconnaissez l'écriture.
EDA10ND.
Celle de Mathilde.
MADAME m. UUbSIÈRES.
Je dois avant tout vous la lire : Ce 6 octobre hôtel de l'Europe, neuf heures du soir.
EDMOND
Cela n'a pas une demi-heure de date.
MADAME DE BLSSIÉRES.
Précisément. ( Continuant à lire. ) « Ma « tante , ma seconde mère , sauvez-moi , c'est « une coupable qui vous écrit , une coupable « qui n'a d'espoir qu'en vous. Egarée par les « conseils d'une compagne d'enfance, par « mes lectures romanesques, par ma jeunesse, « mon inexpérience, j'ai aimé... Non c'est « profaner ce mol ! j'ai cru aimer quelqu'un « que mon cœur seul avait créé... car ce qui « m'avaitséduiteen lui, grâce, esprit, amabili- « té, noblesse, courage tout cela n'existait que « dans mon imagination! Je ne le connaissais « pas , et il m'a sufli de le connaître pour « que l'illusion fut détruite... »
EDMOND
Qu'est-ce à dire?
madame de bussières, conlinuanl.
« Un seul jour, un jour entier passé près « de lui , me l'a montré tel qu'il était. Ce ma- « tin , je l'adorais , et maintenant je le déteste, « jel'abhorre. Plutôt mourir que d'être à lui.»
Assez, madame, assez.