LE MAJOR
Ce grenadier au régiment de Kerson que votre altesse a fait demander est là, conduit par quatre fusilliers.
la coin I Il ne fallait pas tant de cérémonies.
POTGMKIN.
Qu'il entre.
( Parait un grenadier d'une belle figure, fort et vigoureux, taille de six pieds, il reste au fond de l'appartement , droit, immobile, et les bras coller- contre le corps.)
C'est toi qu'on nomme Mouravieff.
mouravieff , portant la main à son bonnet el balbutiant.
t)ui , général.
POTEMKIR.
Approche, et ne te trouble pas ainsi. (Il s'avance tout d'une pièce , et reste auprès de la
comtesse. Polemkin l'examine.) En effet, il est très bien. Ce n'est pas la première fois que nous nous voyons. N'étais-tu pas avec moi au siège d'Oczacoff?
mouravieff, toujours immobile.
Oui, général.
P0TEMK1N.
Sous le bastion à gaucbe, deuxième batterie.
MOURAVIEFF
Oui, général.
potemkin, à la comtesse.
C'est un brave qui s'est bien montré. {A Mouravieff.) Tu aimes donc la gloire? [voyant qu'il se tait) : réponds donc.
mouravieff, embarrassé et se troublant.
Excusez, général ; je n'entends pas!
l'OTEMKIN.
Il nie semble cependant que je parle russe. Je te parle, mon camarade, de la gloire qui a si bien payé nos travaux.
MOUUAViEFF, cherchant à se remettre
Bien payé; oui, général, nous avions six copecks par jour.
LA COMTESSE
Et c'est pour six copecks que tu restais dans cette batterie?
MOURAYIEFF.
Oui, altesse, le caporal m'y avait mis.
LA COMTESSE
Et si tu avais reculé ?
MOURAVIEFK.
J'aurais eu le knout.
l'OÏEMKIN.
Tu crains doue le knout?
MOURAV1EFF.
Oui , général.
LA COMTESSE
C'est la lionle qu'il faut craindre.
MOURAVIEFF
Oui , altesse.
POTEMK1N.
Et depuis, où as-tu servi?
MOURAVIEFF
A Isuiaïl.
LA COMTESSE
Avec Souwarow?
VJH
Oui, altesse.
MÛIKAVILIF.
LA COMTESSE
Un assaut qu'on dit terrible? et tu t'en es tiré avec honneur?
MOURAVIKFF.
Oui , altesse , j'y ai gagné cinquante roubles.
FOTEBK1N.
Et comment cela?
HOURAViEFF.
Le général avait ordonné le pillage pendantdeux jou rs .
<Juelle horreur!
POTEMKW.
Le pillage et tout ce qui s'ensuit ?
MOURAVIEFF
Oui, général.
la comtesse , hésitant.
Et... tu as... pillé?
MOURAVIEFF
Oui , altesse , le général l'avait dit.
LA COMTESSE
Et si tu avais refusé?
MOURAVIEFF
J'aurais eu le knout.
LA COMTESSE
Toujours le kuout ! Il parait que c'est le
mobile de l'honneur national; et quoique vous en disiez, mon cher oncle, malgré votre admiration pour la discipline et l'obéissance passive, il me semble que le jour où ils comprendront qu'une balle est aussi à craindre que le knout , votre invincible armée sera bientôt en déroute.
potehkin , à demi-voix.
Tais-toi!... tais-toi 1... avant qu'ils en
viennent là l'Europe sera à nous, et voilà
pourquoi nous nous hâtons ( A Moura.vieff ) . Tu veux donc ton congé?
Oui , général,
Ton pays?
Astracan.
MomiAvii.n