À LA RESCOUSSE
Ruzard a pris congé de la femme maudite :
Il s’en va. La nuit monte en son âme interdite. Il ressent de nouveau des doutes, des tourments : Il éprouve déjà :es justes châtiments
Des esprits curieux qui veulent trop connaître. Dans son cœur ulcéré la sorcière a fait naître, Par uu siieuce adroit, par un discours trompeur,
La joie et le dépit, l’espérance et la peur.
Il marchait à grand pas et, de sa lèvre blême Tombaient des mots sourds: plainte, on menace ou blasphème.
Il tâchait de trouver conforme à son désir
Un sens mystérieux qu’il n’avait pu saisir.
Ainsi marchant, ainsi maugréant, noir fantôme, 1] arrive chez lui par le bois sans arome.
Il réveille le feu sous la cendre endormi
Et, dans un vieux fauteuil se couchant à demi,
Il se prend à former des projets de vengeance.
I] serait insensé d’avoir de l’indulgence
Pour cet audacieux qui lui vole son bien;
Il veut que Jean Lozet le chasse comme un chien.
Le vent faisait gémir les grands érables chauves Et la flamme au plafond jetait des lueurs fauves,
Il se verse du rum dans un verre profond :
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—À mon succès ! fait-il en buvant jusqu’au fond.
11 dépose son verre.
— À mou tour une goutte, Et ton succès, Ruzard, ne fera plus de doute,
Dit en entrant alors le cynique huron.
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François, Papercevant, Ini décoche un juron :
—Tu laisses à propos, grand chef, ton lit de mousse;
Est-ce Dieu qui t’amène ou l’enfer qui te pousse ?
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—La vieille m’a conté longuement tes soucis.
Il nous faudrait avoir des cœurs bien endurcis Pour ne pas s’alarmer quand un mal te menace, Toi notre ami. François, le sauvage est tenace : Il ne retire point sa parole ou sa foi.
Or, tu sais que je veux partager avec toi
Et ta mauvaise chance et ta bonne fortune.
Je me suis dit tantôt : c’est une heure opportune : Il commence la lutte, aidons-le quelque peus.
Mais verse donc encor cette bonne eau de feu ;
Vois-tu ? cela réchauffe en déliant la langue. Je ne veux pas te faire une longue harangue ! Il vaut bien mieux agir que parler. C’est ceci : Que Lozet chasse enfin ton rival loin d’ici.
—Mais comment? si Louise...
— Il le fera, te dis-je.
Le devoir, le scrupule, et la peur...
—Quel prodige !
Le chasser lui par qui mon doux hymen se rompt ! Et sais-tu, chef habile, un moyen sûr et prompt ?
—Nous en dirons du mal ; le mal est doux à croire ; Et, s’il a âme blanche elle paraitra noire.
Sauvé par nous, par nous il peut aussi périr.
—À nous deux tous les biens que je vais acquérir!