‹ Tonkourou [microforme]Chapitre 3 sur 72 · TOMBE ET BERCEAU · texte numérisé non relu

TOMBE ET BERCEAU

Bien des hivers ont fui. Sous la neige éclatante Chaque arbre s’est dressé comme une blanche tente. Le priutemps est venu pour s’en aller encor; L’automne s’est drapé dans maïinte moisson d’or ; Bien des lambeaux d’amour sont restés anx épines ; Dans la prairie en fleurs et sur les aubépines

Des hymnes d’espérance ont réveillé les nids ;

Sur la grève déserte et sous les bois jaunis

Sont venus bien des fois, à l’heure du silence, Rêver les malheureux qu’ignore l’opulence ;

Au fond du cœur de l’homme et dans les cieux vermeils

Ont brillé bien souvent de radieux soleils,

Ont passé tour à tour le calme et la tempête.

Jean Lozet a vieilli. Maintenant, sur sa tête,

Parmi ses cheveux noirs luisent des fils d’argent.

Sa main plus volontiers s’ouvre pour l’indigent. Quand son enfant, un jour d’ineffable infortune, Disparut pour jamais, alors, une par une,

Comme s’en vont les fleurs au souffle des vents froids, Comme les tintements s’envolent des beffrois, Sortirent de son cœur les douces espérances.

Sa femme, comme lui, vieillit dans les souffrances. Le ciel ne donna plus d’enfant à leur amour.

Sous le toit solitaire était venue, un jour,

Une femme bien jeune. Elle cherchait un gite Car la neige tombait et la nuit montait vite.

Le froid l’avait saisie et bleuissait ses mains. Le cheval était las de battre les chemins,

Et le cocher frileux, serré dans sa ceinture, Ne pouvait presque plus diriger la voiture.

Malgré la neige épaisse et le vent qui hurlait, Après un court repos, l’étrangère voulait

Dans son traîneau léger continuer sa route.

On ne le permit pas. Des larmes, goutte à goutte,

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Tombèrent bien longtemps de ses yeux. Elle allait Consoler son époux au vieux bourg de L’Islet. C’était un fier marin débarqué là, maïade,

Avant que son vaisseau put voguer vers la rade,

Rien, quand sonna minuit, n’avait tari ses pleurs, Elle sentit alors ces étranges douleurs

Qui sont le prix sacré de chaque vie humaine. C’était le premier jour de la Grande Semaine : Quand le soleil parut comme un divin flambeau, Un berceau gazouillait à côté d’un tombeau. .....

Lozet garda l’enfant qui n’avait plus de mère, Une fille. Elle était une fleur éphémère Qui germait de nouveau sous son toit désolé.

Elle le consola de l’autre ange en volé.

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