‹ Tonkourou [microforme]Chapitre 32 sur 72 · LANGUES DE VIPÈRE · texte numérisé non relu

LANGUES DE VIPÈRE

Notre ouvrage est bien fait, que rien ne le détruise,— Fit le sauvage—Entrons avant que le feu luise:

On accourrait peut-être ; il faudrait l’étouffer.

Ne 1isquons rien, Ruzard, si près de triompher.

Louise se relève; elle embrasse son père

Et rentre dans sa chambre.

— Allons ! Jean, je l’espère,

Tu nous laisseras bien fumer quelques instants :

Mais s’il eut fait tantôt un pareil mauvais temps,

Nous n’aurions pas quitté notre pauvre cabane,

Commence Tonkourou, qui s’avance et ricane

En tendant au vieillard son hypocrite main.

LA

—Fumez, fumez, dit Jean ; vous partirez demain.

TJ] semblait que sa joie était un peu factice.

—Tu n’es pas gai, voyons, serait-ce une injustice ?.... Veux-tu demeurer seul ? dis, nous nous en allons,

Repartit le sauvage en tournant les talons.

—Quelque chose, c’est vrai, Tonkourou, m’indispose, Répliqua le vieillard. Vous avez, je suppose, Rencontré sur la route, à quelques pas d’ici,

Marchant la tête basse, un amoureux transi.

—Pour qui votre maison fut trop hospitalière, Ajouta Ruzard.

—Non, mais chose singulière, Répondit l’indien avec attention, Nous avons vu quelqu'un, j’en fais l’assertion, Rôder comme un fantôme autour de ton étable ; Et j’ai cru que c'était... mais soyons charitable :

On peut se tromper, même en voulant être droit.

Ruzard était ravi de ce discours adroit.

Il voyait les soupçons, grâce à la réticence,

S’abattre sur un autre et noircir l’innocence.

main.

stice ?....

lons,

dispose,

Jean grinça:

— C’est Léon!

— Ton ange gardien !

Fit, riant aux éclats, le cynique indien.

— C’est un chasseur de dot. Il veut me tendre un piége.

Je ne permettrais pas qu’on lui donnât un siége

S’il remettait, le gueux! les pieds dans ma maison.

— Il te garde rancune, et j’en sais la raison.

— La raison, je la sais, — reprit d’une voix morne

Jean Lozet — Sa fureur ne connait plus de borne.

Je viens de le chasser en me moquant de lui.

Il était là, sous l’orme, épiant dans l’ennui,

Le fortuné moment où sortirait Louise.

— Mon frère, crois-le bien, jamais je ne déguise,

* Quand je m'adresse à toi, la sainte vérité.

Eh bien! je te le dis, ce garçon irrité

Est plus à craindre, va, que ton cœur ne le pense.

Il te fera du mal. Voilà la récompense

De tes bienfaits nombreux, de ta grande bonté.

Et Louise entendait ce langage éhonté, Ce discours venimeux qui lui déchirait l’âme.

Mon Dieu! se pourrait-il qu’une pensée infâme Vint un jour à l’esprit du généreux marin ?

Un soupçon douloureux troublait son cœur serein ; Elle ne pouvait voir son bien-aimé fidèle :

Plusieurs le méprisaient; on le chassait loin d’elle ; A l& vengeance enfin il pouvait bien songer :

Il faut tant de vertu pour ne pas se venger.

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