UNE BOURRASQUE
Lozet voyait toujours, sous l’orme séculaire, Le spectre du marin détesté. La colère L’arrachait au repos et troublait sa raison.
Il craignait maintenant qu’on brûlât sa maison.
Où peut, se disait-il, s’arrêter la vengeance ? Cet homme est un maudit, une infernale-engeance.
Et, parlant à Louise, un jour :
—Cruelle enfant, Est-ce que ton amour aujourd’hui le défend ?
Vois-tu quel homme indigne a longtemps sû te tendre, Par son uir glorieux et son langage tendre, Un piége redoutable autant que séduisant ?
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Et la naïve fille, en son amour puisant Une force nouvelle, une espérance auguste, Répondit au vieillard :
—Ne soyez pas injuste.
Pardonner au coupable, Ô mon père, c’est mienx
Que frapper l’innocent d’un trait calomnieux.
Le vieillard emporté marche d’un pas rapide.
Il regrette, dit-il, sa charité stupide Dont le bon Dieu lui-même, il est clair, ne fait cas ; I] pousse son fauteuil qui roule avec fracas,
Tombe, se brise et blesse au pied la jeune fille.
Louise ne dit rien, mais une larme brille
Comme une perle blanche : ux cils de son œil noir. L’irascible Lozet se laisse aussitôt choir
Sur un banc qui s’adosse à la cloison de planche,
Et son front soucieux sur ses deux mains se penche.
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