PAPINEAU
Portant comm? une croix un joug haï, sévère, Un peuple, en ces temps-là, montait sur le calvaire, Un peuple jeune et bon. Il aimait, ce blessé,
La France qui l’avait lâchement délaissé.
Et le vainqueur, jaloux, lui prêtant mille crimes, Rivait d’infâmes fers à ses mains magnanimes.
Et ce peuple martyr, sous l’inique pouvoir Souffrait toujours, toujours! Il n’espérait plus voir Le Dieu des nations doucement lui sourire.
N’allait-on pas aussi le chasser, le proscrire Comme l’on fit un jour du pauvre Acadien ?
Il avait un bourreau, pas d’ange gardien.
Et toujours s'élevait de la terre et de l’onde Un long gémissement, une plainte profonde!
Le ruisseau qui courait dans le fertile pré, Les insectes, les fleurs au corsage empourpré,
Les arbres qui voilaient la route solitaire,
Les épis aux grains d’or repliés vers la terre,
La brise du midi, le papillon mutin,
Le nid qui gazouillait au réveil du matin,
Tout semblait prendre part à la douleur immense De ce peuple écrasé par l’orgueil en démence ; Tout priait avec lui, tout avec lui pleurait,
Et le lien fatal chaque jour se serrait.
Mais soudain une voix s’élève et nous étonne. Elle va retentir comme un canon qui tonne,
Et les glaives rouillés sortiront du fourreau.
Un homme s’est dressé sous le fouet du bourreau : Il est rempli d’amour pour le peuple qui souffre ; Il voudrait le voir libre; il lui montre le gouffre
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Où l'ont précipité ses guides maladroits.
Il l’éveille ; il l’instruit de ses immortels droits. Il flétrit des torys la politique louche.
Et les brillants discours jaillissent de sa bouche Ainsi que des volcans jaillit la lave d’or.
I] monte, il plane haut comme un vol de condor.
Il ressemble au torrent que nul effort n’arrête.
Et le peuple s’émeut. T1 relève la tête ;
Il sent qu’il n’est pas fait pour croupir danse les fers ; Qu’il doit avoir sa place en ce libre univers.
Assez longs ont été les jours de la souffrance. Depuis qu’il ne voit plus l’étendard de la France
Un morne désespoir étreint son pauvre cœur.
O Papineau, ton nom, comme uu aigle vainqueur, Plane majestueux sur ta jeune patrie!
Il porte l’espérance à son âme flétrie
Par le joug écrasant d’un maître sans pitié ! L’anglais l’appelle : haine, et les tiens : amitié.
Il n’est pas la vengeance, il est le pardon noble; I] fait rugir d’effroi la poiitique ignoble
De ces ambitieux, sauguinaires troupeaux,
Qui viennent sur nos bords déchirer nos drapeaux Et nous chasser aussi de notre humble chaumière ! O Papineau, ton,nom, c’est comme une lumière