‹ Tonkourou [microforme]Chapitre 38 sur 72 · LES PÊCHEURS · texte numérisé non relu

LES PÊCHEURS

Avant que le printemps eut gonflé les ruisseaux, Pour reprendre sa vie à bord des grands vaisseaux Auger partit. Louise en parut désolée.

Une espérance encor s’en était envolée.

Ruzard de ses ennuis devinait bien l’objet ; L’éloignement d’Auger servait mieux son projet. Il disait au vieux Jean que toute attente vaine

Le ferait expirer ou de honte ou de peine.

Jean Lozet protestait d’un entier dévoûment ; Il faisait espérer un heureux dénoûment.

Des canots de pêcheurs s’éloignent de la rive,

Et l’aviron léger plonge dans l’onde vive

Avec le bruit moelleux d’une aile dans les airs. L’alouette redit ses chants joyeux et clairs

En mouil'ant son vol souple aux eaux toutes moirées. Ce sont des rires francs, des chansons mesurées

Que répètent toujours quelques échos lointains,

Dans les brumes du soir ou le feu des matins.

L’indien Tonkourou vers sa ligne dormante

Dirige sa pirogue. Un dessein le tourmente,

Un dessein traître et vil, s’il n’est audacieux.

Et l’on entend l’accord, dans le calme des cieux, De l’aviron qu’il plonge et du chant qu’il fredonne. Il aperçoit Ruzard qui pêche au loin. Il donne

À son canot d’écorce une autre impulsion.

—Moi, j'ai pour ton rival de la répulsion,

Dit-il, en abordant l’autre frêle nacelle.

Ma volonté, jamais, ô Ruzard, ne chancelle ;

Je veux le perdre, et toi, tu n’y songes donc pas ? Il faut que l’indien te mène pas à pas.

rées.

De ma vive amitié je t’ai donné la preuve, N'importe, mets encor ma prudence à l’épreuve. Pendant qu’il pleure, lui, sur nos droits en danger,

On descend à Québec sur mon canot léger.

On vogue en pleine nuit sur les vagues obscures.

Nos démarches seront et discrètes et sûres.

Nos motifs sont puissants, On voit le chef anglais. C’est Gosford qu’il se nomme. Or, de son grand palais Tonkourou connaît bien le chemin. On dénonce

Le traître citoyen, les discours qu’il prononce

Pour exciter le peuple à secouer ses fers.

L’anglais nous récompense, et, par tous les enfers | Nous délivre à jamais, Rüzard, du capitaine.

—L’affaire, Tonkourou, me paraît bien certaine,

—Nous partirons ce soir quand la chauve-souris,

Voletant aux carreaux, nous jettera ses cris.

—Ce soir nous partirons dans ton canot d’écorce, Quand baissera la mer. En ramant avec force

Nous serons à Québec avant le point du jour.

—Et demain, vers la nuit, nous serons de retour.

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