LE FAUVE
Un matin, près du bois, plus loin que les cultures, Jean bûchait, préparant le cèdre des clôtures. Gaîment sonnait l’acier en découpant les pieux. Les moutons paissaient là, les jeunes et les vieux. Il les voit sur le pré que le trèfle parfume,
Blancs et légers, bondir comme des flots d’écume. Un ours brun les poursuit. Et, dans les alentours, Les troupeaux effrayés de ses grognements sourds,
Relèvent à la fois leurs inquiètes têtes.
Déjà l’ours furieux atteint les pauvres bêtes ; Au 801 où le sang tombe en gouttes de rubis, Déjà son pied pesant attache une brebis.
Lozet s’élance alors brandissant une hache,
Le fauve sanguinaire à son festin s’arrache ;
Il se dresse et sur lui fixe des yeux ardents.
De longs flocons de laine, accrochés à ses dents, Retombent tout autour de sa gueule sanglante. Il broie en murmurant une chair pantelante ; Et sa mâchoire énorme est pareille aux étaux Où le noir forgeron écrase les métaux.
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Certain de sa vigueur et comptant sur sa force, Le père Jean Lozet relève son fier torse,
Fait tournoyer sa hache un instant et l’abat, Le fauve qu’il attaque est adroit au combat : Il évite le coup, et l’arme qui dévie
S’échappe de la main qui menaçait sa vie.
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Il avait dans les yeux de sinistres lueurs.
Lozet sentit son front se mouiller de sueurs : Il frissonnait devant cette tête féroce.
Sans armes désormais sa peur était atroce ; I] voulut reculer, l’animal avança ;
Il jeta de hauts cris, l’ours irrité grinça.
Il regardait sa hache et n’osait la reprendre, Le fauve le guettait, cherchant à le surprendre.
Il n’était pas d’humeur à rester là pourtant.
Le temps lui semblait long : un siècle chaque instant, Il part donc. L’ours le suit, l’atteint et le renverse : Encore une seconde et sa dent le transperce.
Il pousse un cri d'horreur. Dans le même moment,
L’ours bondit sur le sol et rugit longuement.
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Du matin radieux buvant la fraîche haleine, Souriant aux amours dont sa jeune âme est pleine : A l’amour de Louise, à l’amour du pays,
Léon marche au hasard vers les sombres taillis.
Soudain il aperçoit le vieillard qui se sauve, *
Poursuivi de très près par l’effroyable fauve. La hache luisait là. Terrible autant que prompt,
Il court, il la relève et frappe l’ours au front.
Aussitôt qu’il sentit le péril disparaître, Lozet dit à Léon:
—Je dois le reconngître, Le danger était grand ; sans vous je serais mort. Nous sommes quittes donc, car vous m’aviez fait tort.
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