LES CHASSEURS
Les jours coulaient ainsi qus les vagues du fleuve. L’hiver jetait encore une tenture neuve, Comme un manteau de lys, sur les bancs de galets. Le soleil du printemps fondra, de ses reflets, Les flocons argentés que l’hiver noue aux branches, Mais quel soleil, jamais, fondra les mêches blanches Que l’hiver de la vie attache sur vos fronts, O débiles vieillards ?
Rameaux, cimes, vieux troncs, Vous secouerez un jour votre torpeur morbide Et vous reverdirez ! Une sève rapide
Dans vos veines courra comme un sang généreux ;
Vous étendrez encor vos feuillages ombreux
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| Sur les nids des oiseaux qui chanteront d’ivresse ;
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| | Mais nous, printemps aimé, sous ta chaude caresse
| Nous ne renaissons pas ! Nous ne vivons qu’un jour :
Quand arrive la nuit, c’est la nuit sans retour |
Noël était passé, Noël la grande fête.
Et les antiques bois avaient courbé leur faite
En signe de respect et d’amour, quand l’airain,
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A l’heure de minuit, au fond du ciel serein,
Pour redire aux chrétiens la sublime nouvelle,
Fit vibrer les accords de sa voix solennelle.
Et tous les habitants de nos pieux cantons :
! Jeunes et vieux, légers, courbés sur des bâtons,
Hommes, femmes, vêtus de leurs habits de laine,
Par les chemins de neige, au milieu de la plaine,
Devant la crèche sainte où naissait le Sauveur,
Etaient tous accourus dans leur vive ferveur.
Puis vinrent les jours gras: jours de fêtes profanes
Où l’on entend chanter dans les pauvres cabanes
Comme sous les lambris des riches habitants.
On voit passer et fuir des chevaux haletants,
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haine, ine,
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On entend s’échanger de joyeuses paroles.
Assis sur le devant des belles carrioles,
Des gars mènent grand train des minois réjouis, D’adorables minois chaudement enfouis
Dans les peaux de bison, sur le siége d’arrière. En vain les bancs de neige élèvent leur barrière, Ils les franchissent tous, à la course, au galop. Ils vont à la veillée et l’on ne sait pas trop
À quelle heure, demain, les violons rustiques
Cesseront de jouer des rondes fantastiques.
—Comine les flots du lac l:rsque le vent s’endort, Tes pas sont enchaînés, Tonkourou. Dans le fort Hâtons-nous de nous rendre ou je puis te prédire Que nous ne pourrons pas, même au dernier navire, Vendre les riches peaux dont nous sommes chargés. Ce serait un malheur. Nous serions obligés
D’attendre le soleil sur ces tristes rivages.
Ainsi, l’air mécontent, disait l’un des sauvages Avec qui l'onkourou venait de se lier.
Et Tonkourou reprit :
—Je ne puis l’oublier,
T'on dévoñment est doux comme l’eau des fontaines .
Ou le vent du midi sur ces plages lointaines.
Je m'attarde, il est vrai, mais pour gagner de ler.
Au bord d’un lac, là-bas, j’ai surpris un castor.
- Jete l’apporte. Vois quelle peau fine et grande!
Mais alors, en riant, un autre de la bande
Dit au naïf huron, lui montrant mille peaux :
—Nous faisons mieux que toi, nous prenons des troupeaux.
Les blancs vont payer cher ces superbes parures.
Etonné, Tonkourou regarde les fourrures Et les chasseurs heureux. Le sauvage reprend :
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—Tu ne devines pas, et cela te surprend :
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C’est le droit du plus fort que les visages blêmes
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Nous enseignent souvent et pratiquent eux-mêmes. Ces forêts sont à nous. Là-bas, sur les hauteurs,
Nous avons dépouillé quelques pâles traiteurs.
Tonkourou ne dit rien et, la tête baissée, Il marche le cœur plein d’une triste pensée.
a troupeaux.
C’était loin dans le uord que passaient les chasseurs. Se moquant des dangers et toujours agresseurs, Rien ne les arrêtait, ces sauvages cupides,
Ni les rochers, ni les ravins, ni les râpides,
Ni les rameaux épais de l’épineux buisson.
Ils voulaient arriver jusqu’à la mer d'Hudson.
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