LE PARDON
Louant le Grand Esprit par qui tout bien arrive, Tonkourou Pindien du côté de la rive
Cherche Léon. Sans cesse il l'appelle. A sa voix Rien ne répond, hélas ! que les rocs et les bois. Par la plaine fleurie ou la route poudreuse,
Il se rend au ravin qu’un large rnissean creuse En se jetant au fleuve à travers les galets,
À lheure où le pêcheur relève ses tilets,
Où le troupeau beuglant descend de la colline, Léon se rendait là, Quelqu'un sur l’eau s'incline, Est-ce lui ? Que fait-il ? Pourquoi reste-il sourd ? Le poids de sa douleur est-il enfin trop lourd ?
Veut-il mourir 2...
Cet homme au bord de la falaise, C'était François Ruzard.
—Léon repose à l’aise,
Commence:t-il alors, riant au trou béant,
Tonkourou se dressa sur lui comme un géant :
—L’as-tu donc tué ? Parle ! Est-il là, dans le gouffre ? Mais parle donc, Ruzard, tu vois ce que je souffre |
Ruzard ne parlait plus. Le huron s’approcha.
La côte surplombait la grève. Il se pencha Pour voir si son ami gisait dans la ravine.
Mais Ruzard se relève avant qu’il le devine
Et vers l’abîme affreux le pousse rudement.
L’indien se tenait aux rameaux. Vivement
Il jette une clameur, étend les bras, empoiyne D’une implacable main le traître qui s’éloigne. Il l’écrase à ses pieds, mais il tombe avec lui,
En rompant l’arbrissean qui lui servait d'appui.
Entre ces malhenreux une lutte commence,
Terrible st sans merci, sur la ravine immense.
Le sauvage reçoit un coup inattendu
Et roule dans le vide. [l reste suspendu,
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se,
ffre ?
Car il serrait Ruzard de ses doigts de tenaille.
Il voudrait remonter ; le tuf de la muraille
Se brise sous ses pieds et roule en murmurant,
De saillie en saillie, au fond du noir torrent.
Sombre, muet, Ruzard que la frayeur atterre
Comme un hoyau mordant se cramponne à la terre.
Il n’a fait, l’insensé, son œuvre qu’à demi !...
Il espère pourtant lasser son ennemi.
Mais sous ses doigts crispés la terre s’ouvre et cède l...
Vont-ils tomber tous deux? S’il appelait de l’aide ?
Non, non, de son forfait il faudrait convenir.
J1 accusera l’autre. Oh! qui donc va venir ?
Il voit à comme un ver le sauvage se tordre;
Puis il entend son râle. Ah! s’il pouvait le mordrel
S’il pouvait lui couper ses maudits doigts de fer!
Sa bouche grimaça le rire de l’enfer.
Une froide sueur coulait sur sa figure.
Il voyait, à cent pieds sous lui, la vague obscure
Déchirer son écume aux cailloux anguleux.
Son bras le long du cap retombe musculeux,
Et toujours le huron, agitant son grand torse,
Serre ce bras captif avec rage, avec force.
I] lattirait à lui, vers le gouffre fatal.
Comment donc échapper à?ce destin brutal ?
Comment ?
Il râle, il grince. Horrible est son angoisse.