‹ Tonkourou. Nouv. éd. de Les vengeancesChapitre 18 sur 51 · LES COURSES · texte numérisé non relu

LES COURSES

— En avant, mon coursier ! Ta jambe est fine et sûre.

En avant ! La défaite est une flétrissure.

Sous tes crampons de fer la glace que tu mords

Résonne jusqu'au loin. On l'entend de nos bords

Comme, aux jours d'ouragan, les bruits sourds de la houle.

En avant mon coursier ! Vois-tu partout la foule

Qui s'agite et frémit comme la mer au vent ?

Ton rival vigoureux veut prendre le devant.

Tel qu'un brûlant fourneau ton naseau s'ouvre et fume ;

Mais ton flanc haletant n'a pas encor d'écume.

Ainsi disait Léon à son ardent coursier. Et la glaee tonnait sous les patine d'acier ;

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Et la foule bruyante, aux abords de la voie, Criait, battait des mains et trépignait de joie.

Sous sou manteau le fleuve est semblable au vallon Où pas un arbrisseau, planté comme uu jalon, N'ouvre au souffle du Nord son voile de feuillage, Où pas un filet d'eau ne fait son babillage. Ou court eu sûreté sur les torrents captifs Que sillonnaient hier de fragiles esquifs.

C'est un jour de plaisir, c'est le grand jour des courses. Heureux qui gagnera la victoire et les bourses ! Dans leurs traîneaux, debout, tous les guides rivaux Du fouet et de la voix animent leurs chevaux.

Les voici ! Le premier qui s'élance et qui passe, Obéissant au guide et dévorant l'espace, C'est l'étalon vaillant du père Mathuvin. Celui qui le conduit est le jeune marin. Ruzard de Jean Lozet dirige la cavale.

Il passe le second. Un étroit intervalle Le sépare toujours du rival détesté.

Le troisième cheval à d'abord disputé, Par son allure vive, au départ, la victoire : Maintenant il va perdre et le prix et la gloire.

C'est le trotteur rétif d'un rusé maquignon : Tousignant, dont la foule au loin connaît le nom.

— En avant! En avant ! Vite comme la brise ! S'écrie encor Léon que l'espoir électrise.

— Allons donc 1 allons donc ! vocifère Ruzard Qui se penche et, fougueux, mesure du regard La distance qui reste à parcourir encore.

— Avance! marche! marche! ô chétive pécore, Hurle le maquignon à son grand cheval blanc Qu'il laboure de coups sur la tête et le flanc.

De Saint-Jean, de Portneuf, pleins d'espoir ou de trouble, D'autres viennent aussi. L'enivrement redouble. La place est vaste, immense ; ils ne sont jamais trop. Ils vont l'amble branlant, le trot franc, le galop.

Avec inquiétude, et d'un regard cupide Lozet suivait Ruzard et sa jument rapide.

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I«es vœux sont pour. Léon. Comme il va ! quel entrain! Les deux premiers coursiers tiennent toujours leur train. A côté l'un de l'autre et tête contre tête, Ile s'élancent au but prompts comme la tempête.

Le maquignon jaloux, de sa voix de clairon, Avec un coup de fouet jette un âpre juron, Et l'animal méchant, qu'à trotter il invite, Galope, court, se cabre, et n'en va que moins vite.

La lutte était ardente et la foule hâblait. Jean criait à Ruzard de gagner. 11 tremblait. Ruzard prend, semble-t-il, un léger avantage: Il va cueillir l'honneur et, le prix sans partage.

— D'un destin ennemi suis-je encor le jouet ? Clame Léon.

Et, vif, il fait claquer son fouet.

Le coursier orgueilleux rebondit sous l'outrage : Il s'élance soudain et, renâclant de rage, Il vole comme un trait sur le champ de verglas. Dans son aveugle course il brise en mille éclats Le traîneau qui se heurte aux angles des banquises. Il laisse le sentier jalonné de balises

Et porte à tout hasard ses élans fuïibonds. La clameur de la foule anime encor ses bonds.

Une course est finie. On a touché la borne. Ruzard triomphe. Il quitte aussitôt son air morue Il s'avance, salue et sourit de bon cœur, Pendant que ses amis le proclament vainqueur.

On vaute la cavale et sa fière encolure, Et sa jambe nerveuse et sa vaillante allure. Lozet, tout radieux, reçoit le premier prix Et ie donne à Ruzard qui feint d'être surpris.

Alors des jeunes gens portant le capitaine Arrivent. Le fardeau rend leur marche incertaine. Us l'ont trouvé là-bas grièvement atteint, La face sur la neige et le regard éteint.

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