‹ Tonkourou. Nouv. éd. de Les vengeancesChapitre 5 sur 51 · LE PARTAGE · texte numérisé non relu

LE PARTAGE

La brise n'avait plus de sifflements farouches ; La neige miroitait et, sur ses blanches couches Nul rapide traîneau, tiré par un coursier, N;avait fait un sillon de ses patins d'acier.

Vêtu d'étoffe grise et portant la mitasse, Un homme cheminait pensif, la tête basse. Il atteignit bientôt le village huron, S'arrêta sur le seuil d'une hutte en bois rond, Prêtant au moindre bruit une oreille attentive. Il ouvrit à la fin, mais d'une main craintive.

— François, mon jeune ami, tu viens de bon matin Tu flaires, je le vois, quelque riche butin, Grommela de son siège une n, aligne vieille.

— Il faut se souvenir des choses de la veille, Mère Simpière. Il faut, et cela me suffit, Que j'aie après Pouvrage une part du profit.

— C'est juste. Ah ! qu'il est beau cet argent dur qui sonne ! C'est mou Dieu maintenant. Une seule personne ! Tout autre culte, hélas ! m'inspire la pitié, Et je n'enfante point le crime qu'à moitié.

Tonkourou dit :

— Ruzard, Jean te trouve exemplaire ; Puis, à Louise aussi tu commences à plaire. Us sont gagnés.

Tous deux, âpres comme des loups, Comptaient les louis d'or avec un soin jaloux. La vieille s'approcha disant :

— Je vous approuve ; Il faut garder le bien quand Dieu veut qu'on le trouve.

Et, sur l'or qui tombait en rendant des sons clairs, Ses deux grands yeux méchants dardaient de vifs éclairs. Ses cheveux se dressaient comme un nid de couleuvres. Elle ajouta :

— L'enfer doit sourire à nos œuvres.

Etazard étail muet. Tonkoimm. l'air moqueur,

Fit luire à la lumière un flacon de liqueur

Et le mit dans les mains de la vieille sorcière :

— Boi-, 'lit-il : j'aime encor • et ta fierté princière Et ton cœur implacable où la vengeance bout. Nos lune.- tombeut vite, allons gaîment au bout.

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