LE VIATIQUE
On causait chez Lozet.
— Oui, disait le pilote, Depuis longtemps déjà l'océan me ballotte. Une idée autrefois vint hanter mon cerveau : Voyager ; voir le monde et chercher du nouveau. Je partis. J'étais seul. Ma jeune et douce femme Venait de rendre à Dieu, dans un cri, sa belle âme. Je dis que j'étais seul, non ; j'avais une enfant Qu'elle m'avait donnée, hélas ! en s'en allant.
Un cheval galopait sur la route nacrée. Dans l'air froid de la nuit la clochette sacrée Fit entendre soudain ses tristes tintements : Un mourant demandait les derniers sacrements.
Chacun reste muet de surprise. On écoute Le galop du cheval qui dévore la route.
— Le bon Dieu ! le bon Dieu ! Vite, prosternons-nous, Clame Jean.
Tous alors se jettent à genoux Et jusque sur le sol courbent leur front rustique.
— Mais à qui porte-t-on le sacré Viatique ? Demande le vieillard d'une inquiète voix.
Un des causeurs répond :
— Je cherche mais ne voie, Car le curé n'a pas, aux grand's messes dernières, Recommandé, bien sûr, de malade aux prières.
— Un crime ! un attentat ! gémit François Ruzard Qui rentrait tout à coup et comme par hasard.
Alors ce fut le bruit de l'essaim qui bourdonne
— Qu'est-ce donc ? disait-on effrayés.
Lui :
— Je donne Comme je l'ai compris le récit du forfait, j
— Un crime, juste Dieu ! rit Lozet stupéfait.
- Voilà ce qu'on m'a dit tout à l'heure à l'église : C'est le père Sivrac qu'on tue et dévalise. Il est tombé mourant sous les coups de bâton Dans sa cave, là-bas, au phare du Platon. Pourquoi vivait-il seul dans cette solitude?
Jean reprit :
— Est-ce vrai ? de toute certitude?
Connaît-on l'assassin ? Soupconne-t-on qui c'est?
— On ne le connaît pas ; personne ne ie sait.