‹ Tonkourou. Nouv. éd. de Les vengeancesChapitre 6 sur 51 · LE VIATIQUE · texte numérisé non relu

LE VIATIQUE

On causait chez Lozet.

— Oui, disait le pilote, Depuis longtemps déjà l'océan me ballotte. Une idée autrefois vint hanter mon cerveau : Voyager ; voir le monde et chercher du nouveau. Je partis. J'étais seul. Ma jeune et douce femme Venait de rendre à Dieu, dans un cri, sa belle âme. Je dis que j'étais seul, non ; j'avais une enfant Qu'elle m'avait donnée, hélas ! en s'en allant.

Un cheval galopait sur la route nacrée. Dans l'air froid de la nuit la clochette sacrée Fit entendre soudain ses tristes tintements : Un mourant demandait les derniers sacrements.

Chacun reste muet de surprise. On écoute Le galop du cheval qui dévore la route.

— Le bon Dieu ! le bon Dieu ! Vite, prosternons-nous, Clame Jean.

Tous alors se jettent à genoux Et jusque sur le sol courbent leur front rustique.

— Mais à qui porte-t-on le sacré Viatique ? Demande le vieillard d'une inquiète voix.

Un des causeurs répond :

— Je cherche mais ne voie, Car le curé n'a pas, aux grand's messes dernières, Recommandé, bien sûr, de malade aux prières.

— Un crime ! un attentat ! gémit François Ruzard Qui rentrait tout à coup et comme par hasard.

Alors ce fut le bruit de l'essaim qui bourdonne

— Qu'est-ce donc ? disait-on effrayés.

Lui :

— Je donne Comme je l'ai compris le récit du forfait, j

— Un crime, juste Dieu ! rit Lozet stupéfait.

- Voilà ce qu'on m'a dit tout à l'heure à l'église : C'est le père Sivrac qu'on tue et dévalise. Il est tombé mourant sous les coups de bâton Dans sa cave, là-bas, au phare du Platon. Pourquoi vivait-il seul dans cette solitude?

Jean reprit :

— Est-ce vrai ? de toute certitude?

Connaît-on l'assassin ? Soupconne-t-on qui c'est?

— On ne le connaît pas ; personne ne ie sait.

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