Reg. #. — Séance du Conseil du 25 Prairial
Note du Chapitre XIV
Les arrêtés du i5 Ventôse et du 7 Floréal donnèrent lieu à des débats curieux, qui éclairent d'un jour singulier la politique tonnerroise à cette époque de notre histoire. On accusa Cherest d'avoir falsifié- l'arrêté du i5 Ventôse.
Cette accusation eut, dans le moment, un certain crédit, et, récemment, M. Monceaux, dans son essai bibliographique sur la Révolution dans l'Yonne, (Bulletin de la Société des Sciences Historiques de l'Yonne, 1889, 2 e semestre), en citant, sous le n° 2.490, l'arrêté du i5 Ventôse, le donne comme fabriqué par Cherest, qui aurait ainsi mystifié toute l'Administration, soit à Auxerre, soit à Tonnerre.
Il nous paraît peu croyable qu'un homme, fut-il aussi audacieux que l'était Cherest, eut osé falsifier un arrêté des Comités de la Convention, et cela dans un moment où la réaction thermidorienne poursuivait à outrance les Jacobins et les Terroristes. Mais ce qui, à notre avis, écarte toute idée de falsification, c'est le texte même de l'arrêté du 7 Floréal qui, non seulement ne parle pas du faux soi-disant commis, mais dont les motifs visent la minute elle-même de l'arrêté du i5 Ventôse.
PENDANT Ul RÉVOLUTION 249
Quoi qu'il en soit, une enquête fut ordonnée, qui fit objet d'une délibération du Directoire du Département n date du i3 Germinal an III, et on prétendit n'avoir as retrouvé la minute de l'arrêté du i5 Yentôse. Il ludrait donc admettre que les membres des Comités e Législation et de Sûreté générale, en visant cette linute, ont eux-mêmes commis un faux.
Cherest avait de nombreux ennemis acharnés à sa ►erte ; ils avaient souvent réclamé sa mise en jugement, t deux fois, le 7 Floréal et le 22 Prairial, ils tentèrent le le mettre à mort. Si le fait d'un faux eut été véritableaent établi, auraient-ils manqué de saisir cette occasion inespérée de perdre l'ancien Procureur-Syndic ?
Ce qui est non moins singulier, c'est que dans l'inerrogatoire que Mailhe fait subir à Cherest le 22 Praiial, il n'est nullement question de cette affaire. Et cependant, dans cette séance, aucune accusation ne lui est épargnée, tous les faits de sa vie publique depuis le :ommencement de la Révolution, depuis l'affaire du 3o \oût 1889, lui sont opposés ; on va jusqu'à lui repro- :her d'avoir répandu le bruit que les membres du club de l'Hôpital empoisonnaient le pain des patriotes.
Il est à remarquer que les Comités de Législation 3t de Sûreté Générale ne furent renouvelés qu'après le i5 Ventôse; ils comprenaient encore, à cette époque, des membres de la Montagne, il a donc pu être facile à Cherest, ou mieux à Garnier, d'obtenir d'eux le rapport de l'arrêté de Guillemardet du 2 Nivôse.
L'arrêté du i5 Ventôse avait suivi la filière adminis-
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trative, c'est-à-dire qu'il avait été d'abord envoyé au Département qui le transmit au District de Tonnerre, et celui-ci le communiqua au Conseil Général de la Commune dans sa séance du 2 Germinal. Mais en même temps, on en recevait à Tonnerre un grand nombre d'exemplaires qui furent distribués et placardés dans les communes du District par les partisans de Cherest. A son tour, le Directoire du District fit imprimer trois cents exemplaires de l'arrêté du 7 Floréal et les adressa aux Municipalités de toutes les communes du ressort, pour y être lus et affichés. (Pièces justificatives. — Séance du District du 17 Floréal.)
Le faux, dont on accusa Cherest, ne nous paraît donc pas prouvé. Nous voyons plutôt dans toute cette affaire une manœuvre de la réaction Tonnerroise. Celleci, aussitôt après Thermidor, attaqua Cherest avec une extrême violence. Il faut lire, dans les pièces concernant la Révolution, et qui sont conservées à la Bibliothèque de Tonnerre, tous les pamphlets qui furent publiés après 1794 contre lui et les Jacobins tonnerrois. Un des plus curieux, est une petite brochure intitulée : Catalogue des Animaux delà Société des Montagnards Jacobins de Tonnerre à vendre pour payer les dettes, et signée de Frémont, serrurier. Chaque personnage ayant joué un rôle pendant la Révolution est accolé à un nom d'animal : Jacques Cherest est le tigre ; Cherest-Verne, le léopard; Mariet, l'âne rouge; Lombard, le petit dogue enragé ; Fouinat-Cottan, le gros dogue ; Cabasson fils, l'orang-outang, etc. Les femmes sont
également prises à partie et complètent la ménagerie Sous le titre de : Femelles qui carressent le tigre. Cette brochure, assez grossière du reste, montre bien à quel degré d'animosité en était arrivé l'esprit public à Tonnerre.
L'arrêté du i5 Ventôse n'existe pas dans les documents de la Bibliothèque, mais nos lecteurs trouveront celui du 7 Floréal dans les pièces justificatives que nous publions à la fin du volume.