‹ Tonnerre pendant la Révolution, 1789-1799Chapitre 21 sur 128 · Re0. B. — 11 Juillet. — Procès-Verbauw. — Page · texte numérisé non relu

Re0. B. — 11 Juillet. — Procès-Verbauw. — Page

ÔO TONNERRE

de Roi ou Empereur. . Les réunions avaient lieu au Pâtis, dans un terrain en amont du pont Saint-Nicolas, entre la rivière et Chiencotte ; ils tenaient leurs assemblées dans un hôtel du quartier Rougemont connu sous le nom de Franc- Maçonnerie.

Leur costume était très brillant; ils portaient l'habit écarlate doublé de voile blanc, avec revers, parements et collet en velours bleu de roi ; la veste et la culotte de drap blanc; les boutons dorés, écartelés de fleurs de lys, d'arbalètes et d'arquebuses en croix; le chapeau retapé à la Cogny avec ganse d'or et cocarde blanche ; les grenadiers avaient le bonnet à poil avec plaque dorée, aux armes de France.

On y était reçu à l'élection; chaque chevalier payait une certaine somme pour contribuer à l'entretien de la Compagnie, et le recrutement ne pouvait se faire que parmi les gens capables de supporter les frais, qui étaient considérables. Enfin, ils jouissaient de nombreux privilèges, étaient libérés de certains impôts, de la gabelle notamment ; le roi ou empereur était exempté de la taille. *

La Compagnie de Tonnerre était commandée par M. de Chamon. Elle était très impopulaire ; on n'a pas oublié que c'était grâce à elle que la Municipalité de 1789 avait pu accomplir son coup d'Etat du 11 septembre et proclamer la loi martiale. La Bourgeoisie,

1. Le Maistre. — Les Chevaliers de l'Arquebuse; Quantin, — Note sur les Arquebusiers de Noyers.

PENDANT LA RÉVOLUTION 6l

UNÉMMl

éliminée peu à peu de toutes les fonctions électives, y avait conservé un centre de réaction.

La Municipalité de 1790 n'avait pu la supprimer, mais elle avait pris contre elle de nombreuses mesures qui équivalaient à une interdiction. La Société ne pouvait paraître dans les fêtes avec ses armes chargées ni même munies de leurs baïonnettes ; il lui était défendu de s'assembler sans permission, sous aucun prétexte, en dehors de son hôtel ; elle n'avait le droit de battre ni la générale, ni la retraite. Aussi, la Compagnie se dispensait-elle d'assister à aucune cérémonie officielle. *

La loi du 12 Juin 1790, qui supprimait toutes les Compagnies d'Arquebuse, permit enfin au Conseil de prononcer sa dissolution. Cette suppression fut très sensible à la Bourgeoisie.

La loi décidait que tous les corps particuliers de milice bourgeoise seraient tenus de s'incorporer dans la Garde Nationale, sous l'uniforme de la Nation ; les drapeaux devaient être transportés dans l'Eglise paroissiale et suspendus à la voûte. Le dépôt du drapeau de l'Arquebuse fut fixé au Dimanche 22 Juillet suivant. La Municipalité, par une nouvelle taquinerie, défendit aux Arquebusiers d'y venir en armes et dans un autre costume que celui delà Garde Nationale. La Compagnie s'en plaignit au Département, et celui-ci l'autorisa à porter ses armes et à conserver son costume, à condi-

i. Beg.. H. — Séances des 13 Mars, 20, 23 avril, 4, 20 et 22 juillet.

tion qu'aussitôt après, elle prendrait l'uniforme des gardes nationaux.

La cérémonie, qui avait attiré dans l'Eglise Notre- Dame une foule considérable, fut le sujet d'une dernière manifestation de la Compagnie.

Après la messe, dite par le doyen, le secrétaire de la Société, M. Bizet (des Brions), avocat, lut un discours très agressif, dans lequel, faisant allusion à Cherest, il parla « d'un génie malfaisant qui avait semé la discorde dans la Ville. » Ses paroles provoquèrent un véritable tumulte ; malgré la sainteté du lieu, les assistants s'interpellèrent avec la plus grande vivacité, les uns apostrophant et menaçant Bizet, les autres l'applaudissant et lui criant de continuer. Bizet termina son discours au milieu du bruit et des altercations. M. Dupotet de Brevon, ancien garde du corps, en demanda l'impression. Cette proposition souleva de nouvelles rumeurs. Pendant ces discussions, et pendant que les nommés Forgeot, père et fils, suspendaient le drapeau au-dessus du maître-autel, le doyen Horiot rédigeait, sur un des registres de la paroisse, le procès-verbal de l'Assemblée, et y mentionnait que Bizet avait prononcé un discours de paix et d'union. La lecture de ce procèsverbal, par le vicaire Causel, ralluma les colères et amena de nouveau de violentes protestations. M. de Chamblain, procureur de la Commune, fit des réserves au nom de la Municipalité et qualifia les paroles de Bizet d'indécentes. Le Conseil Général déclara que lui seul avait le droit de rendre compte de la cérémonie ; il

réclama en vain l'annulation du procès -verbal du doyen et la communication du discours de Bizet, et sortit de l'église en refusant de signer le registre. i

Le soir, un banquet réunit les Arquebusiers dans l'Hôtel de la Franc-Maçonnerie. A l'issue du repas, Horiot fit signer son procès-verbal par tous les assistants. La Municipalité protesta. Elle envoya des huissiers au doyen, mais sans plus de succès; elle ne put obtenir aucune rectification. Ce doyen, homme violent et entêté, était un des meneurs de la Bourgeoisie ; il ne laissait passer aucune occasion de manifester son hostilité. Nous avons vu qu'il s'était opposé à laisser faire les élections du mois de Février dans l'Eglise Notre- Dame ; depuis, il refusait de lire au prône les décrets de l'Assemblée et ne cédait qu'à une mise en demeure formelle du Département. Cette fois, il ne céda pas, et son procès-verbal resta au registre. 2

A partir de ce moment, Bizet devint le chef de la Bourgeoisie, comme Cherest était celui du parti populaire. Les deux avocats se vouèrent une haine implaca-

i. Registre H. — 2* juillet 1790.

2. Reg. H. — Séance du 23 juillet. — Pièces Justificatives. Sommation taite par M« Jean Marin, huissier, à François Horiot, curé-doyen de Notre-Dame. — Voir Reg. #., Séance du 12 septembre, une délibération du Conseil sur les refus du doyen de lire au prône les décrets de l'Assemblée, et Procès-Verbaux du Conseil Général de l'Yonne, Séance du 25 septembre 1790.

ble qu'ils payèrent plus tard de leur liberté et qui faillit leur coûter la vie. i

A part cet incident, qui contribua à creuser davantage la division, l'année 1790 s'écoula paisiblement. La Municipalité, autant que ses faibles ressources le lui permettaient, fit exécuter différents travaux d'utilité publique.

Elle fit restaurer les ponts de la Ville que les glaces de l'hiver de 1788- 1789 avaient dégradés ; elle fit réparer le puits de Rougemont et la Fosse-Dionne, dont le ru fut curé : le devis de ce dernier travail se monta à *73 livres, 2 sols, 6 deniers. Elle visita les casernes de la Maréchaussée et fit faire les réparations les plus urgentes ; elle fit exécuter le pavage et la réfection de la rue Fontaine-aux-Bœufs. Elle acheta au sieur Guyot, fermier de l'Hôpital, les mesures, vannettes, rouleaux et minages pour le service de la Ville. 2

Les récoltes de l'année avaient été suffisamment abondantes ; le Conseil eut soin que les greniers de la Ville fussent toujours approvisionnés de grains et fit lui-même de nombreuses ventes aux particuliers. 8

1. Il n'y avait pas moins de 18 avocats à Tonnerre en 1789. On avait fait à ce propos le distique suivant :

Demandez-moi pourquoi Ton dort tant à Tonnerre ? Si l'on y plaidait moins, on n'y dormirait guère !

2. Reg. E. — Séances des 22, 23 Août. 23, 31 Octobre, mandat du 18 Juillet 1791. Le tour du bassin de la Fosse-Dionne avait été refait en 1758, en pierres d'Angy.

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