‹ Tonnerre pendant la Révolution, 1789-1799Chapitre 55 sur 128 · Reg. M. — Séance du 4 Avril · texte numérisé non relu

Reg. M. — Séance du 4 Avril

tira sur loi, tua plusieurs personnes de son escorte, se saisitfde six chevaux de sa suite et de différents papiers lui appartenant. La Convention décréta que le 3 e bataillon de T Yonne avait bien mérité de la Patrie.

Le commandant en second du 3 e bataillon était Louis* Dâvout, fntut maréchal dé France et prince d'Eckmûhl. 1

Le Conseil décida que le nom de Gouré serait inscrit sur un tableau d'honneur dans la salle du Conseil et que mention de la conduite du bataillon à l'égard du traître Dumouriez serait faite sur le même tableau « destiné à conserver le souvenir des belles actions des citoyènâ-soldats de la commune de Tonnerre. » *

1. Le 3 e bataillon fil toutes les campagnes de 1792 et 1793 sous les ordres de ce grand homme de guerre. 11 assista notamment à la bataille de Vaimy le 20 Novembre 1792. Dans une lettre écrite du camp, près Cambrai, le 2 Juin 1793, aux administrateurs du Département de T Yonne, Davout s'exprime ainsi : « Moi, je vous dirai que le bataillon est républicain, brave et intrépide au feu. » Et dans une autre lettre du ' 12 Juin de la même aimée, après avoir fait Féloge du bataillon, qui, touché du désespoir dé paysans dont le village venait d'être incendié sous leurs yeux, avait réuni une somme importante U277 fr.) pour indemniser les victimes de l'incendie, il ajoute : « Les volontaires qui ont fait ce sacrifice sont cependant dénués d'habillements, mais en revanche, ils sont remplis du patriotisme le plus pur, du républicanisme le plus énergique. » (DEMAY. — Les Volontaires auv Armées de la République. Bulletin de la Société des Sciences de l'Yonne, 1874/ page' 537;)

2. Registre M. — Séances des 24 et 25 Avril. Voir sur la fuite de Dumouriez et la conduite du 3* bataillon, Louis Blanc, Histoire de la Révolution, tome 8, pages 228 et suivante ; Héhfi Martin, Histoire de France depuis 47È9, tome 1, page 455. — Moniteur de 4193, n» 99. — Séance de la Convention du 5 Avril.

Les demi-mesures prises par. la Municipalité contre les suspects n'étaient pas faites pour satisfaire le parti Jacobin* L'administration communale continuait, par esprit de modération, à n'appliquer aucune des lois votées par la Convention, et qu'imposaient les périls publics. Le Conseil Général du Département, animé du même esprit, ainsi que le prouve la mission de Balme et Delaporte, n'y tenait pas la main. La Convention avait ordonné, en même temps que le désarmement des suspects, l'établissement dans toutes les sections delà République d'un Comité de surveillance. Rien de cela n'avait été faità Tonnerre. L'Assemblée venait d'envoyer des commissaires dans les Départements ; deux représentants du Peuple, Turreau et Garnier (de l'Aube) étaient en mission dans l'Yonne : c'est à eux que la Société populaire s'adressa et envoya ses plaintes.

Aussitôt, un arrêté des deux Conventionnels, du q Avril, prescrivit l'organisation d'un Comité de surveillance. Le Conseil obéit à regret et le Comité fut nommé en Assemblée de la Commune le 21. Il fut composé des citoyens Rousseau, Cherest- Verne, Fouinât - Brécy, Cahasson fils, Pierre Lombard, Mariet, Collard, Silvestre, Rousselet, tourneur, Leroux, Lapre, coutellier et Bailly, tous dévoués à Cherest, et membres de la Société populaire. Ce Comité qui devait se borner, en principe, à exercer une surveillance sur les étrangers établis dans la Commune, prit, dès son entrée en fonctions, et malgré les protestations du Conseil, le titre de Comité Révolutionnaire de Salut Public et slaittrihua

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les mêmes pouvoirs que le Comité de salut public de la Convention.

Un autre arrêté des représentants, du i3 Avril, enjoignit à la Municipalité de dresser la liste des suspects, prêtres, ci-devant nobles et leurs domestiques, et ordonna de les mettre en arrestation. Le Conseil ajouta à sa liste précédente : Noël de la Corvée; Guyard de Chamblain , chevalier de St- Louis ; de Camboulas ; Girardin de Tréfontaine ; Féré ; les veuves Daret, Duclos-Fontaine et Fontaine, de Moulins; Mlles de Marcenay, d'Espinassy et la chanoinesse d'Anstrude. Il se contenta d'arrêter les deux vieux prêtres Gantés et Yrailh ; et encore ce dernier fut trouvé si vieux et si infirme qu'on dut le laisser en réclusion dans sa maison. Gantés fut écroué aux Ursulines, où Ton venait d'interner vingt-cinq prisonniers Prussiens arrivés à Tonnerre le 14 Avril. *

Les dénonciations reprirent et le Comité de surveillance se mit de la partie. On signalait certains fonctionnaires qui n'étaient pas inscrits sur les listes des jurés, et par conséquent n'étaient ni électeurs, m éligibles ; et on redemanda l'annulation des élections de Novembre et de Décembre. On contesta également celles du 27 Janvier, concernant la Justice de Paix : plusieurs citoyens, disait-on, avaient pris part au vote, qui n'éw»— » ^— — — — i— — — — ^ — ^~ ^-^— — — — — ^— — i— . ^ mmm

1. Registre M. — Séances des 14, 15, 25 Avril 1793. On fit abattre et débiter deux peupliers appartenant à la Commune, pour faire des lits aux prisonniers Prussiens. La plupart parvinrent à s'évader.

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taient domiciliés dans la commune que depuis moins d'un an. On accusait aussi de faux les scrutateurs des Assemblées communales du mois de Décembre. Le Département écrivit au District, lui réclama les pièces établissant Pétat-civil des électeurs incriminés, et renvoya à l'accusateur public les inculpations de faux. * Le District ne répondit pas.

La Société populaire écrivit alors directement aux représentants du Peuple et une dernière pétition, longuement motivée, décida ceux-ci à se rendre à Tonnerre.

Turreau et Garnier 2 arrivèrent le 27 Avril. Us furent reçus par Cherest qui leur donna l'hospitalité, et le soir même, se rendirent à la séance du Conseil Général. Ils donnèrent lecture à l'Assemblée de la dernière dénonciation qu'ils avaient entre les mains. Cette dénonciation relevait contre le Conseil six chefs d'accusation.

1. Pièces justificatives. — Extraits des procès-verbaux des séances du Directoire du Département des 21 Mars et 2 Mai 1793. 2 TURREAU DE LIMÈRES, pelil-iils d'un huissier de Ravi ères, avait épousé la veuve Davout, mère du maréchal. Administrateur du Département en 1790, député suppléant à l'Assemblée Législative, député de l'Yonne à la Convention, il lit partie de la Montagne et vota la mort de Louis XVI. 11 accompagna Bourbotte dans l'ouest et la Vendée en 1793. Mort en Italie, garde-magasin des armées (1793). (Biog. Michaud .

GARNIER, député de l'Aube. Conventionnel peu connu. On cite de lui le mot qu'il prononça le 9 Thermidor, en parlant de Robespierre : Le sang de Danton l'étouttV. Commissaire du Gouvernement pour les réquisitions militaires pendant le Directoire, il revint plusieurs fois, eu cette qualité, dans le Département de l'Yonne.

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i°i II n'avait pas fait le nécessaire ^pour la, réfection de la matrice du rôle de la contribution mobilière» qçi favorisait exclusivement les riches ;

2° Lorsque le District avait témoigné de justes inquiétudes sur les subsistances, le Conseil s'était plutôt occupé à jeter la défaveur sur les intentions du. District ;

3° Il avait accordé des certificats de civisiîie • à des citoyens dont le civisme était suspect ; par .exemple à Mollerat qui, dans la fête civique en- l'honneur de I*epelletier, avait provoqué des troubles par des propos incendiaires contre les patriotes, particulièrement .contre la Société populaire ; il en avait au contraire refusé à des patriotes reconnus (Cherest^ Verne, Bailly, etc);

4° Il avait rendu les fusils à des gens suspects et mis de l'indifférence à armer les corps de garde ;

5° Il n'avait pas donné à l'arrêté du i3, concernant la réclusion des prêtres, l'activité que le salut public demandait; il n'y avait que quelques jours que cet arrêté avait reçu un commencement d'exécution, très partielle, puisqu'un seul prêtre y avait été soumis ;

6° Il s'était refusé à distribuer des piques, et un arrêté ordonnant de .mettre en réquisition les taillandiers n'avait reçu aucune çxécution.

Le Conseil protesta contre chacun de ces faits et demanda les noms des signataires ; Garnier refusa de les donner. *

\. Registre M. — Séance du 28 A,Yril.4ï93.

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Le lendemain, les représentants prirent un arrêté qui déclarait suspendu le Conseil Général de la Commune de Tonnerre et en fixait le renouvellement au Dimanche suivant 5 Mai. Aux termes de cet arrêté, aucun membre actuel du Conseil ne pouvait être réélu ; .aucun des ci-devant nobles, ou privilégiés, ou agents, des cidevant seigneurs, ou prêtres, ne pouvait être admis à concourir à l'élection, soit comme électeur* soit comme élu. Le Conseil Général suspendu continuait ses fonctions et restait chargé, sous sa responsabilité, de Tordre et de la tranquillité jusqu'à l'installation de la Municipalité à élire. Les Conseillers remirent leurs écharpes en protestant de nouveau ; les députés leur dirent qu'ils avaient le droit de se pourvoir auprès de la Convention, mais que l'arrêté recevrait, en attendant, son exécution. *

Turreau et Garnier quittèrent ensuite Tonnerre.

Le Conseil adressa aussitôt une protestation au Comité de Salut public de Paris. 2 On fit en même temps circuler une pétition en sa faveur; Regnard, greffier de la Justice de paix et Mouchot, sellier, se chargèrent de la colporter en Ville. Le Comité de surveillance, sur un réquisitoire du Procureur-Syndic, s'éleva contre cette pétition et, dans une proclamation aux habitants, défendit de la signer. Le Conseil répondit par une autre

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