‹ Tonnerre pendant la Révolution, 1789-1799Chapitre 7 sur 128 · CHAPITRE II Affaire du 30 Août · texte numérisé non relu

CHAPITRE II Affaire du 30 Août

Jacques Cherest. — Émeute du 3o Août. — Sévices contre M. de Channes. — Assemblées des 6 et 8 Septembre. — Poursuites contre les moteurs du 3o Août. — Fuite de Cherest. — Députation à Paris de MM. Roze et Leprince. — Le Comité de subsistances. — Nouvelle agitation. — La Loi Martiale. — Bénédiction des drapeaux rouges. — Nouvelle loi Municipale. — Élections du mois de Février 1790. — Le doyen Horiot. — Cherest, Procureur de la Commune. — Sentence du Tribunal de Sens. — Acquittement des prévenus. — Assemblée des habitants du 21 Février 1790.

(Août 1789 — Février 1790.)

A la tète des mécontents, se trouvait un homme d'une valeur incontestable, doué d'une certaine éloquence, et appelé à jouer un rôle prépondérant dans tous les événements locaux de la période révolutionnaire : Jacques Cherest, avocat au Parlement.

Fils d'un cultivateur de Carisey, Jacques Cherest avait été successivement lieutenant de Juge à Carisey et à Villiers-Vineux, puis bailli de Dannemoine et de La Chapelle-Vieille-Forèt. En 1787, il avait été nommé avocat de la ville de Tonnerre où il jouissait d'une très grande popularité. Au mois de mars 1789, les électeurs l'avaient chargé de rédiger le cahier des demandes et doléances de la ville de Tonnerre, et à l'Assemblée générale de Sens, c'est à lui qu'avait été confiée la rédaction du Cahier du Tiers-État. Il devait embrasser avec, ardeur toutes les idées de la Révolution et devenir le chef indiscuté du parti démocratique à Tonnerre.

Les sentiments de la population n'attendaient qu'une occasion pour se manifester. Elle se présenta le 3o août.

Ce jour-là, la Milice Bourgeoise devait prêter le serment ordonné par la déclaration royale du 10 août, et en même temps, recevoir son commandant, M. de Channes, qui avait obtenu l'agrément du roi.

Le matin, un mémoire rédigé par Cherest ef signé par environ soixante-dix habitants, est déposé sur le bureau du Comité permanent. Ce mémoire, très long, et conçu en termes très modérés, développait les griefs que nous avons résumés plus haut, et concluait à ce qu'il soit procédé promptement à une nouvelle composition de la milice bourgeoise; que les jeunes gens, et les étrangers qui ne participent pas aux charges publiques,. soient exclus des places d'officiers et n'aient pas voix délibératives ; enfin;, qu'ils soient remplacés par

des citoyens qpi seront choisis au scrutin par : tous les habitants, ainsi que cela s'est pratiqué dans un grand' nombre de Villes, notamment à Sens, Troyes* etc, *

La cérémonie devait avoir lieu au Pâtis*

Dès trois heures du soir> la foule remplit les promenades. On ne sait pas encore comment le Comité a accueilli la pétition, les groupes sont animés, quelquesuns menaçants* On commente avec passion les événements. Cependant, la Municipalité ne paraît pas, on s'en étonne; mais, vers quatre heures, la pluie disperse une partie de la foule, et le sieur Bourgeois, tambour, vient annoncer à son de caisse que la réunion se tiendra dans l'Eglise de l'Hôpital.

Les habitants s'y rendent, espérant y trouver les membres du Conseil et les officiers de la milice. Ils n'y sont encore pas et après les lavoir attendus quelque temps, au milieu d'un tumulte indescriptible, le temps s'étant remis aa beau, la foule revient au Pâtis.

En arrivant, elle rencontre M. Campenon, premier échevin. Il est aussitôt entouré de citoyens qui lui demandent avec vivacité pourquoi les autres membres du Corps Municipal ne sont pas présents. M. Campenon cherche à les calmer ; il répond que la réunion n'étant pas une assemblée communale, mais une cérémonie militaire, ils n'avaient pas cru devoir y assister ; que le Comité n'étant pas en nombre le matin, il n'avait pu statuer sur la pétition des habitants ; qu'enfin, si on le

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\. Registre du Comité permanent. .»

désirait, il irait lui-même chercher ses collègues et il donne sa parole de les ramener.

La proposition est acceptée.

Cependant, l'agitation est à son comble ; des menaces sont proférées : ce sont les complices de Foulon et de Berthier, s'écrie-t-on.

Il est à remarquer qu'une partie de la troupe est sans armes, et que le major de la milice a eu la précaution de faire visiter les fusils, afin qu'aucun ne fût chargé.

Tout à coup, on aperçoit M. de Chamon, chevalier de Saint-Louis, ancien gendarme de la garde, un des capitaines de la milice, homme très impopulaire. On lui attribuait d'odieux propos sur la disette dont souffrait le Peuple : il aurait, entre autres choses, déclaré qu'il vendrait son blé aux blatiers plutôt qu'à la Ville.

Un groupe se détache et s'avance sur lui en l'invectivant. Saisi de frayeur, il prend la fuite et se réfugie dans la maison de M. de Channes, * où il s'enferme. La maison est aussitôt assiégée, les grilles sont ouvertes, on pénètre dans la cour, dans les escaliers, jusque dans l'antichambre. Vainement M me de Channes se jette au-devant des assaillants, les appartements vont être envahis. Mais Cherest, prévenu, se hâte d'accourir, et, en quelques paroles, calme les plus violents : les membres de la Municipalité sont arrivés, ils consentent à ce que les habitants demandent, et il nefaut pas, d'une bonne affaire, en faire une mauvaise.

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