‹ Tonnerre pendant la Révolution, 1789-1799Chapitre 8 sur 128 · Aujourd'hui École Communale des Filles · texte numérisé non relu

Aujourd'hui École Communale des Filles

En effet, pendant que ces choses se passaient, M« Campenon était revenu, amenant avec lui M. Darlot, échevin, le Lieutenant de Maire de Vaulavré, et le Procureur du roi Hennequin.

Cherest, aussitôt, a réuni les assistants autour d'une croix qui se trouvait alors à l'extrémité de la rue du Pâtis, et l'huissier Bourdignon, assis sur le socle, écrit le procès-verbal de la réunion.

Mais il est tard, et l'assemblée est trop agitée pour qu'il soit possible de délibérer ; on obtient seulement des officiers municipaux présents la promesse que, le lendemain, le Corps Municipal et le Comité permanent se réuniront extraordinairement pour statuer sur la requête des habitants, et que le même jour, il sera rendu compte de l'arrêté pris à son sujet.

Le procès-verbal est signé par eux. La foule satisfaite se retire, et M. de Chamon peut rentrer chez lui en se faisant toutefois escorter par la Maréchaussée. *

Le lendemain, le Comité permanent, de concert avec la Municipalité, décide que le dimanche 6 septembre, à huit heures du matin, dans l'église de l'Hôpital, se tiendra une Assemblée générale des habitants pour procéder à une nouvelle formation tant du Comité permanent, qui donnait sa démission, que de la milice bour-

i. Registre du Comité permanent. — Pièces justificatives. — Mémoire pour la Ville de Tonnerre sur 'es événements du 30 Août. — Mémoire pour Jacques Cherest, ancien bâtonnier de l'Ordre des Avocats de Tonnerre. — Observations sur une affaire qui doit être rapportée le lundi 14 décembre 1789.

• geoise, et à lanomination des officiers. Cet arrêté est communiqué aux habitants, le jour même, à six heures du soir, au i Pâtis.

Le 6 septembre, l'Assemblée annoncée a lieu.

Le lieutenant de la Maréchaussée s'y rend : à -la tête de deux brigades, pour prévenir le désordre, mais on :l'oblige à se retirer, disant que la présence de cette troupe gênerait les suffrages.

Dans • cette première réunion, les citoyens s'occupent d'abord de la rédaction d'un règlement pour la milice.

En voici 'les principales dispositions :

Les veuves et les filles pauvres stfnt exemptées de fournir un homme ;

Les garçons de 18 ans pourront remplacer leur -père, et les domestiques seront exempts du service ainsi que les employés des fermes ;

Les habitants, qui auront servi, seront sergents de préférence ;

Les compagnies nommeront elles-mêmes leurs caporaux, mais les officiers seront nommés au scrutin, dans une Assemblée générale des citoyens et ne seront pris que parmi les habitants qui auront reçu Yincolat ;

La cocarde sera bleue, blanche et rouge.

L'Assemblée, n'ayant pas fini ses travaux, s'ajourne au mardi 8 septembre.

Cette fois, Messieurs de la Ville se dispensèrent de venir. On dût les envoyer chercher. Il y eut un incident:

L'un d'eux, en arrivant, dit : c L'Assemblée est illé-

»gale,« il«n'y a pas Qewotables, il j n ? y a-'pftS'im honnête homme!-» — } Pour qui nous /prend-il? «s'écrie alors Gheresty monté-sur une chaise. — Des clameurs -s'élevèrent, bientôt apaisées» et l'incident n'eut aucune^ suite. On procéda 'à<la nomination du '■■ Comité-permanent >et des officiels de ; la 'milice.

Le Comité fut réduit à sept membres et composé ■de MM.iGampenon père, Decourtive, Heuvrard, Gonthier, Roze, procureur du roi, Rondoux et Gervais.

:LîÉtatrmajor?.fut conservé tel que le premier.comité l'avait établi. On y ajouta seulement deuxsergent$~>du .drapeau, MM. Cahasson, père et fils, et -un aumônier, >le ; P. Commerson, supérieur des 'Minimes.

Les opérations étaient tenninées. Elles furent publiées le jour suivant par : ordre des Officiers f municipaux, qui s'occupèrent également les 9 et 10 septembre de la réception et de l'installation du nouveau comité.* La population avait donc obtenu satisfaction. Les procès^verbaux des séances des 6 et 8 septembre .étaient inscrits sur Jes registres^ la Ville. Tout était * rentré dans Mordre; les rapports des cavaliers de la Maréchaussée constataient le plus grand calme; la tranquillité de la Ville paraissait donc assurée.

Elle ne devait, malheureusement, pas être de longue durée.

Le 11 septembre, à huit heures du matin, la Muni-

4. Registre H. du Corps Municipal — Registre du Comité .-ptrmwunL —.Mémoi*es4éjà cités.

cipalité se réunit. Hennequin, procureur du roi, donne lecture d'un violent rapport sur les faits qui viennent de se passer. Il présente les Officiers Municipaux comme n'ayant consenti à tout ce qui s'est fait que sous la pression de la crainte, et déclare qu'il y a lieu de n'en tenir aucun compte. Sur ses conclusions, le Conseil arrête :

Que la requête du 3o août sera et demeurera supprimée ;

Que les actes des Assemblées des 6 et 8 septembre sont annulés ;

Que l'ancienne milice est licenciée, et qu'il en sera tonné une nouvelle composée de volontaires au nombre de deux cents seulement.

Il était en même temps défendu à toutes personnes de s'attrouper ni former aucun complot sous les peines portées par le règlement.

D'où venait donc tant d'audace ?

La Municipalité s'était assuré le concours d'un certain nombre de ses partisans, et le même jour, 1 1 septembre, environ deux cents hommes, parmi lesquels se -trouvaient les Chevaliers de l'Arquebuse, commandés par Chamon, prenaient les armes, s'emparaient de l'Hôtel-de- Ville et des corps de garde.

C'était la guerre civile. La population fut indignée. Mais la résistance était impossible. On ne lui donna, du reste, pas le temps de s'organiser.

Immédiatement, l'affaire fut dénoncée au Procureur du roi de la Maréchaussée qui informa sans plus tarder.

Plus de cinquante témoins furent entendus;. douze décrets furent rendus, dont quatre de prise de corps tant à la charge de Cherest que de, trois des. principaux moteurs de l'affaire du 3o ax)ût;,les autres d'ajournement. personnel ou de soit-ouï. *

Cherest, prévenu à temps, s'était enfui à Paris avant que le. mandat d'arrêt lancé contre. lui. n'eut jreçu son exécution. Il avait de hautes protections, il réussit à voir le Garde des Sceaux, en obtint un s,ursis pour lui et pour ses co-accusés, et revint à Tonnerre. .

Mais à THôtel-de-Ville on ne se tint pas pour battu.

Le i5 octobre, la Municipalité envoyait à Paris MM. Roze etLeprince, avocats, avec le titre de Députés de la. Ville de Tonnerre. Ils avaient poyr mission, d'abord, de solliciter des secours en blé du Gouvernement et l'Établissement d'un Bailliage royal à Tonnerre ; inais, surtout, de se présenter à l'Assemblée nationale et de demander l'arrestation des auteurs des troubles du 3o août. *

La Municipalité aurait voulu que l'affaire fût jugée par la Maréchaussée, seule compétente, disait-elle, attendu qu'il y avait eu émeute et sédition.

1. La procédure criminelle était très lente avant 1789. A. cette époque, où la défense orale était interdite dans tous les cas, et où les témoins n'étaient jamais entendus à l'audience, Vinformation (constatation par écrit du dire des témoins; était Pâme du procès. L'ajournement était une des trois variétés du décret, qui se divisait en décret d'assigné pour être ouï, décret d'ajournement personnel et décret de prise de corps. Les deux premiers décrets avaient cet effet commun, qu'ils maintenaient l'inculpé en état de liberté, à l'inverse du décret de prise de corps.

Page 1