laid. — Assemblée du 20 Brumaire
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pital. C'étaient : Denis Geliez, charpentier ; Nicolas Grosfils, commis au District ; Noël- Antoine Carteron, avoué ; Louis Hély, perruquier ; Michel- Jérémie Filley, ferblantier; David Vincent, tanneur; Edme-Jean Decourtive, cultivateur ; son frère Adrien-André Decourtive, cabaretier; Jacques Godin, boucher; André Crémer, manouvrier; Brice-Barry, m d de bois ; Jean Barry, boucher; Henri Jacquillat, commis-greffier; Charles- Ignace Jourey, cordonnier; Edme Hardy, épicier; J.-B. Hardy, commissionnaire en vins ; Etienne Chanot, charpentier.
Decourtive (Edme-Jean) était accusé d'avoir porté les coups de couteau qui avaient blessé les volontaires ; les autres étaient inculpés d'avoir frappé avec des bâtons et des pierres.
L'affaire ratait. Les accusés étaient des ouvriers ou de petits commerçants ; aucun des meneurs du club de l'Hôpital, des chefs de la Bourgeoisie tonnerroise n'avait pu être atteint par l'instruction.
La situation des dix-sept n'en était pas moins extrêmement périlleuse. La Convention et ses Comités de gouvernement n'avaient pas approuvé la formation de nouvelles Sociétés populaires dans lesquelles elle voyait « des manœuvres de mauvais citoyens ; l'intention de livrer la guerre aux sociétés qui professent les vrais principes républicains et de méditer plus sûrement les moyens de trahir la Patrie ». * On avait tout à
1. Pièces justificatives. — Ampliation du décret du 20 Septembre approuvant !es mesures prises par Gohier.
craindre d'un Tribunal où la moindre suspicion était punie de mort.
Garnier fit partir les accusés le 11 Octobre, àl'exception de J.-B. Hardy, Adrien Decourtive et Et. Chanot qui étaient malades 1 et qui ne quittèrent Tonnerre que le 25 Brumaire (i5 Novembre) sur un ordre formel de Fouquier-Tinville. 2 Les dix-sept furent enfermés à la Conciergerie. En même temps, on déféra devant le Tribunal criminel du Département, Millot, Paintendre et Jacquillat l'aîné, sous l'inculpation d'avoir dressé un faux procès-verbal de l'affaire du i5 Septembre.
Aussitôt après, Garnier quitta Tonnerre. Un décret du 25 Septembre avait étendu ses pouvoirs à tout le Département, il passa par Noyers, d'où il envoya plusieurs détenus politiques dans les prisons de Tonnerre.
Avant son départ, il avait investi Cherest de tous les pouvoirs qu'il avait reçus de la Convention. 3 Le Procureur-Syndic en usa largement pour faire continuer les arrestations, et augmenter les mesures de rigueur envers les prisonniers. Il avait accompagné Garnier jusqu'à Yrouerre où il fit arrêter Mmes de Vauborel et
i. Ibid. — Ordonnance de Garnier du li Octobre. — Lettres de Hardy, Decourtive et Chanot ; certificats des médecins.
2. C'est un sieur Monet, huissier près le tribunal révolutionnaire qui apporte à Tonnerre Tordre de Fouquier-Tinville et fait transférer, sous bonne escorte, de brigade en brigade les trois détenus, jusqu'à la Conciergerie.
3. Pièces justificatives. — Deux ordonnances de Cherest, scellées du sceau du représentant du Peuple. Registre N. — Séance du 19 Octobre.
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Jourdat qui donnaient asile à des prêtres réfractaires. Il fit appliquer le calendrier républicain, défendit que les offices fussent célébrés d'autres jours que les décadis et fit descendre les cloches du canton. * Il prit ies mesures pour réaliser à Tonnerre X emprunt forcé, qui produisit une somme de 8.392 livres. Les commissaires vérificateurs furent : P. Darlot, Edme Roze, [. Guenin, Cl.-Louis Feuillebois, J.-B. Baillot et Louis Léonard. L'opération dura jusqu'au 24 Nivôse. 2
Mais Maure et un autre représentant, Ichon, en nission dans l'Yonne, protestèrent contre l'autorité lonnée à Cherest, par Garnier, autorité qui ne pouvait ïtre déléguée que par la Convention et ne devait être îiercée par aucun individu en concurrence avec les •eprésentants du Peuple. Ils mandèrent à Auxerre le Procureur-Syndic, lui retirèrent ses pouvoirs et Garnier \it réprimandé (10 Brumaire — 3i Octobre). 3
Après le départ des dix-sept, l'inquiétude fut extrême :hez leurs parents et leurs amis. Ceux-ci ne restèrent Das inactifs et, aidés par ceux du parti qui n'étaient )as enfermés, ils s'agitèrent en leur faveur.
On fit signer des pétitions jusque dans les prisons ; )n envoya des dénonciations contre Cherest et Rousseau, on rédigea un long « Mémoire des événements
1. Un règlement du Département, du 3 Frimaire, an H, avait lécidé qu'il n'y aurait qu'une cloche par église*
2. Reg. N. — Séances des 3 et 24 Nivôse, certificats de civisme iccordés aux commissaires vérificateurs.
3. Pièces justificatives. — Copie de l'arrêté de Maure et Icbon*
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qui se sont passés à Tonnerre pendant le cours de la Révolution »* où les deux principaux chefs du parti populaire étaient représentés comme les seuls auteurs des discordes Tonnerroises. Mais on se servit surtout de la fameuse adresse du 20 Juin, des lettres à Lafayette et à Lûckner. On les fit imprimer à un grand nombre d'exemplaires, on en envoya partout, à la Convention, aux Jacobins, à la Commune de Paris, aux différents comités de l'Assemblée, au Tribunal révolutionnaire.
Cherest eut peur. Il compritle danger de ces manœuvres dans un moment où le régime de la Terreur était à son apogée et chercha à les empêcher. Il fit faire dans les prisons les perquisitions les plus minutieuses et fit subir aux détenus de longs interrogatoires; il envoya des émissaires chez les imprimeurs d'Auxerre, d'Aval- Ion, de Châtillon-sur- Seine pour tâcher de saisir ces papiers. 2 Les recherches furent vaines et malgré les gardes postés aux issues de la Ville, malgré les fouilles opérées sur tous les voyageurs, les adresses parvinrent à leurs destinations.
On était fatigué, dans les Conseils du Gouvernement, de tous les désordres qui troublaient Tonnerre, et on débattait la question de savoir si, pour y mettre fin, il ne convenait pas d'arrêter Cherest. Maure insis-
i . Pièces justifiatives. — Mémoire des événements, etc.
2. Pièces justificatives. — Rapport de J.-B. Hardy, concierge de la maison de détention, près Notre-Dame. — Information du Juge de paix sur une pétition. — Interrogatoire des détenus. — Rapports des Commissaires envoyés à Gbâtillon, Àuxerre et A va lion.
tait pour que la mesure fût prise, Garnier cherchait à s'y opposer, prétendant que l'arrestation du Procureur- Syndic amènerait dans la Ville des troubles sanglants. Rousseau était à Paris en ce moment pour demander la déportation des suspects votée par la Commune le 10 Brumaire. Il se présenta au Conseil exécutif pour proposer je ne sais quel plan qui devait rapporter à la République plus de dix millions; le Conseil, l'ayant sous la main, le fit arrêter aussitôt. Il fut enfermé à l'Abbaye, où il occupa l'ancienne cellule d'Hébert. Il écrivit à la Commune de Tonnerre une lettre désespérée, qui fut lue à la séance du 20 Brumaire. La Commune lui vota une lettre de consolation, et nomma une députation pour porter à la Convention, aux Comités, aux Jacobins, aux Cordeliers etc., une adresse demandant ^on élargissement. 1
En même temps, arrivait au Conseil exécutif une xiouvelle dénonciation, signée par plusieurs habitants c3e Tonnerre, qui demandaient l'arrestation de Cherest. <3elle-ci-ci fut alors décidée et l'ordre signé.
Deux officiers de paix arrivèrent à Tonnerre le 23 Brumaire (i3 Novembre) et mirent la main sur Cherest. Ils arrêtèrent en même temps son fils aîné ; son frère, Cherest- Verne ; son neveu, Fleury, secrétaire de la Municipalité; Fouinât; Beugnot ; Royer et Viard, du District ; Pihet, secrétaire du District, et une demoiselle de
1. Pièces justificatives. — Lettre de Rousseau au Comité révolutionnaire de Tonnerre, du 19 Brumaire an II. — Registre des Assemblées de la Commune. — Assemblée du 20 Brumaire an II.
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Marcenay qui, quoique fille d'émigré, était devenue enragée terroriste. Ils furent emmenés à Paris et enfermés à la Force.
L'arrestation de Cherest n'amena aucun des troubles qu'on craignait. Mais quand la voiture qui l'emportait partit dans la nuit, le peuple se rassembla autour en criant : Cherest ou la mort! Un vieillard se jeta aux pieds des officiers de paix en disant : « Si Cherest est emmené, la République est perdue ».*
Le parti Jacobin fut atterré. La Commune se réunit le lendemain et nomma Collard président. Elle chargea le Principal, Lagrange, de rédiger une protestation de la Commune contre la fausseté des accusations portées sur Cherest et consorts par l' aristocratie Tonnerroise; elle supplia Garnier, qui assistait à la séance, de partir aussitôt pour Paris afin de les faire mettre en liberté. Des émissaires furent envoyés dans toutes les communes du District pour faire signer des pétitions en faveur de Cherest, et telle était la popularité de cet homme, qu'en très peu de temps, elles se couvrirent de signatures. *
Mamès Mariet remplaça Cherest- Verne à la Justice de Paix et P. Gaupillat fut nommé Greffier. Le Dépar* tement envoya à Tonnerre trois commissaires pour
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1. Pièces justificatives* — Résumé du Président du Tribunal révolutionnaire.
2. Registre des Assemblées de la Commune, — Assemblée du 24 Brumaire an IL
2r au renouvellement des membres du District et saisir les papiers de Cherest. * dant ce temps-là, l'affaire du i5 Septembre isait à Paris. Les débats approchaient. Tous oins étaient partis. Cherest, avant son arrestarait déjà senti que l' affaire tournait contre lui. cert avec l'Assemblée des autorités constituées, essayé de s'opposer au départ des témoins qui: détenus, sous le prétexte qu'ils ne pouvaient, suspects, être appelés en témoignage, et le bme de leur assignation, il fit arrêter Nicolas , tonnelier, près de la maison de. qui la bagarre Septembre avait eu lieu. Fouquier-Tinville èn- >rdre de faire partir tous les témoins immédiaet les autorités ne pouvant plus s'y soustraire, livrèrent ainsi qu'à tous ceux de l'Hôpital qui à Paris à ce moment, des passe-ports portant ion de leur suspicion. 2 Ces mesures arbitraires énoncées au tribunal révolutionnaire et firent ion sur les membres du jury, jrand nombre d'habitants de Tonnerre qui s'inent au sort des dix-sept, accompagnèrent les . Ils mirent en œuvre toutes les influences qu'ils* nt avoir auprès des députés à la Convention
aient les citoyens Lelièvre, Amé et Métrât. — Beff. N. — 1 2ti Brumaire.
ces justificatives. — Deux passe-ports au citoyen André la citoyenne Jeanne Barry. — Affaire du 15 Septembre, u Président.
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et des juges du Tribunal pour sauver les têtes des malheureux accusés.
L'affaire fut appelée le 28 Brumaire (18 Novembre). Deux chefs d'accusation étaient relevés contre les dix-sept : i° d'avoir voulu exciter la guerre civile en armant les citoyens de Tonnerre les uns contre les autres; 2 d'avoir, le i5 Septembre, maltraité et blessé des volontaires. Les débats furent longs. Les passions qui divisaient les Tonnerrois se déchaînèrent de nouveau et les témoins apportèrent dans leurs dépositions une violence inouïe. Cependant, Cherest et Rousseau ne chargèrent pas les accusés. Ils déclarèrent au contraire qu'il n'existait point, parmi eux, de conspirateurs et que les principaux meneurs du club de l'Hôpital n'étaient pas au nombre des accusés. Ceux-ci furent défendus par Chauveau-Lagarde, le défenseur de Marie-Antoinette. Royer substituait l'accusateur public, Fouquier- Tinville; il réclama la peine de mort contre les dix-sept. A la fin des débats, qui durèrent six jours, le Président, le farouche Hermann, qui venait d'envoyer les Girondins à l'échafaud, fit un résumé très net et très impartial.
« On ne peut se défendre de reconnaître, dit-il, dans les deux partis qui divisent le procès, de la haine, de l'animosité, une grande exaspération ». Parlant de la Société des Religieuses : « deux personnes, ajoutet-il, douées d'un certain caractère, ayant les passions vives et une facilité de s'exprimer dont il est facile d'abuser, semblent avoir eu beaucoup d'influence dans cette Société : ce sont Cherest et Rousseau ; Cherest
surtout, trop fameux dans ce procès. Un grand pas à feûre, serait donc de bien connaître quelle espèce d'homme est ce Cherest ; et quoiqu'il ne soit pas accusé, il ne peut, à cause de sa célébrité, se plaindre que l'on cherche à découvrir ses principes et sa moralité ». Ului reproche son ambition, son esprit d'intrigue et en donne comme preuve l'arrestation de Saintotet l'affaire des passe-ports. Il l'accuse d'avoir placé plusieurs de Se s amis et parents dans les fonctions publiques. Il 8 étonne que deux patriotes aussi éclairés, aussi chauds ^Ue le paraissent Cherest et Rousseau, aient pu se servir dans une adresse au ci-devant roi, d'idées et ^'expressions aussi révoltantes, aussi serviles, plus Monarchiques que la Constitution elle-même. Mais il Constate aussi que depuis, tous deux se sont montrés -*^s hommes de la République, professant les principes *«s plus purs, couverts des bénédictions du Peuple. Il ^appelle que le Peuple, consulté sur eux, par le représentant Garnier, dans une Assemblée Générale, avait tdéclaré unanimement qu'ils avaient sa confiance et qu'ils ïa méritaient. Il fait le procès de la Société de l'Hôpital <jui, au lieu d'essayer de gagner la confiance du peuple composant celle des Religieuses et de fraterniser avec elle, a divisé la Ville en deux partis : il la montre composée de gens riches, de bourgeois, de ci-devan; nobles et prêtres, d'hommes de loi, de ce Millot qui avait proposé, dans une Assemblée de Commune, d'adhérer à l'adresse fédéraliste de Rennes, et formant un étrange contraste avec la Société des Reli-
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gieuses, où Ton ne compte que des sans-culottes.
Il constate que tous les témoins se sont prononcés fortement et uniformément chacun dans leur sens, et qu'on avait pu remarquer dans plusieurs de la passion, de l'inexactitude et de l'exagération. « Mais si vous entendez les témoins d'un côté, Cherest est un vrai républicain, le sauveur de la Liberté à Tonnerre, l'appui le plus ferme, le plus fidèle de la Révolution. C'est le cri de la ville de Tonnerre, des communes du District, qui l'appellent toutes le Sauveur du Pays. » Il fait l'observation que si la prudence, si un civisme éclairé défendait la formation d'une seconde Société, la loi n'en défendait pas l'existence, et la fête civique devait avoir lieu paisiblement.
« Je viens, citoyens jurés, dit-il en terminant, de remplir le vœu de la loi, de résumer avec impartialité le procès qui nous occupe depuis plusieurs jours et qui nous a fait acquérir quelques connaissances nouvelles dans l'histoire des passions des hommes. Je vous ai présenté des doutes, c'est à vous à les éclaircir. »*
Les questions posées aux jurés furent :
i° Est-il constant qu'il a existé, en la ville de Tonnerre, le i5 Septembre dernier, des troubles tendant à exciter la guerre civile en armant les citoyens les uns contre les autres ?
2° Est-il constant que les nommés Denis Geliez,
4. Pièces justificatives. — Affaire de Tonnerre. Résumé du Président du Tribunal révolutionnaire, suivi de la déclaration du Jury.
e *c, soient les auteurs ouïes complices de ces troubles ?
3° Est-il constant que des volontaires aient été maltraités, le i5 Septembre, dans la ville de Tonnerre?
4 Est- il constant que les accusés ci-dessus nommés, sont convaincus d'être les auteurs ou les complices de ces mauvais traitements ?
5° Est-il constant que les coups aient été portés en légitime défense ?
Il était dix heures du soir, le 3 Frimaire (23 Novembre), quand le Président cessa de parler et quand les jurés se retirèrent pour délibérer. Le jugement ne fut rendu qu'à une heure du matin.
La réponse du Jury fut affirmative sur les première, troisième, quatrième et cinquième questions, négative sur la deuxième ; en conséquence, les dix-sept étaient acquittés. Ils furent mis aussitôt en liberté. « Ils sortirent du Palais de Justice, dit l'un des témoins, * après avoir reçu les embrassements de ceux qui avaient tremblé pour leurs jours pendant les longs et terribles débats qui venaient de se terminer. Le lendemain fut un jour de fête, les accusés se réunirent chez Méat (célèbre restaurateur du temps au Palais-Royal) où il y eut un banquet de cent- vingt personnes. »
Pendant que les dix-sept célébraient ainsi leur acquittement, Cherest et Rousseau rentraient dans leur prison où ils allaient, jusqu'au 9 Thermidor, « gémir dans une dure captivité », ainsi qu'ils l'écrivaient le