DÉTERMINATION DE LA LIGNE ROLANDIQUE
La détermination de la ligne rolandique est une opération délicate, car rien n'indique extérieurement la scissure de Rolando. Nous savons seulement que l'extrémité supérieure de cette scissure est à 48 millimètres en arrière du bregma, tandis que l'inférieure est à 28 millimètres en arrière de la suture fronto-pariétale. — Bien des procédés ont été imaginés.
Le procédé ordinairement employé en France est celui de Lucas- Championnière. Dans ce procédé, pour trouver l'extrémité supérieure, l'opérateur doit d'abord déterminer le bregma; il y arrive, dit cet auteur, « soit en plaçant à cheval sur la tête un ruban métrique, à peu près perpendiculaire au regard horizontal et passant par les deux oreilles, appliqué sur les conduits auditifs. Juste au milieu du ruban, au sommet de la tête, se trouve le bregma. On peut aussi se servir d'une feuille de carton échancrée de façon k se mettre à cheval sur la tête. Mais, si l'on n'est pas pris à l'improviste, mieux vaut se servir de l'équerre flexible de Broca » .
Or aucun de ces trois procédés ne donne le bregma.
En effet, dit Féré {Revue d' anthwp . , 1881), auquel j'emprimle les arguments dans cette discussion, en effet, tous les trois sont basés sur ce fait que la tête étant dans la position horizontale, le bregma se
;52 TOI'0(il;AI'lllK CI'.ANIO-ENCÉI'HALIOUE.
trouve dans le même plan vertical que le conduit auditif externe. Mais, en outre de ce qu'il est impossible, dans la plupart des cas, de placer le sujet dans la position du regard horizontal, le fait même sur lequel on se base n'est que très approximativement exact, et il conduit à un procédé sans précision.
Le plan auriculo-bregmatique n'est jamais perpendiculaire à ce plan vague (surtout dans le décubitus dorsal) que l'on appelle plan du regard horizontal. Toujours le plan passant par les deux conduits auditifs et le bregma forme avec l'horizontale un angle aigu ouvert en avant. Il suffit de jeter un coup d'œil sur le profil de quelques crânes dans le bregma desquels on aura fixé une épingle pour s'assurer du fait. Le ruban, la ficelle ou la feuille de carton donnent infailliblement un point situé à 1 ou 2 centimètres en arrière du bregma.
Le procédé de détermination par l'équerre flexible auriculaire de Broca peut paraître plus précis. On connaît l'instrument formé de deux lames d'acier souple, montées perpendiculairement en forme de 1, et jDortant à leur jonction un petit tourillon en bois. Il est basé sur les données suivantes : le plan de Camper, qui passe par le centre des conduits auditifs et par l'épine nasale, est sensiblement horizontal ; le plan auriculo-bregmatique de Bush peut être considéré comme à peu près rigoureusement vertical.
Broca avait pensé que sur le vivant, en plaçant le tourillon dans le conduit auditif, la branche antérieure de la lame horizontale sous la sous-cloison, et en repliant la lame verticale sur l'autre conduit auditif, le point où le bord postérieur de cette dernière lame croiserait la ligne médiane devait correspondre à peu de chose près au bregma crâniométrique ; il désigna ce point sous le nom de bregma céphalométrique. Mais les résultats ne répondirent point à son attente, et il résolut d'entreprendre de nouvelles recherches. Ces recherches ont été poursuivies par Féré, qui est arrivé à cette conclusion : « que pour déterminer le bregma céphalométrique à l'aide de l'équerre de Broca, de longues et minutieuses précautions étaient nécessaires, et que la moyenne obtenue par ces mensurations était impropre à donner un point de repère pratique » .
Après avoir ainsi déterminé très approximativement le bregma avec une ficelle, un carton échancré ou l'équerre, M. J. Lucas-Championnière compte 55 millimètres en arrière de ce point, et pense ainsi marquer le point correspondant à l'extrémité supérieure du sillon de
Rolando. En réalité, il détermine un point situé à 2 centimètres en arrière de cette extrémité. Mathématiquement, le carton, la ficelle et même l'équerre indiquent un point situé à 15 millimètres en moyenne en arrière du bregma; en ajoutant à ces 15 millimètres les 55 millimètres qui représentent la distance rolando-coronale supérieure, on obtient un total de 70 millimètres ; or les recherches très précises de Hefftler, Broca, Féré et les nôtres démontrent que l'extrémité supérieure du sillon de Rolando est située en moyenne à 48 millimètres, disons 5 centimètres, en arrière du bregma; donc, le point déterminé dans le procédé de Lucas est et doit être à 2 centimètres en arrière du point cherché.
Afin de déterminer l'extrémité inférieure de la scissure de Rolando, Lucas-Championnière a utilisé le procédé institué par Broca pour découvrir le pied de la troisième circonvolution frontale : « On prend un point derrière l'apophyse orbitaire externe au point où la base de l'apophyse orbitaire externe se recourbe et se relève pour se continuer avec la crête temporale de l'os frontal. On tire une ligne horizontale de 7 centimètres. On élève à la partie postérieure de cette ligne une perpendiculaire de 3 centimètres. Celle-ci détermine un point vers l'extrémité inférieure du sillon de Rolando, pas tout à fait au bout de ce sillon. »
Le procédé est d'une exactitude suffisante et conduit à peu près sur l'extrémité inférieure du sillon. Je me demande toutefois s'il est pratique. Mener une horizontale par l'apophyse orbitaire externe, cela paraît bien simple, et cependant c'est une manœuvre délicate ; si encore le sujet était debout! Il n'est pas un de ceux qui ont fait des recherches sur la crànio-topographie qui ne soit arrivé à la conclusion que la ligne horizontale est difficile à tracer. Ranney {App. anatomy of nervoiis System, p. 89) trace cette ligne en la faisant parallèle à la ligne qui unit le tranchant des incisives supérieures avec l'extrémité inférieure de l'apophyse mastoïde; cette dernière ligne est, comme on sait, horizontale sur le vivant. N'est-ce pas encore compliquer la manœuvre? Et c'est à l'extrémité de cette ligne, dont l'horizontalité n'est jamais certaine, qu'il faut ensuite élever une perpendiculaire de 3 centimètres, pour arriver au point cherché !
Dans son ensemble, le procédé manque de précision. Dans les mains
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expérimentées et adroites de son auteur, il a pu donner de bons résultats, mais ceux-ci ne se sont point toujours retrouvés quand d'autres l'ont employé.
Je l'ai essayé sur dix crânes, et ces essais de laboratoire, alors que je pouvais prendre avec soin les mesures et placer à mon gré la tète, ne m'ont point donné des résultats très satisfaisants : sept fois sur dix la couronne de trépan a mis à découvert l'extrémité inférieure de la scissure de Rolando ; mais il ne m'est arrivé qu'une fois de tomber sur l'extrémité supérieure: toujours ma couronne de trépan était appliquée trop en arrière et, après ablation de la dure-mère, on trouvait constamment le lobule pariétal supérieur, le sillon qui le sépare de la pariétale ascendante, et le bord postérieur de celle-ci. Millier, recherchant aussi un moyen précis de découvrir la scissure de Rolando, a expérimenté sept fois le procédé de Lucas-Ghampionnière, et les résultats qu'il a obtenus l'ont encouragé à chercher un autre procédé (voy. plus loin).
Si le procédé est peu sûr au laboratoire, il le devient beaucoup moins encore au lit du malade, pour les raisons que j'ai exposées. Il y a quelques mois, M. Thiéry présentait ta la Société anatomique les pièces d'une trépanation faite par le professeur Yerneuil à l'aide des lignes indiquées par M. Lucas-Ghampionnière. Ghacun put voir que l'extrémité antérieure de la perforation était à 63 millimètres en arrière du bregma, c'est-à-dire à 20 millimètres en arrière de l'extrémité supérieure du sillon de Rolando et à â gros centimètres en arrière du centre que l'on s'était proposé de découvrir. D'ailleurs, je le répète, il est impossible avec ce procédé qu'il en soit autrement : la ficelle ou le carton échancré ne coupant point la ligne sagittale au niveau du bregma, mais en un point situé de 10 à 25 millimètres en arrière de lui.
Je pense que l'on peut arriver à préciser davantage.
Bergmann, Merkel et la plupart des Allemands déterminent sur le vivant la scissure de Rolando par un procédé simple et facile, mais dont la précision laisse à désirer : sur une ligne horizonlale, ils élèvent deux perpendiculaires; la première, passant juste derrière l'apophyse mastoïde, détermine par son intersection avec la suture sagittale l'extrémité supérieure de la scissure de Rolando; la seconde, partant de l'articulation temporo-maxillaire, coupe l'extrémité inférieure de la scissure à 5 centimètres au-dessus de l'articulation. La
ligne qui réunit les deux points ainsi déterminés suit, sur toute sa longueur, la scissure de Rolando.
Ce procédé manque tout à fait de précision ; il est d'ailleurs fondé sur des données anatomiques contestables : l'extrémité inférieure de la scissure de Rolando n'est point à 5 centimètres au-dessus de l'articulation temporo-maxillaire, mais à 7 centimètres d'ordinaire et quelquefois à 8.
Giacomini conseille, pour déterminer sur le vivant la scissure de Rolando, le procédé suivant: par un point placé en avant et un peu au-dessus du conduit auditif externe, faire monter une ligne verticale perpendiculairement à la suture sagittale ; diviser cette ligne en deux moitiés et par le point de division mener une deuxième ligne, qui fasse avec la première un angle de 30 à 35 degrés.
Thane, Chiene, Horsley, Hare,Byron-Brom\vell et la plupart des chirurgiens anglaiset américains emploient pour déterminer sur le vivant l'extrémité supérieure de la scissure de Rolando un procédé aussi pratique que précis. Par de nombreuses mensurations, ils sont arrivés à cette conclusion approximativement exacte que les proportions relatives du cerveau pré-rolandique et du cerveau post-rolandiquc sont uniformes, quel que soit le développement total de l'encéphale; en d'autres termes, que l'arc qui mesure la n'gion pr('-rohuidiquc sur la ligne médiane est une fraction délinie de l'arc total que forme le bord interne d'un hémisphère, et que cette fraction est en moyenne de 55,5 pour 100. D'où les procédés suivants : mesurer la distance de la glabelle à l'inion, prendre la moitié de cette distance d'avant en arrière sur la ligne sagittale, et ajouter à cette moitié un pouce, suivant les uns (Horsley, etc.), un demi-pouce suivant d'autres (Thane), ou encore 3/8 de pouce (Sanderson).
J'ai vérifié ce point un grand nombre de fois (une quarantaine au moins); il est difficile de trouver mieux, plus simple et plus pratique. Cependant l'expérience m'a démontré qu'en ajoutant un pouce, soit 25 millimètres, à la moitié de la distance glabello-inienne, on tombait presque toujours un peu en arrière de l'extrémité supérieure du sillon de Rolando; il suffit d'ajouter 2 centimètres. On opère avec plus de justesse et de facilité en prenant comme point de repère antérieur le fond du naso-frontal (point nasal) à la place de la glabelle.
36 ' TOPOGRAPHIE CKANIO-ENCÉPHALIQUE.
Celle manière de déterminer le point de la lêle répondant à la partie supérieure de la scissure de Rolando, en prenant la moitié de la distance qui sépare le sillon naso-l'rontal de l'inion et en y ajoutant 2 centimètres, cette manière est bonne et suffisante dans un grand nombre de cas. Elle a les avantages d'être pratique, applicable aux crânes de tout âge et de n'exiger l'emploi d'aucun instrument.
Cependant il est des cas où elle ne peut être employée : ce sont ceux dans lesquels, pour une raison quelconque, Tinion ne peut être déterminé d'une manière précise. M'étant trouvé en présence d'un de ces cas, la première fois que j'eus à faire usage du trépan pour des accidents consécutifs à une fracture du crâne, sur un matelot qui était tombé d'une vergue au cours d'une manœuvre, je cherchai en vain, quoique pendant longtemps, l'inion dissimulé par l'empâtement des tissus infdtrés de sang et je demeurai fort embarrassé.
En conséquence, j'ai pensé qu'il était nécessaire de pouvoir déterminer le lieu précis de l'extrémité supérieure de la scissure de Rolando, sans le secours de l'inion. Pour y arriver, j'ai mesuré sur cinquante crânes la longueur du frontal, et j'ai trouvé que la moyenne, sur la ligne sagittale, était de i2â millimètres, en chiffres ronds 12 centimètres et demi. A cette longueur, j'ai ajouté la distance rolando-coronale supérieure, qui est d'un peu plus de 5 centimètres, total 18 centimètres et demi pour les grosses têtes, 18 sur les petites.
Pour vérifier les résultats de mes calculs, j'ai expérimenté sur vingt crânes d'adultes : plaçant le bout du ruban métrique au fond du sillon naso-frontal, je mesurai 18"", 5 sur la ligne sagittale pour trépaner ensuite à droite et à gauche du point obtenu ; une fiche était alors enfoncée sous la substance cérébrale, au centre de la couronne du trépan. Les résultats de ce procédé, constatés après ablation de la voûte crânienne, ont été excellents : j'ai présenté à la Société anatomique vingt cerveaux; dans la plupart les tiges étaient implantées sous la scissure même, et jamais elles ne s'en éloignaient de plus de 1 centimètre, si bien que dans tous les cas ma trépanation avait mis à découvert l'extrémité supérieure de la scissure de Rolando.
Si je compare ce procédé à celui qui consiste à prendre la moitié plus 2 centimètres de la distance séparant l'inion du sillon frontal, je le trouve inférieur en ce qu'il n'a pas, comme ce dernier, l'avantage d'être une formule applicable aux crânes de tout âge. Mais les résultats
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qu'il m'a donnés sur l'adulte sont tels que je l'emploierai toujours comme moyen de contrôle, quand il ne sera pas le seul praticable, comme dans les cas où l'inion n'a pu être senti.
Conclusion : pour déterminer sur la tête entière le point répondant à V extrémité supérieure de la scissure de Rolando, il faut prendre sur la ligne sagittale, à partir du sillon naso-frontal, la moitié plus 2 centimètres de la dislance naso-inienne .
Je répète, en décomposant : 1° tracer la ligne sagittale; 2" mesurer la distance du sillon nasal à l'inion; 3" prendre, à partir du sillon nasal, la moitié de cette distance et y ajouter 2 centimètres.
Comme contrôle, et dans les cas où l'inion n'aura pu être bien senti, on mesurera sur la ligne sagittale 18 centimètres à partir du sillon nasal. — Les deux points ainsi déterminés correspondront toujours.
Extrémité inférieure de la scissure de Rolando. — Pour déterminer le point du crâne correspondant à l'extrémité inférieure du sillon de Rolando, les chirurgiens anglais et américains ont presque tous recours à un procédé qui semblera sans doute moins heureux que celui dont ils se servent pour l'extrémité supérieure. Ce procédé est basé sur la fixité relative de l'angle formé par la ligne rolandique avec la ligne sagittale. Ils tracent cet angle à l'aide d'un instrument spécial, et ils mesurent sur la ligne ainsi tracée la longueur de la scissure, soit 3 pouces et demi en moyenne.
p L'instrument employé pour cette opération a reru le nom de cyrtométre. Suggéré au docteur Wilson par le professeur Chiene, le cyrtomètre se compose d'une règle métallique flexible, snr laquelle court une tige mobile, faisant avec la règle un angle de 67 degrés, c'est-àdire égal à l'angle formé par la ligne rolandique avec la ligne sagittale. La manœuvre est aisée : la lame flexible et graduée est appliquée sur la ligne médiane de la glabelle à l'inion; elle mesure ainsi la distance qui sépare ces deux points; à un pouce au delà du milieu de cette distance, on arrête la tige mobile, et il n'y a plus qu'à tracer la ligne rolandique indiquée par cette tige et à mesurer sur cette ligne la longueur de la scissure, soit 8 à 9 centimètres.
Je n'ai point essayé le cyrtomètre ; mais, ayant mesuré sur cinquante cerveaux l'angle formé par la ligne rolandique avec la ligne sagittale, j'ai vu que cet angle, difficile à mesurer à cause des inflexions que décrit la scissure, variait dans des limites assez étendues. D'après
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llare (Journ. of anat. a. phys.. janv. 1884, p. 175), cet angle varie de 60 à 73 degrés. D'où je conclus que si le cyrtomètre peut être utilisé pour une recherche dans la moitié supérieure de la région rolandique, les indications qu'il fournit méritent moins de confiance lorsqu'il s'agira de déterminer un point dans la moitié inférieure de la région.
J'ai eu, tout dernièrement, l'heureuse occasion d'un entretien sur ce sujet avec M. Horsley : il m'a dit s'être assuré par des recherches anatomiques que les variations de cet angle étaient en rapport avec la forme de la tête et que la formule pouvait en être donnée avec une suffisante exactitude.
Procédé de Reid. — Reid trace d'ahord une ligne basilaire, allant du bord inférieur de l'orbite au centre du méat auriculaire; sur cette ligne il élève deux perpendiculaires, la première par la dépression pré-auriculaire, la deuxième par le bord postérieur de l'apophyse mastoïde. Le point où cette dernière croise la ligne sagittale marque l'extrémité postérieure de la scissure de Rolando; l'extrémité antérieure de cette scissure répond au point où la perpendiculaire antérieure croise la ligne sylvienne, tracée au préalable par un procédé que nous indiquerons plus loin.
A mon avis, ce procédé qui demande le tracé préalable de cinq lignes (basilaire, p é-auriculaire, mastoïdienne, sagittale, sylvienne), pour permettre de mener la ligne rolandique, a le tort d'être fort compliqué et peu sûr. D'autant qu'il est en partie fondé sur un tracé de la ligne de Sylvius, qui laisse à désirer, comme je le dirai plus loin.
Procédé d'Anderson et Makins (Journal of anatomy and physioL, 1879). — Anderson et Makins donnent trois lignes étalon : a. une ligne glabello-inienne menée sur la ligne sagittale; h. une ligne allant du milieu de la première au point pré-auriculaire, les auteurs l'appellent ligne frontale; c. une ligne oblique allant du point le plus saillant de l'apophyse orbitaire externe à la jonction du tiers inférieur et du tiers moyen de la ligne frontale. — Cette dernière ligne suit la scissure de Sylvius; quant à la scissure de Rolando, elle peut être facilement tracée, en marquant son point supérieur à 3/8 de pouce en arrière du milieu de la ligne sagittale, et son point inférieur à
3/8 de pouce en avant du croisement de la ligne frontale avec la ligne oblique.
Ce procédé, comme le précédent, demande une partie des éléments nécessaires pour tracer la ligne rolandique au tracé de la ligne sylvienne: or ce dernier tracé ne peut être qu'approximatif, et je pense qu'il est préférable de prendre des points de repère fixes. — Les planches qui illustrent le travail de W. Anderson et G. Makins démontrent que ces auteurs n'ont pas vu les rapports de l'encéphale avec son enveloppe tels qu'ils sont et tels qu'ils me sont apparus , ainsi qu'à tous ceux qui ont entrepris, par des procédés divers, des recherches sur la topographie crànio-encéphalique : la scissure de Sylvius serait, d'après eux, située fort au-dessus de la suture pariéto-temporale, qui se continuerait en ligne droite avec la suture pariéto-mastoïdienne; cette dernière suture répondrait au cervelet, qui entrerait en rapport sur une large surface avec l'angle postérieur et inférieur du pariétal ! Très certainement MM. Anderson et Makins ont rencontré une tête pleine d'anomalies {Laticet, 13 juillet 1889).
Procédé de Mûller. — Mûller {Ueber die Topogra. Beziehungen des Hirns zum Schàdeldach, Bern, 1889), après avoir expérimenté les procédés usités jusqu'à ce jour, a été conduit à adopter un procédé nouveau, d'une précision très suffisante, mais dont l'applicalion en pratique me paraît entourée de difficultés. Ayant déterminé un point frontal (glabellaire) et un point occipital (prot. occip. ext.), il réunit ces deux points par une première ligne sagittale, puis par une seconde horizontale ; ces deux arcs, le sagittal et l'horizontal, étant divisés chacun en dix parties égales, si l'on vient à réunir deux à deux lès points de division, on obtient, sur la convexité du crâne, neuf lignes courbes allant d'un arc à l'autre. Miiller a placé des couronnes de trépan sur chacune de ces lignes, et il a noté les points du cerveau mis ainsi à découvert sur quatorze crânes. Ces recherches de crânio-topogiaphie l'ont conduit à adopter, pour la découverte du sillon de Rolando, les données suivantes : l'extrémité supérieure de la scissure de Rolando est à 55 pour iOO d'avant en arrière de la ligne sagittale, et à •42 pour 100 de la ligne horizontale.
Le professeur Zernoflf (de Moscou) a fait construire récemment un encephalomètre (voy. Revue générale de clinique et de thérapeutique, 7 mai 1890), fort bien imaginé, mais un peu compliqué et d'un ma-
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niement assez dôlical, ; j(3 pense que cet appareil rendra plus de services aux antliropologisLes qu'aux chirurgiens.
J'ai vu au Congrès de IJerlin un instrument imaginé par Kolher, assistant du professeur Bardeleben, pour dessiner sur la tête les principaux sillons de l'encéphale.
J'ai encore appris que le docteur Mies (de Bonn) avait présenté un encéphaloraètre, mais je n'ai pu le voir.
Des divers procédés que nous venons d'exposer pour déterminer le point correspondant à l'extrémité inférieure du sillon de Rolando, il n'en est pas un qui soit parfaitement satisfaisant.
Voici celui que je propose, après l'avoir essayé vingt-cinq fois avec un égal succès.
J'ai déjà dit, en étudiant les points de repère, que l'apophyse zygomatique, sensiblement horizontale dans l'attitude verticale, garde les mêmes rapports avec les autres parties du crâne, quelle quesoit la position donnée à la tête. D'autre part, j'ai remarqué que l'extrémité inférieure de la scissure de Rolando se trouve toujours placée, à 5 millimètres près, sur une ligne verticale menée par la paroi osseuse anté-; rieure du conduit audrtif externe, et à une distance de 7 centimètres au-dessus du trou auditif. Cette verticale et l'horizontale apophyse zygomatique se croisent sous un angle droit, qui restera tel, quelle que soit la position donnée à la tète.
De ces remarques j'ai déduit le procédé pratique suivant: reconnaître et tracer'au crayon l'arc zygomatique; élever sur cet arc une perpendiculaire passant juste au-devant du tragus dans la dépression pré-auriculaire, et compter, à partir du trou auditif, 7 centimètres sur cette perpendiculaire. Le procédé est fort simple, et en l'employant je n'ai jamais échoué. Il ne demande le secours d'aucun instrument, car un opérateur a toujours autour de lui la feuille de papier ou la carte de visite, taillée à angle droit, qui lui servira à élever la perpendiculaire pré-auriculaire, si, comme la prudence le veut, il ne s'en rapporte pas à l'œil quelquefois trompeur.
Il convient toutefois d'observer que ce chiffre de 7 centimètres, exprime une moyenne de mensurations effectuées sur des crânes et des cerveaux d'adultes. Il serait trop fort sur des têtes d'enfants ou de tout jeunes gens. Il serait bien préférable de posséder pour ce point infé-
rieur un chiffre exprimant le rapport défini entre deux points faciles à déterminer. Je me suis donc attaché à déterminer ce rapport pour l'extrémité inférieure de la scissure de Rolando.
J'ai, sur dix têtes, prolongé jusqu'à la ligne sagittale la perpendiculaire pré-auriculaire à l'apophyse zygomatique, puis j'ai mesuré : i" la distance totale du conduit auditif à la ligne sagittale, et d'autre part la distance du conduit à l'extrémité inférieure de la scissure. J'ai trouvé que le rapport de ces deux distances était en moyenne de 7 à 17, c'est-à-dire que l'extrémité inférieure du sillon n'est pas située tout à fait à la moitié de la ligne auri-sagittale, mais à 15 millimètres (largeur d'un bout de doigt) au-dessous de cette moitié.
Ainsi modifié, le procédé permet de trouver l'extrémité inférieure de la scissure sur des sujets de tout âge.
Procédé de Vauteur. — En résumé, après avoir trépané quatrevingt-quatorze crânes par des procédés divers, voilà celui auquel je me suis arrêté pour déterminer la scissure de Rolando.
Extrémité supérieure. — Mesurer avec soin la distance qui sépare le fond de l'angle naso-frontal de l'inion, en suivant bien la ligne sagittale ; prendre la moitié de cette distance, à partir du point nasal, y ajouter 2 centimètres (hi largeur d'un doigt), et marquer ce point qui donne certainement à un centimètre près le point de la voûte répondant à l'extrémité supérieure du sillon de Rolando.
Comme contrôle, ou bien au cas où, pour une cause quelconque, on n'aurait pu déterminer l'inion d'une fanon satisfaisante : prendre sur la ligne sagittale, à partir du sillon naso-frontal, 18 centimètres sur les grosses tètes, 17 sur les petites; le point obtenu répond encore à l'extrémité supérieure de la scissure de Rolando.
Extrémité inférieure. — Compter à partir du trou auditif 7 centimètres sur la perpendiculaire pré-auriculaire à l'apophyse zygomatique, ou, mieux encore, prendre sur cette ligne, à partir du trou auditif, la moitié moins un travers de doigt de la distance auri-sagittale.
DéterminatiorL de la scissure de Sylvius Lig-ne syl vienne
Ici les procédés sont rares, en raison sans doute de ce que les occasions de trépaner sur les points avoisinant cette scissure se sont moins
42 TOPOGRAPHIE CRANIO-ENCÉPHALIOUE.
rréquemrrient prcsenlées ; aujourd'hui que nous commençons à connaître les centres sensoriels, les indications deviendront plus fréquentes.
Nous savons que la scissure de Sylvius affecte avec les os du crâne et leurs sutures des rapports aussi fixes que la scissure de Rolando et nous connaissons ces rapports.
Voyons les procédés indiqués pour tracer cette ligne sur la tête.
Robert W. Reid (Lancet, 27 septembre 1884-, p. 539) conseille, pour déterminer la scissure de Sylvius, la pratique suivante : tirer une ligne d'un point situé à un pouce un quart en arrière de l'apophyse orbitaire externe vers un autre point placé à trois quarts de pouce au-dessous du point culminant de la bosse pariétale. Cette ligne suit la courbure de la scissure de Sylvius autant qu'une ligne droite peut suivre une ligne courbe. La branche verticale de la scissure de Sylvius naît de celle-ci en un point situé à deux pouces en arrière et un peu au-dessus de l'apophyse orbitaire externe.
Hare et Byron Bromwell {loc. cÀt.) tracent une ligne de l'apophyse orbitaire externe du frontal à l'inion, par le plus court chemin, à un demi-pouce au-dessus du conduit auditif externe, et sur cette ligne ils prennent un pouce un huitième en arrière de l'apophyse orbitaire externe ; de ce point qui répond à l'origine de la scissure de Sylvius, ils mènent au centre de la bosse pariétale une ligne qui trace exactement la branche postérieure de la scissure de Sylvius. Je ferai à ce procédé deux reproches : 1° il multiplie les chances d'erreur en construisant sur une première ligne qui ne peut être assimilée à un point de repère osseux; 2" il prend comme aboutissant de sa deuxième ligne la bosse pariétale trop difficile à trouver.
Anderson et Makins, après avoir tracé leur ligne frontale par le procédé que nous avons indiqué plus haut, marquent un point squameux situé à la jonction du tiers inférieur avec le tiers moyen de cette ligne frontale. Une ligne joignant l'apophyse orbitaire externe au point squameux, et prolongée en arrière, marque le trajet de la scissure, qui commence aux cinq douzièmes de la distance séparant l'apophyse du point squameux, et dont la bifurcation répond aux sept douzièmes de la même distance, etc., etc.
Procédé de l'auteur. — Je crois qu'il est possible de déterminer, plus pratiquement, par une seule ligne, la scissure de Sylvius.
J'ai insisté, en traitant de la topographie crânio-cérébrale, sur une ligne allant du fond de l'angle naso-l'rontal à un point situé à i centimètre au-dessus du lambda ; il n'y a qu'à jeter les yeux sur les planches qui accompagnent ce travail pour voir que cette ligne naso-lambdoïdienne touche le cap de la troisième frontale, suit sur une longueur de 4 à 6 centimètres la portion externe de la scissure de Sylvius, rase la partie inférieure du lobule du pli courbe (lobule présylvien), traverse à sa base le pli courbe et aboutit à la suture pariéto-occipitale; elle mérite bien le nom de ligne sylvienne. Je ne pense pas qu'on puisse tracer à moins de frais une ligne répondant sur une plus grande étendue à la scissure de Sylvius. Le tracé est facile à obtenir si l'on se rappelle que le plan (et par suite la ligne) passe à 6 centimètres au-dessus du trou auditif. — Je rappelle que le lambda, très souvent facile à trouver, est situé à 7 centimètres audessus de l'inion.
Quand cette ligne sylvienne et la ligne rolandique auront été tracées, bien peu de points du cerveau échapperont à une détermination précise qui sera faite extemporanément avec la plus grande facilité. Prenons pour exemple les centres connus.
Membre inférieur. — Tiers supérieur de la ligne rolandique, en ayant soin de se tenir à 2 centimètres de la ligne médiane, pour éviter le sinus et atteindre le cerveau en un point qui permettra d'explorer le bord de l'hémisphère et le lobule paracentral (en Mi, fig. 7).
Membre supérieur. — Tiers moyen de la ligne rolandique, de façon que la couronne empiète un peu plus en avant qu'en arrière de la ligne (en Ms, fig. 7). — Une couronne contiguë à celle-ci et placée en avant découvrirait le centre des mouvements de l'écriture (pied de la deuxième frontale, agraphie).
Face, langue. — Tiers inférieur de la ligne rolandique, en prenant comme centre l'extrémité même de la ligne (en F, fig. 7). Une couronne contiguë et placée en avant découvrira entièrement la partie postérieure de la troisième frontale.
Lobe temporal. — Entre la ligne sylvienne et le conduit auditif ; très près de la ligne sylvienne, si l'on cherche le centre de la mémoire,
44 T0I'<)GI;AI'I1IE CRANIO-EJNCÉPIIALIOUE.
des sons, de la parole (surdité verbale); au-dessus du conduit auditif, si l'on soupçonne un abcès dans le lobe.
PU courbe. — Sur la ligne sylvienne, à 7 centimètres du lambda (en Pc, fig. 7).
Lobule du pli courbe. — Sur la même ligne, à 10 centimètres du
Fig. 8.
lambda; la couronne sera placée juste au-dessus de la ligne (en LPc, fig. 7). — Sur les enfants ces longueurs seront réduites à 6 et 9 centimètres.
Le sinus latéral est sous-jacent au tiers postérieur de la ligne allant du point nasal à l'inion (voy. plus haut); il est par conséquent très facile à déterminer. On peut encore tracer plus facilement le sinus, en prolongeant en arrière jusqu'à la protubérance occipitale externe, le bord supérieur de l'apophyse zygomatique. Au-dessus de la ligne qui
trace le sinus, c'est le lobe occipital dont le lambda marque la limite supérieure; au-dessous, c'est le cervelet.
Ganglions centraux. — Pour déterminer la position des ganglions centraux, Dana conseille d'opérer de la façon suivante : a. tirer une ligne de l'extrémité supérieure du sillon de Rolando à l'astérion ; cette ligne, qui est presque verticale, limite la couche optique en arrière; — b. élever une verticale un peu en avant de l'origine de la scissure de Sylvius : cette deuxième ligne marque la limite antérieure du corps strié ; — c. enfin une ligne horizontale menée à 45 millimètres au-dessous du vertex donne la limite supérieure des ganglions centraux.
Cervelet. — Au-dessous de la ligne du sinus, mais à un bon centimètre au-dessous de cette ligne pour éviter sûrement le sinus latéral, c'est le cervelet. Plus pratiquement encore on peut joindre par une ligne droite le sommet de l'apophyse mastoïde à la protubérance occipitale externe et trépaner au milieu de cette ligne ; il faudra traverser une couche musculaire assez épaisse, mais l'ouverture répondra à la partie centrale du cervelet et au point déclive de la fosse cérébelleuse.
Localisations
En 1863, Broca découvrit et démontra la localisation du lanoaoe articulé dans la partie postérieure de la troisième circonvolution frontale. Depuis, grâce aux travaux expérimentaux de Fritsch, Ilitzig, Fcrrier, et à ceux plus récents de Horsley, Beevor, Schiefer, grâce aux recherches cliniques et aux études anatomo-pathologiques, la doctrine des localisations, si malmenée à ses débuts, ne rencontre plus guère de contradicteurs.
Actuellement nous connaissons exactement un certain nombre de centres, groupés autour de la scissure de Rolando et de la scissure de Sylvius.
Face. — Le centre des mouvements de la face peut être localisé vers la partie inférieure des deux circonvolutions ascendantes; il paraît empiéter davantage sur la frontale.
Muscles de la langue; hypoglosse. — Il est placé immédiatement au-dessous du précédent, tout à fait à l'extrémité inférieure de la frontale ascendante, là où la troisième frontale prend pied.
TOPOGRAPHIE CRANIO-ENCÉPIIALIOUE.
Sur le tiers postérieur, au pied de la
Aphasie motrice pure.
troisième frontale gauche.
Membre supérieur. — Sur le tiers moyen de la frontale ascendante.
Membre inférieur. — Extrémité supérieure des circonvolutions ascendantes, y compris le lobule paracentral qui les continue sur la face interne de l'hémisphère. '" -
Centre visuel. — Dans la région du pli courbe.
FiG. 9.
Depuis Broca, l'aphasie a été divisée en quatre formes, grâce surtout aux travaux de Gharcot, Magnan, Vernicke, Kussmaul.
Surdité verbale. — Le malade parle, lit, écrit, entend, mais ne comprend pas ; il a perdu la mémoire des sons de M parole : ce centre est placé vers la partie moyenne et postérieure de la première circonvolution temporale gauche.
Cécité verbale. — Le malade entend et comprend le langage parlé; il parle bien, il peut même écrire, machinalement, par habitude, mais il ne peut lire ni ce qu'il a écrit, ni l'imprimé, ayant perdu la mémoire des formes des lettres et des mots écrits ou imprimes ; ce centre est placé vers le tiers antérieur de la deuxième circonvolution pariétale gauche (lobule pariétal inférieur).
Agraphie. — Le malade, parle, entend, lit, peut même copier un mol comme il copierait un dessin, mais il est incapable d'écrire, ayant perdu la mémoire des mouvements de l'écriture : le centre de l'agraphie est placé vers le pied de la deuxième frontale gauche.
Aphémie. — Le malade comprend le langage parlé, il lit, écrit, émet quelques sons, mais il ne peut plus parler, ayant perdu la mémoire des mouvements méthodiques et coordonnés qui correspondent à la syllabe cherchée : ce centre a son siège dans le tiers postérieur de la troisième circonvolution frontale gauche.
Tels sont les centres connus, distribués dans la partie moyenne de l'écorce cérébrale: les localisations motrices dans la zone rolandique, les sensorielles autour de la moitié postérieure de la scissure sylvienne. Les autres points de l'écorce, partie antérieure du lobe frontal et lobe occipital, constituent les zone^ latentes dont l'étendue tend à diminuer chaque jour; mais il est bon d'attendre, avant d'enregistrer les résultats de la physiologie expérimentale, qu'ils aient été confirmés par les études anatomo-cliniques.
Veines superficielles