‹ Topographie de Jérusalem au temps de JésusChrist. Thèse, etc. With a planChapitre 10 sur 29 · PREMIÈRE SECTION. — LE TEMPLE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE SECTION. — LE TEMPLE

Lightfoot, en tête de sod ouvrage intitulé : Prospect of the temple, déclare naïvement à ses lecteurs que, si le temple juif avait encore été debout, il ne lui aurait pas fallu plus de fatigues et de labeurs pour aller tout exprés à Jérusalem l'examiner, que pour l'étudier par les yeux des autres dans les livres. Pour qui voudrait connaître et concilier tout ce qu'ont dit sur le temple les auteurs sacrés, les rabbins, les historiens et les voyageurs, il n'y aurait rien d'exagéré à répéter cette assertion. Je ne chercherai pas à donner une idée générale des questions ardues que soulèverait en foule un pareil examen ; la topographie du temple serait à elle seule une étude aussi difficile et aussi longue que celle de la ville. Je restreindrai extrêmement cette partie de mon sujet. Je ne dirai que quelques mots de la position du temple , de son enceinte extérieure , et des parties de l'édifice qui sont signalées dans le Nouveau- Testament.

Je ne m'arrêterai pas à prouver que le temple était élevé sur la colline appelée Morija. Il en occupait la plus grande

partie. Le plateau que forme la colline est artificiel ; le rocher est en quelques endroits à fleur de terre ; le reste est un travail de terrassement soutenu par d'énormes murailles. Ce fut Salomon qui construisit ou du moins acheva cette terrasse (Jos. Arch. VIII, 3, 9 ; XV, 11,3). Aujourd'hui Morija est presque complètement compris dans l'enceinte sacrée dont les Mahométans interdisent l'entrée aux Chrétiens sous peine de choisir entre l'abjuration ou la mort. Désignée sous le nom de Haram-esh-Sheriff , elle contient plusieurs mosquées considérables. Ce lieu a été regardé comme privilégié par les quatre grandes religions de l'Europe, ce terrain a été consacré suer cessivement au culte de Jéhovah par Salomon, à celui de Jupiter par Adrien , au culte chrétien par Justinien , par Omar aux rites Mahométans. Godefroy de Bouillon y fit bâtir une église; mais Saladin y ramena les adorateurs d'Allah.

Il s'élève une difficulté quand on compare le plateau actuel avec les mesures que donnent Josèphe et le Talmud. Suivant ces deux témoins la plate-forme était carrée ; le premier lui donne un stade de côté , et les Rabbins 500 coudées. Il est vrai qu'on ne peut regarder comme d'une stricte exactitude les chiffres donnés par Josèphe; il est vrai qde les mesures de longueur employées par les auteurs juifs ne sont pas très clairement définies, et que les Rabbius ne sont ni plus véridiques ni mieux informés que Josèphe. Mais la plate-forme actuelle n'est pas un carré; c'est un parallélogramme rectangle; elle s'étend plus loin d'un tiers environ du Nord au Sud que de l'Ouest à l'Est. Quelque inexactitude que nous supposions dans les chiffres , nous ne pouvons admettre l'identité parfaite de l'enceinte actuelle avec l'ancienne. Il faut nécessairement croire que le terre-plein a été agrandi dans sa longueur. Or

L'histoire n'en dit rien. E. Robinson croit avoir trouvé des traces de l'ancienne muraille du côte du Sud (ainsi qu'à l'Est et à l'Ouest) ; ce serait donc vers le Nord que la plate-forme se serait allongée. 11 fait pour expliquer ce changement une hypothèse ' qui me semble tout-à-fait plausible. On sait que la forteresse Antonia, située selon Josèphe au Nord du temple, était très vaste. L'historien dit même que le temple avait quatre stades de tour et six avec Antonia (Arch., XV, 11, 3). Ce chiffre ne s'éloigne pas beaucoup des mesures données par les voyageurs pour la plate-forme actuelle. Il est donc probable que c'est en rasant Antonia qu'on a agrandi la terrasse ; et cette supposition sera confirmée par ce que nous dirons de la prétendue piscine de Bethesda, qui n'est qu'un reste du grand fossé creusé au pied de la forteresse.

L'enceinte laisse en dehors à l'Est une bande de terrain étroite et irrégulière, sur laquelle de nos jours les Musulmans ont établi un cimetière plus sacré que tout autre, à cause du voisinage de la grande Mosquée. Le temple qui , au temps de Jésus-Christ , s'élevait en ce lieu , est celui de Zorobabel , reconstruit en partie par Hé rode. Ce roi fit commencer l'an 16 avant Jésus-Christ , ses travaux de restauration ; il paraît qu'ils durèrent jusqu'en 64 après l'ère chrétienne; mais dès l'an 8 avant le Christ, la partie essentielle était achevée. 2

Je rappellerai en peu de mots que la première enceinte , ornée au midi d'un triple portique, partout ailleurs d'un portique double, était nommée parvis des gentils; que du côté

. 1 Voy. t. I, p. 430—436.

* Jahn, Arch. § 340. Jean , II , 20. Jos. Arcu. XV, 11 ; 1 , 3 , 16. — XX f 9, 7. — B. J. , 1 , 21 , 1. Jahn paraît croire qu'Hérode reconstruisit , pièce à pièce, tout l'édiGce.

de l'Orient, entre le parvis des gentils et la seconde enceinte, était le parvis des femmes; venait ensuite cette deuxième enceinte, dite parviâ des Israélites, ornée encore d'un double portique. Une balustrade peu élevée séparait ce dernier parvis de celui des sacrificateurs ; on appelait ainsi tout l'espace qui entourait l'autel et la maison du temple, le sanctuaire. Je ne décrirai pas l'énorme autel des holocaustes, situé devant l'édifice isolé qui contenait le Lieu saint et le Saint des Saints.

Josèphe décrit plusieurs fois le temple d'Hérode. Les détails qu'il donne sont incomplets. Il est difficile de distinguer, lorsqu'il parle de portes , celles de l'enceinte extérieure et celles des différents parvis. Il dit qu'il y en avait dix, dont neuf ornées d'or et d'argent et la dernière d'airain de Corinthe. Dans l'enceinte extérieure, il y en avait au couchant quatre; celle qui se trouvait au raidi communiquait avec le Xystc par le pont du Tyropœon; c'est probablement celle-là qui menait au palais. John dit qu'il y en avait de plus une à l'Orient et une au Sud; Crome paraît le nier (p. 297); mais il est impossible de ne pas admettre l'existence de la première; il en est question dansNéhémie (III, 29). Au Nord le temple communiquait avec la forteresse par un passage secret.

Des portes du temple , une seule est désignée dans le Nouveau-Testament. C'est celle appelée (belle) Act. III, 2. John la confond avec la porte d'airain de Corinthe et la porte orientale. Elle était peut-être au même endroit où l'on a placé la porte d'or actuelle.

Voici tout ce que j'ai pu découvrir des portes du temple nommées dans l' Ancien-Testament. 1 La porte du Rorétait à

1 Ce qui est dit de ces portes ne pouvant s'entendre du temple d'Hérode , les noms ont peut-être changé.

l'Orient; il paraît d'après ce nom, assez étrange, puisqu'elle était du côté opposé à celui du palais, et d'après un détail du texte (1 Chr. IX, 18 et 19), qu elle était la principale du temple. Etait-ce encore la même que la porte d'airain de Josèphe, et la belle porte des Actes? J'incline à le croire.

— La porte dite roVtf était à l'Occident, et aboutissait à l'une des rues qui à travers la vallée montaient au temple (1 Chr. XXVI, 16,). Son nom est difficile à expliquer; selon Gesenius, il veut dire dans Esaie (VI, 8) renversement; Lightfoot décide trop légèrement que cette porte conduisait à la célèbre montée du temple qu'admirait la reine de Sa ha (2 Chr. IX, 4). S'il en est ainsi, il faut qu'elle soit la plus méridionale, et non, comme il le veut, conformément à son système, la plus septentrionale. Calmet indique un autre sens de ce nom ; selon lui , il signifie que par cette porte on emportait les immondices. Selon Lightfoot, elle porta plus tard le nom de Coponius, gouverneur romain (Prosp. p. 226).

— Il est dit (2 Rois XV, 35; 2 Chr. XXVII, 3) que Jotham bâtit la porte rp'pyn de la maison de Dieu. Quelques-uns traduisent : la porte supérieure; d'autres, la plus élevée; je crois impossible de fixer le sens de ce mot, et le lieu où était la porte. — Il n'est pas possible non plus de reconnaître l'emplacement de la porte Neuve (Jér. XXVI, 10; XXXVI, 10). — La porte de "T)D semble être la même (2 Rois XI , 6) que le second livre des Chroniques (XXIII, 5) appelle porte O^DDVl; et celle qui est derrière les archers ir\H IJfitf la même que la porte du fondement *T)DV1 "8?ï ou peut-être est-ce l'inverse, comme le veut Gesenius, Dathe traduit D^DDTï simplement par limina. — Il est question de portes ou d'entrées du temple qui ne sont pas nommées , 2 Chr. XXIV,

8 ; et 2 Rois XXIII , 11. Je ne pousserai pas plus loin cet examen ; chaque euceinte avait plusieurs portes qui ont pu changer de noms; les rabbins ont achevé de compliquer la question.

Il serait très peu intéressant et très pénible de se perdre dans le dédale des chambres du temple, désignées par un nom d'homme (comme le livre de Jérémie en offre plusieurs exemples Jér. XXXV, 4, etc.).

C'est dans le parvis des Gentils que se tenaient les marchands de victimes et les changeurs que chassa le Christ (Matth. XXI, 12-16; Jean II, 14-17). Le Talmud l'affirme (Jérus. Gem. Jom. tob. p, 61 Chagigah p. 78. 1); il est d'ailleurs trèsfacile dè comprendre que ce fût dans ce lieu , le seul fréquenté par tout le monde, et où se trouvaient les principaux magasins

du temple (Jos. B. J. VI, 5, 2). Jahn place encore dans

ce parvis, du côté de l'Orient, le portique de Salomon, que Jésus et surtout les apôtres fréquentèrent (Jean X, 23; Act. V, 12). — Il nous reste un mot à dire du tronc, yx{«<t>vXKxtov , où la pauvre veuve mit ses deux pites. D'après les rabbins (Lightfoot, Prospect., ch. XIX), il y avait, dans le parvis des femmes, treize corbeilles en forme de corne , dans lesquelles on jetait les offrandes et dont chacune avait une destination spéciale. — Il est peut-être superflu de rappeler à propos du meurtre de Zacharie, dont a parlé le Sauveur (Matth. XXIII, 35; Luc XI, 51) et qui fut commis entre le temple et l'autel, que ces mots désignent l'espace compris entre l'édifice principal dit maison du temple, et l'autel des holocaustes qui était un véritable bâtiment. Ce lieu étant très-près du Saint des Saints, était regardé comme très-vénérable.

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