DEUXIÈME SECTION. — TOURS 01 FORTS
Les tours étaient très nombreuses en Palestine , soit dans les places fortes, soit comme lieu d'inspection pour les bergers dans les grandes plaines du désert. (Voyez sur le grand nombre des tours en Judée, Ps. XLVIII, 13 ; 2 Cbron. XXVI, 10; et Luc XIV, 28). Nous avons vu que Josèphe en compte soixantequatorze dans les anciens murs et quatre-vingt-dix dans le troisième. Il est donc probable que les tours dont nous avons les noms faisaient partie des murailles. Plusieurs sont nommées , soit dans l'Ecriture , soit dans Josèphe. La Bible indique les tours
1° de Hananéel £>XîT\ grâce de Dieu). Jér. XXXI, 40 ; Néh. III, 1 ; XII, 39; Zach. XIV, 10.
2° de Méah (HNOT "O cent). Néh. III, 1. — XII, 39.
3° des Fours (onOT "O) Néh. III, 11. — XII, 38.
4° la tour qui sort de la haute maison du roi. Néh. III , 11.
5° la tour qui sort dehors. Néh, III, 26 et 27.
6° la tour de la porte de l'Angle. \
7° la tour de la porte de la Vallée. | 2 Chron. II, 6, 9.
8° la tour de l'Angle. )
9° la tour de Siloé p*^**f*Sa*«ty Luc. XIII, 4.
Sur les trois premières je n'ai trouvé aucun détail; je renvoie donc à ce que j'ai dit de leur position. Faut-il confondre la quatrième et la cinquième? Cela paraît probable; mais ce que nous savons de Sion est trop vague pour qu'il soit possible de rien décider. Il semble d'après l'ordre des indications que la cinquième était en Hophel , sur le bord de la vallée Tyro-
prenne . — H est impossible de rien dire de positif de la tour de l'Angle et de celle de la porte de l'Angle ; les mots et JflfpD semblent bien ici désigner des points déterminés; mais nous avons vu qu'on ne peut les reconnaître. — On ne sait non plus où fixer la position de la tour de Siloé. Faisait-elle partie des murailles et était-elle la plus rapprochée de Siloé? Cette supposition est assez plausible ; elle le serait plus encore, si l'on admettait une hypothèse trop ingénieuse de Reîand. D'un autre côté, les mots « ™ 2<>*«V pourraient faire croire que Siloé était, comme de nos jours, un village, auquel aurait appartenu cette tour.
Josèphe nomme plusieurs tours dont je dois parler; ce sont . celles d'Antonia, d'Hippicus, de Phazael, de Mariamne, de Pséphinus, de Simon, de Jean, et les tours des Femmes. Quatre ont été construites par Hérode I er , dit le Grand, mort l'an 2 de l'ère chrétienne. Ce sont d'abord celles d'Hippicus, de Mariamne et de Phazael ; on peut y joindre celle d'Antonia.
La tour ou forteresse d'Hippicus reçut le nom d'un ami qu'Hérode regrettait. "Elle était carrée, haute de 80 coudées, et contenait une citerne. Nous avons reconnu sa position (p. 36).
La seconde tour portait le nom de Phazael , frère du roi ; plus grande encore que la première , elle avait 90 coudées de haut. Elle était entourée d'un portique, renfermait des bains et des appartements somptueux. C'était moins une tour que ce que nous appellerions un château. Aussi le tyran Simon en avait-il fait, à l'époque de la guerre de Titus, son palais et sa citadelle.
Moins forte, mais plus splendide encore , la tour à laquelle Hérode donna le nom de Mariamne , sa femme , n'avait que 55 coudées de haut.
Après avoir décrit ces deux tours, Josèphe ajoute qu'elles dépendaient de l'ancienne muraille et de sa partie septentrionale. C'est donc au Nord de Sion qu'il faut les placer. Celle de Phazael était la plus rapprochée d'Hippicus ; l'autre était plus à l'Est. Elles étaient jointes au palais d'Hérode, et en faisaient partie. Ce palais doit donc être placé dans Sion contre le mur du Nord (voy. B. J., V, 5, 8). Josèphe s'étend longuement sur la richesse , la solidité et la force des trois tours hàties par Hérode. Il affirme qu'elles étaient bâties en blocs de marbre blanc, longs de 20 coudées, larges de 10 et haute de 5. Mais on ne peut l'en croire sur ces chiffres' . Il ajoute qu'on ne voyait pas les intervalles des pierres, tant elles étaient bien jointes, en sorte que tout l'édifice semblait taillé d'un seul bloc.
Àntonia bâtie par Jean Hyrcan , avait été fortifiée , embellie et agrandie par Hérode. Elle portait le nom de B«f< f ÏTTD (forteresse). Hérode l'appela Antonia, en l'honneur de Marc-Antoine, qui l'avait fait Tétrarque. On y conservait le magnifique costume du grand prêtre. Antonia était un vaste édifice contenant des bâtiments divers, de grandes cours ou places et des portiques. Elle était flanquée de quatre tours , dont trois n'avaient que 50 coudées , et dont la quatrième en avait 70. Cette dernière, placée à l'angle Nord-Est, dominait le temple et permettait au prince d'observer tout ce qui se passait dans ses enceintes inaccessibles. Le Nouveau-Testa-
ment parle d'Antonia et l'appelle i *«f«W3«x» (Act. XXI, 31- 40; et XXII, 24). Le chef de la garnison d'Antonia est appelé (Act. IV, 1) *?e*r*yç rw Upv; c'est probablement de ses officiers que parle Saint-Luc XXII, 52. Il est assez probable que
1 Voyez à ce sujet une spirituelle note de Crome , p. 297 , n. 22.
le prétoire et la place, ornée d'une mosaïque, où Pilate siégeait pour rendre la justice, appartenaient au même fort (Jean XVIH, 28 et 33; XIX, 9 et 13).
Pséphinus. Josèphe ne dit pas qui bâtit cette tour. Fut-elle construite par Hérode, ainsi que le soupçonne Crome, et n'était-elle d'abord qu'un fort détaché qu'Agrippa fit entrer ensuite dans sa restauration du mur septentrional? Ou auraitelle été bâtie avant ce mur? C'est ce qu'il est impossible de décider; mais la première opinion me semble la plus probable. Elle était octogone. Nous avons donné ci-dessus sa position et sa hauteur. Son nom paraît indiquer qu'elle était bâtie de petites pierres, ou plutôt revêtue de cailloux liés par un ciment.
La tour de Simon (Jos. B. J., VI, 8, 1). Il l'avait construite pour mieux résister à Jean, son ennemi; ce fait la distingue de la tour de Phazael, bâtie par Hérode, et dans laquelle Simon s'était fortifié. Le tyran avait élevé celle qui portait son nom , au bout du pont du Tyropœon du côté de Sion.
La tour de Jean avait été bâtie par le rival de Simon , à l'autre extrémité du même pont.
Josèphe nomme encore les tours des Femmes (t«* wmxtiv* xuxovusvù» Ttifyùiv) B. J., V, 3, 3. Elles devaient faire partie du troisième mur, au Nord ; en effet, le camp de Titus était de ce côté ; et c'est par ces portes que passent les Juifs dont Josèphe parle en cet endroit , et qui vont au camp romain joner le rôle de transfuges.