DEUXIÈME SECTION. — DESCRIPTION DE JOSÈPHE
(Voy. B. J., liv. V, chap. A.)
«la ville était bâtie sur deux côteaux opposés que séparait hune vallée (désignée plus bas sous le nom de Tyropceon) »dans laquelle descendaient des deux côtés les maisons.» Il
serait difficile de reconnaître Jérusalem dans ce plan incomplet, qui n'en comprend que la moindre partie, si à ces deux collines , Josèphe n'en ajoutait plus bas deux autres (1. c. , et V, 5, 8), qui complètent le nombre de quatre; nous verrons qu'il mentionne aussi Hophel. Des deux collines qu'il vient de désigner, «/une,» dit-il, «qui porte la ville haute, »est beaucoup plus élevée et plus allongée. 1 Parce quelle était »atfut fortifiée par la nature, elle a été appelée par David
1 Ti fûjuc iÔtÎTi/ic, in Umgitudinem direclior (Hudson); seiner Lûnge nach qtureckter (Crome). ArnauU fAndilly traduit i tort : plus raide.
hla forteresse et par nous i *™àw* , marché, ou forum, d'en »haut. » 1 Cette ville d'en haut ne peut être que Sion ; l'Ancien-* Testament est ici d'accord avec Josèphe (2 Sam. V, 7 et 9) ; et le rapport de l'historien est vrai , quant à la forme et à la hauteur du mont de Sion.
Ce qu'il dit d'Akra est moins facile. Vautre colline , appelée Akra, qui porte la ville basse, est inWxttfrtç. Ce mot a plusieurs sens ; il veut dire à deux cornes comme le croissant, ou à deux pentes (utrinque declivis, Hudson). D'après Martianus Capella et Suidas , on doit entendre par *p$txvproç non un croissant , mais la figure de la lune demi-pleine. Or Akra est une croupe arrondie et basse , et vue du Sud-Est elle présente la forme indiquée. La traduction de Hudson n*est pas non plus contraire à la vérité, puisque sans sortir de la ville on peut monter d'un côté et descendre de l'autre ; Akra dans une direction oblique a bien deux pentes opposées. L'autre interprétation me paraît cependant plus vraisembable; cette manière de décrire une montagne , non quant à la forme de son sommet , mais quant à la surface de sa base, ne doit pas nous étonner dans Josèphe; il vient de décrire Sion de la môme manière.
Vis-à-vis d'Akra était une troisième colline naturellement plus basse qu'Akra et qui en était séparée autrefois par* une autre large vallée. Mais les Asmonéens, au temps ou ils régnaient, comblèrent la vallée et rasèrent le sommet d'Akra, afin que le temple le dominât aussi. * Voilà bien les choses décrites telles
« Désignation étrange. Jamais Josèphe n écrit lô nom de Sion, et une seule fois, d'après la Genèse, celui de Morija.
* Ârnauld traduit : commandât à tout le reste. Il se trompe ; Morija ne pouvait dominer Sion.
qu'elles sont encore. Il est vrai qu'il y a des doutes sur le fait attribué aux Asmonéens, que notre auteur lui-même raconte autrement ailleurs (Arcb. XIII, 6,6). Peu*nous importe; il est certain, au moins, que Josèphe a vu les collines dans l'état où elles sont encore. D'ailleurs le fait en lui-même, sinon la date et les circonstances , n'est pas douteux.
Il est un autre passage de Josèphe (Arch. XV, 11, 5) qui décrit d'une manière assez juste et pittoresque la position deMorija. «La ville était située vis-à-vis le temple, en forme »de théâtre,» c est-à-dire, en hémicycle , Morija étant à peu près au centre. Mais il faut se garder de chercher de l'exactitude dans une semblable comparaison.
Il donne très clairement encore la position de Bezetha. «.La multitude des maisons, débordant en dehors de la ville, ^sortit peu à peu des enceintes; et les maisons ayant occupé »les terrains situés au Nord du temple, avancèrent beaucoup, »en sorte qu'elles^couvrirent une quatrième colline appelée Be- »zetha.»
«La vallée appelée Tyropœenne,» continue Josèphe, «celle »qui, comme nous l'avons dit, sépare la ville haute du cônteau moins élevé , s'étend jusqu'à Siloé; c'est le nom d'une y>source dont les eaux sont douces et abondantes.» Il est important de remarquer que la vallée finit à cette fameuse fontaine. 1 Oubliant que le Tyropœon séparait Akra de Sion , et peut-être l'oubliant , parce que cette partie du vallon est presque comblée aujourd'hui , quelques savants n'ont pas compris qu'il formait un angle presque droit. En effet, après avoir couru de l'Ouest à l'Est entre Akra et Sion , il tournait , longeait
1 Nous prouverons plus tard que Siloé est situé entre Hophel et Sion , à l'extrémité méridionale de cette vallée.
cette dernière en la séparant de Morija et en se dirigeant du Nord au Sud jusqua Siloé. On n'a souvent donné le nom de Tyropfton qu'au second embranchement de cette vallée; il s'est moins effacé parce qu'il est très étroit, profond, et en dehors de la ville moderne. Raumer lui-même, (quoique sa carte soit exacte sous ce rapport) est, contre son ordinaire, dans le vague et le doute à ce sujet, (pp. 282 et 387). Ed. Robinson qui dans le texte distingue fort bien les deux parties de la vallée , (t. I , p. 383 etc.) n'a marqué que la seconde sur son plan. Olshausen, en raisonnant fort juste, mais a priori (§ 2), est arrivé à des résultats tout à fait faux, parce qu'il ignorait cette courbure de la vallée. 1
Il résulte de la description que nous venons d'emprunter à l'historien juif qu'il confirme pleinement les faits rapportés par les voyageurs. Ed. Robinson déclare qu'après avoir comparé les résultats de ses propres observations au tableau de Josèphe , il a trouvé une coïncidence frappante et presque complète. Comme lui , Scholz proclame l'accord des récits de Josèphe avec les détails que donne l'Ecriture, et l'état actuel des ruines.
4 J. L. Grimm, dans le plan assez fautif qui accompagne sa carte de Palestine (Berlin, 1850), fait du Tyropceon une longue vallée qui, courant du Nord au Sud , sépare non seulement Sion d'Ilophel, mais Akra de Bezetha; je ne sais sur quelles données il s'appuie. En outre il la nomme (probablement d'après Pococke) vallée Millo ou Tyropéenne.
TROISIÈME SECTION. — H Al I El K DES COLLfflEJ.
Nous ne donnerons pas les hauteurs des différentes collines, parce que les voyageurs sont peu d accord sur ce sujet ; les mesures , en général , sont mal prises et encore plus mal indiquées ; enûn 1" irrégularité de la profondeur des vallées jointe à celle de l'élévation des sommets , rend toute appréciation générale fort difficile. Ed. Robimon donne à Sion 2360 pieds environ au dessus de la mer et 300 pieds environ au dessus de la vallée de Hinnom auprès du puits dit de Néhémic ; et Schubert compte 241 pieds au dessus du Cédron , mais sans dire en quel point. Selon le même (t. II , p. 521) , le Mont des Oliviers en a 416 au dessus de cette même vallée, et 2556 au dessus du niveau de la mer.
Ce que Josèphe nous dit de la hauteur de ces montagnes est aussi difficile , ou plus difficile encore , à comprendre et à concilier que ce qu'en disent les voyageurs. Le texte même est en quelques endroits fort peu certain. 'H 0t&&* >*$oç
x*t «fxro hntnUru. Ce passage est très difficile ; tandis que Hudson et d'autres ont m'*" , Froben (dans la belle édition princeps publiée à Baie en 1544) lit n*t* ; tous deux lisent «•f«r*>wç-o, mais d'autres préfèrent *?©rex«ro ; frtnUnt est remplacé dans certains manuscrits par hrtntfau. Ed. Robinson commente ce passage (t. I , p. 392) , mais ce qu'il en dit (comparé surtout aux indications qu'il oonne pp. 383 et 389) est très peu clair et très peu précis. Je n'entrerai pas dans le détail des discussions qu'a soulevées ce passage ; détail fort
long et difficile. C'en est assez pour prouver qu'on ne sait encore rien de positif sur la hauteur des montagnes de Jérusalem, et que Josèphe ne fait qu'augmenter l'obscurité, qui règne sur ce sujet. Tacite et Josèphe ont certainement exagéré la hauteur des collines ; mais Olshausen et peut-être Niebuhr vont trop loin quand ils veulent rabattre de ces hyperboles ; les vallées ont été beaucoup plus profondes qu'elles ne le sont ; c'est ce dont on ne peut douter ; et Olshausen, qui d'après un passage de Tacite, donne 60 pieds aux parties les plus hautes , devrait d'abord prouver que le mur passait au fond de la vallée du Cédron.
Voici ce qu'on sait de la hauteur relative. Le Mont des Oliviers est plus haut que Bezetha , le point le plus élevé de la ville antique. Sion , moins haut que Bezetha , l'est plus que Morija. Akra est la plus basse des quatre collines.
On comprend facilement d'après la nature du terrain , que les enfants des douze tribus devaient monter à la ville et au temple (Ps. CXXII , 4 , etc) , comme en font foi les Psaumes des montées (Ps. CXX-CXXXIV). Mais c'est une erreur (quoiqu'en dise Josèphe, Arch. XV, 11 , 3) de croire que la ville, le temple, et la fumée de l'oWalion fussent visibles de loin et de tous les côtés ; Morija est moins élevé que plusieurs des collines environnantes. Au Nord la vue est masquée par Bezetha, au Sud par le mont du Mauvais-Conseil , à l'Orient par celui des Oliviers. Sion même est plus élevé que Morija et fait obstacle à la vue au Sud -Ouest. C'est cependant de ce côté , grâce à la plaine des Rephaïm , qu'on voit la ville du plus loin. Du Couchant, dit Richardson, on ne l'aperçoit que dix minutes avant d'y arriver ; il est vrai qu'Ed. Robinson affirme qu'il l'a vue , dans cette direction , à deux milles
de distance (1 , 382). Du Nord-Ouest on ne la voit qu a un mille [Délia Valle) ou même un mille et demi (Mariti). (Voyez Rosenmùller, t. II , partie 11% p. 204.)