CITERNES
De tout temps, le nombre et la grandeur des citernes de Jérusalem et de ses environs ont été remarqués. La Bible en parle mille fois. On en trouve encore de fort anciennes
de distance en distance au bord des routes. Tacite a parlé de celles de Jérusalem dans la description qu'il donne de la ville (Hist. V, 12). Josèphe nous montre Hérode faisant construire une citerne profonde dans la tour d'Hippicus. Jérôme écrit de Bethléhem : In his locis .... prœter parvos fontes, omnes cisternarum aquw sunt (Comm. in Amos IV, 7). Les écrivains du temps des croisades attachent une très-grande importance à ce genre de réservoirs. Le Tasse n'a pas négligé ce remarquable trait de la physionomie de la Ville-Sainte (IH, 56). Le pèlerin Regnaut (p. 101,) atteste la nécessité des citernes et les grands servives qu'elles rendent. Il parle d'ime citerne de Jacob, dont je n'ai trouvé mention nulle part, et qui est peut-être le puits de Job, De nos jours encore, le nombre et la grandeur des citernes étonnent les voyageurs. Scholz en a vu vingt-huit dans le seul couvent de Saint-Sauveur. Il existe dans la colline de Sion , et surtout dans le temple, d'immenses excavations, dont une partie, probablement fort considérable, était destinée à recevoir et à conserver les eaux de la pluie. — E. Robinson a trouvé aussi au Nord de la ville de nombreuses citernes crevassées et détruites. Il y en avait quatre dans la maison qu'il habitait à Jérusalem , et l'une d'entre elles avait 30 pieds anglais de long, autant de large et 20 de profondeur.
Le nombre et la grandeur de ces réservoirs est tel que bien des savants ont été jusqu'à le croire suffisant pour résoudre le problème que nous nous sommes posé. (V. Schubert, E. Robinson, Raumer, etc.) Crome n'est pas de cet avis; l'argument qu'il donne me paraît assez faible. Buchingham, ditil, a vu auprès d'une fontaine fort éloignée de la ville une foule de gens faisant des provisions d'eau. Il en conclut que dans
Jérusalem l'caii manque habituellement. La conséquence est au moins hasardée, et l'histoire la réfute; une sécheresse ou tout autre circonstance accidentelle suffirait à expliquer ce fait. Crome ajoute : puisque les citernes ne suffisent pas de nos jours aux habitants comparativement si peu nombreux, elles n'ont jamais pu suffire. Cependant il affirme lui-même qu'il y a dans plusieurs endroits , soit au dedans , soit au dehors de la ville actuelle, de nombreuses et vastes citernes hors d'usage; il est éminemment probable que les ruines en ont comblé plusieurs; il est certain qu'il en subsiste des vestiges. Nous ne prononcerons donc pas avec autant d'assurance, et nous conclurons que, si les citernes étaient insuffisantes, (ce qui est prouvé d'après l'étendue et le nombre des travaux entrepris pour abreuver la ville), elles contribuaient certainement en très grande partie à prévenir le manque d'eau.