‹ Topographie de Jérusalem au temps de JésusChrist. Thèse, etc. With a planChapitre 21 sur 29 · AQIEDICS · texte numérisé non relu

AQIEDICS

Pour faire comprendre l'importance et le genre des travaux faits par les Juifs pour approvisionner d'eau leur capitale, je crois nécessaire de donner une idée du plus beau reste de ces constructions, d'un travail très remarquable et par son antiquité probable et par le gigantesque de l'ensemble et la complication des détails. A un peu plus d'une heure de Bethléhem se trouvent trois vastes réservoirs qui communiquent avec un aqueduc; ce dernier aboutit dans la ville de Jérusalem. Tous ces travaux sont attribués à Salomon, par la tradition et par plusieurs savants , que rien ne parait démentir. '

1 Calmet (Dictionn., arl. Jérusalem) affirme d'après Josèphc que Pilalc

Dans les champs, au Nord des réservoirs, est un trou fermé par une lourde pierre; c'est l'entrée de deux salles souterraines voûtées; on y trouve plusieurs sources , dont un conduit couvert mène les eaux jusqu'au premier des ré- r servoirs. Là elles se divisent; une partie seulement se jette dans le bassin ; le reste coule dans l'aqueduc qui cède de même une partie de ses eaux aux deux autres réservoirs. Près de chacune des extrémités du troisième, à l'Est et à l'Ouest, deux autres branches d'aqueducs viennent se joindre au corps principal. Après cet accroissement , les eaux sont portéesjusquV la ville sainte, tantôt à découvert, tantôt sous des voûtes cachées. Les trois réservoirs sont des enceintes rectangulaires, formées par d'épaisses murailles, et dont le fond n'est autre que le sol même de l'étroite vallée où elles sont construites. ■ Des deux côtés , le sol penche , et dans plusieurs endroits on l'a soutenu par des terrassements. Voici les mesures qu'en donne E. Robimon. Le bassin supérieur : longueur : 380 pieds anglais; largeur, 229-236; profondeur, 25. Celui du milieu: longueur, 423; largeur, 160-250; profondeur, 39. Le dernier : longueur, 582; largeur, 148-207; profondeur, 50. La profondeur a été mesurée à l'extrémité orientale. Une circonstance curieuse , c'est que le fond est beaucoup plus élevé dans le premier que dans le second , et dans le second que dans le troisième. (Voyez E. Robinson, I, 320; et H,

avait conduit à Jérusalem par un aqueduc les eaux d'Eiham. Je n'ai trouvé dans Josèphe que deux passages , sur lesquels puisse se fonder cette assertion (Arch. , XVIII , 4 , 2 et B. J., Il , 9, 4). Quoique ces deux passages soient peu décisifs , quoique le premier fasse venir l'eau d'une distance de 200 stades et le second de 3 ou 400 (selon des manuscrits différents) , il se pourrait que Pilate fût l'auteur ou le réparateur de l'aqueduc. Il ne parait pas cependant avoir le caractère des constructions romaines.

158 et 164 sq. — Maundrell; Crame 279, George Robinson, 171.)

L'aqueduc descend du mont du Mauvais-Conseil dans la vallée de Hinnom, en décrivant un arc de cercle autour de Sion. Il monte ensuite du côté de l'Ouest, et suit la base de Sion, en décrivant un nouvel arc inscrit au premier. Puis au moment où il entre dans la ville actuelle, on perd sa trace. Crame est fort embarrassé de ne la trouver nulle part. Je crois très-probable l'opinion d'£. Robirtson qui , ayant observé une élévation du sol depuis l'endroit où l'aqueduc pénètre dans la ville, jusqu'au temple, a supposé que l'eau arrive à couvert sous une voûte jusqu'à l'endroit de la ville où elle était le plus nécessaire.

Un fait étrange et dont il n'est guère possible de donner une explication satisfaisante , c'est le silence de la Bible et des voyageurs au sujet de cet aqueduc et de ses trois bassins. Dans la Bible, on ne peut citer que des passages tout-à-fait vagues, tels que Eccl. II, 6; Cant. IV, 12. La première mention qui ait été faite de l'aqueduc, est celle du voyageur Gumprecht ou Gumpenberg (1449); à moins qu'il ne faille en voirune dans les renseignements assez inexacts que donnent les Itinéraires de Guillaume de Baldensel et de Rodolphe de S uchem (1336-1350). Cependant Guillaume de Tyr {apud Crame, 311) parle de plusieurs aqueducs qui portaient de l'eau au temple; et il y a des traces de ces constructions dans les Rabbins et Josèphe. Les premiers parlent beaucoup d'une fontaine à'Etham, d'où l'on faisait venir de l'eau jusqu'au temple par un aqueduc, et embellissent ce sujet comme tous les autres d'une foule de détails inutiles et ridicules. L'auteur du recueil intitulé Cippes hébreux (Lightfoot. Prospect of the temple.

chap. XXIII) dit expressément que la fontaine est sur la route entre Hébron et Jérusalem, et que les eaux sont portées par des tuyaux au grand réservoir dans Jérusalem. Or Josèphc (Arch. VIII, 7, 3) parle d'un lieu nommé Etham non loin

de Jérusalem, où Salomon allait tous les jours, et qu'il avait orné de jardins et de courants d'eau. Cela se rapporte fort bien à l'endroit d'où part l'aqueduc.

D'après cette description, on peut juger des travaux de divers genres exécutés pour approvisionner Jérusalem. Aqueducs, souterrains, réservoirs, sources cachées et couvertes de voûtes, toutes ces choses se retrouvent plusieurs fois à Jérusalem et dans ses alentours et se ressemblent toujours; quoique en général elles aient été construites sur une moindre échelle que celles dont nous venons de nous occuper.

Nous savons en particulier, d'après cette description, ce qu'était une fontaine cachée ou scellée. C'était là un usage assez répandu. Ézéchias, craignant un siège, se hâta de faire fermer les fontaines et même- le torrent qui arrose le pays, le Cédron. Ce dernier trait sulfît à prouver qu'il ne s'agit pas de détruire les puits et les sources, mais de construire des voûtes , de creuser des souterrains et de détourner des eaux. Il est dit d'ailleurs qu'un grand peuple s'en occupa.' Le mot technique qui désigne cette opération est le verbe QHD (Gen. XXVI, 15 et 18). Le seul endroit que je connaisse où il emporte une idée de destruction est 2 Rois III, 19 et 25. Partout ailleurs, il marque précaution et conservation. La

1 En 1099 , l émir Iflhikhar Ed-daulah el, un siècle après, Saladin flrenl aussi boucher les fontaines avant l'arrivée des Croisés ; Richard Cœur-de- Lion fut ainsi forcé par Saladin à lever le siège. ( Rosenmiiller , Handb. d. A., I. II, partie II», p 253.)

fraîcheur des eaux ainsi abritées en faisait un objet de luxe. C'est peut-être ce qui amène une image de ce genre dans le Cantique des Cantiques (IV, 12) : «Ma sœur, mon épouse, «tu es un jardin fermé, une source close et une fontaine cachetée. »'

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