PREMIÈRE SECTION. — LE PREMIER MUR
Article l w — Première Branche.
C'est dans Josèphe seul que nous trouverons des détails à ce sujet (B. J. V, 42). t>tî %\ ùxm»m£»i
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vêtait munie de trois murailles , excepté aux côtés où elle était » entourée de vallées inaccessibles; là elle n'avait qu'une en- » ceinte.» D'après ce seul énoncé et la connaissance que nous avons des lieux , nous pouvons poser en fait a priori que la partie qui n'avait qu'une enceinte était celle du Sud et de l'Est, et que le Nord avait le triple mur.
« Le plus ancien des trois murs était imprenable, tant à » cause des vallées, que par le fait de la colline qui les domi- »nait , et sur laquelle il était construit. Il n'avait pas seule- »ment l'avantage de la situation ; David, Salomon et les rots
» suivants l'avaient couvert * de fortifications redoutables; ils » n'épargnèrent rien pour ce travail. Ce mur commençait au vnord, à la tour appelée Hippicus, s'étendait jusqu'à l'èdin/Ue nommé Xyste, touchait au palais du cdnseil (Govx*) et aboutissait au portique occidental du temple.»
Nous sommes naturellement conduits à chercher ce premier mur sur le mont de Sion. C'est dans la ville primitive que doit être le plus ancien mur ; ce n'est que dans la ville de David que peuvent se trouver des fortifications commencées par ce prince. Enfin ce que dit Josèphe de la profondeur de la vallée et de la hauteur du mont s'applique mieux à Sion qu'au reste de la ville. — On pourrait en outre conclure de ce qu'il fut continué par Salomon, que ce mur devait lier le temple à la cité de David.
Le premier lieu désigné et le plus important, puisqu'il sert de point de départ pour déterminer les deux directions opposées du mur , est la tour d'Hippicus. Josèphe la place au Nord ; ce doit être le Nord de Sion. Remarquons qu'à l'angle Nord-Ouest, l'accès est très facile, et que ce point est le seul en Sion où il ne soit pas pénible. Là, la vallée Tyropéenne et celle de Gihon n'existent plus, pour ainsi dire. En supposant qu'elles aient été autrefois plus profondes, ce qui est probable , il est certain que là elles ne l'ont jamais été beaucoup. Fortifier Sion, c'est donc fortifier ce point, qui d'ailleurs commande l'entrée la plus fréquentée de la ville , celle qui mène à la mer. C'est là qu'est la citadelle actuelle; et, dans tous les siècles de l'histoire, on trouve là un fort, plus ou moins considérable, selon les époques. Les historiens des Croisades l'appellent tour ou citadelle de David ; et ce nom qui subsiste encore parmi les Franks, n'a été qu'en partie
remplacé (depuis le seizième siècle) par celui de château des Pisans, Castel-Pisano. Cette désignation vient , dit-on, de ce que des Pisans rebâtirent ou réparèrent la forteresse. Eu 1099, quand les Croisés se rendirent maîtres de Jérusalem, ce fort fut pris le dernier; et quand, en 1219, les Musulmans détruisirent les murailles, ils le respectèrent.
La tradition qui place en ce lieu la citadelle de David est , comme on le voit, tout-à-fait vraisemblable. C'est là que devait être avant lui le fort des Jébusiens ; il serait incroyable que le premier qui fortifia Sion n'eût pas mis en ce point son centre de défense. Or ce qui , au temps de Titus , représente cette importante partie des fortifications , ne peut être que la tour Hippicus. Il est curieux que Titus ait agi à son égard comme les infidèles pour la citadelle de David ; il démolit la plus grande partie de la ville , et laissa subsister cette tour et deux autres (B. J., V, 4, 4).
Schoîz étant sur les lieux fut frappé de ce rapprochement; et selon lui (de Golgothœ situ, p. 8), dans la citadelle Pisane, une tour, particulièrement désignée de nos jours sous le nom de tour de David , offre dans sa partie inférieure des restes de la tour d'Hippicus. E. Robinson affirme avoir été frappé de la même idée en examinant ces constructions , et cela sans savoir qu elle eût été émise avant lui. Josèphe s'étend beaucoup sur la beauté et Ja grandeur des pierres employées à la tour. Les écrivains contemporains des croisades nous donnent les mêmes détails, entr'autres Guillaume de Tyr; Scholz et E. Robinson ont trouvé sur ce point leurs témoignages confirmés par les ruines. 1 Schubert croit même que ces pierres remontent à David ou à Salomon (t. II, p. 532).
1 On varie cependant sur quelques détails assez importante. Josèphe dit
Quoiqu'il en soit, qu'il existe ou non des débris de la tour Hippicus, ces faits et ces rapprochements me paraissent plus que suffisants pour nous faire admettre l'identité de son emplacement, avec celui de la citadelle de David et du château actuel. Scholz a victorieusement réfuté d'Anville qui plaçait en ce lieu la tour Psephinus.
C'est donc de ce point, de l'angle Nord-Est de Sion, que nous faisons partir le mur. Pour qu'il aboutisse au portique occidental du temple, il suffit qu'il suive une ligne droite, le long du bord septentrional du plateau de Sion , en dominant le premier bras de la vallée Tyropéenne.
Mais comment se liait-il au temple? Descendait-il dans la vallée ou aboutissait-il à un pont? Voilà les seules suppositions que nous puissions faire ici. L'histoire sanctionne la seconde. Le pont jeté sur le Tyropœon est mentionné plusieurs fois par Josèphe (Arch. XIV, 4, 2; B. J., I, 7, 2; II, 16, 3; VI, 6 , 2 ; VI , 8 , 1). Dans ces divers passages, il répète à plusieurs reprises que le pont liait la ville haute (Sion) avec le temple ; et que c'était au Xystc qu'aboutissait ce pont. Il n'est guère possible, d'après les positions relatives des montagnes, de varier sur l'endroit où ce pont devait être. D'ailleurs E. Robinson dit en avoir découvert des restes, sur le flanc occidental de Morija , à 39 pieds anglais de l'angle Sud-Ouest. S'il
que les pierres se touchaient sans ciment, de sorte qu on n'en voyait pas les intervalles. Jacques de Viinj dit qu'elles étaient jointes par du plomb. E. Ro- Irinson (I, p. 456. Conf. ibid. 423) rapporte que les bords de chaque pierre sont taillés en retraite (bevelled) , de manière que, superposées , elles semblent former autant de panneaux ; ce genre de travail trahit une haute antiquité. Du reste , elles ne sont pas polies sur toute leur surface , comme celles du temple , ce qui indique une antiquité moindre. Comment accorder tous ces rapports ?
ne s'est pas fait d'illusion, cette découverte est fort intéressante , puisque ce serait là , avec la partie voisine du grand mur de Morija , le seul débris bien attesté de l'architecture juive. Mentionné par Josèphe comme existant au temps de Pompée, il ne pourrait être attribué aux Romains. D'ailleurs la grandeur énorme des pierres et la manière dont les arêtes sont taillées , indiquent une très haute antiquité. C'est par les Juifs eux-mêmes qu'il fut rompu au moment où Sion était ouvert à Pompée (Arch. XIV, 4,2).
La supposition que le mur aboutit au pont , me parait d'autant plus probable, que Josèphe (B. J., VI, 6, 2) parle d'une porte placée à la tête du pont, et qui formerait l'extrémité du mur. Il paraît qu'il faut, comme le fait Olshausen, placer à la tête du pont du côté de Sion la tour de Simon , mentionnée par Josèphe (B. J., VI, 8, 1) et à l'autre bout, du Côté du temple, celle de Jean (B. J., VI, 3,2). C'est la première des deux qui défendrait cette porte.
Il y a quelque difficulté dans l'ordre dans lequel l'historien place les bâtiments que ce mur rencontre. Ce sont , en venant de l'Ouest, 1° le Xyste, 2° la flwfc». Mais il dit plus tard que le pont aboutit au Xyste. Placerons-nous la favti de l'autre côté du pont, et ferons-nous continuer le mur au delà de ce pont? Cela serait bien improbable. On pourrait supposer que le mur faisait un coude , ou bien encore que le Xyste, vaste bâtiment où s'assemblait le peuple, touchait le mur par une extrémité, et que le pont aboutissait à son entrée principale ; la fax» pourrait alors se placer entre le Xyste et le pont , contre le mur, pourvu qu'elle fût moins allongée vers le Sud. Si le Xyste, comme le pensent quelques savants, n'est qu'une grande place, la difficulté est levée. Peu importe d'ailleurs ce détail.
Article 2. — Seconde Branche.
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0<pXxv f rif nfiç xtXTôXiv ç-oa rov 'itfov rwwrrxt., «De l'autre Côté,
»partant de l'Occident et du même endroit, le mur s'étendait »à travers le lieu dit Bethso jusqu'à la porte des Essèniens, et ^retournait ensuite vers le Sud (jusqu) au dessus de la fontaine »de Siloé; de là il se courbait de nouveau vers l'Orient au vdessus de la piscine de Salomon, continuait jusqu'à un eny>droit que l'on nomme Ophla, et rejoignait le portique orientai du temple,» Si l'on traduit littéralement, on arrive à des résultats peu rationnels. Aussi a-t-on proposé diverses versions. C'est d'abord sur le mot ***ç que porte en grande partie la difficulté. Si l'on traduit : il part du même point et se dirige vers l'Occident, on tombe dans l'impossible. Il faudrait pour cela que de la tour Hippicus, c'est-à-dire de l'angle Nord-Ouest de Sion , le mur passât dans la vallée de Hinnom, au lieu de la dominer comme l'atteste Josèphc; le bon sens et la Bible contredisent cette supposition, nfa doit donc être pris pour l'équivalent des mots x*r* /3of f *\ plus haut, indiquant simplement celui des points cardinaux dont il s'agit. Les auteurs sont généralement d'accord sur cette partie de la muraille qui borde Sion à l'Ouest ét au Sud.
Quant à l'endroit appelé Bethso , Winer dérive ce nom de HNTC JTQ» lieu des immondices. Il rapproche cette étymologie du nom de la porte nûî^NH; le sens est le même. E. Ro-
binson place en conséquence Bethso sur le bord de la colline et met cette porte dans le même lieu , supposant qu'on jetait de là les immondices dans la vallée (qui pendant longtemps servit de voirie.) Mais nous verrons que cette porte ne peut se trouver en Sion. Tout ce qu'il y a donc à conclure de cette étymologie , c'est que Bethso indique probablement un endroit d'où l'on jetait ou emportait dans la vallée le fumier de la ville. Nous sommes forcés de laisser la position de ce lieu dans le doute.
Si nous plaçons la porte des Esséniens au milieu de la vallée Tyropéenne, à l'endroit où elle est le plus resserrée, entre Hophel et Sion , nous comprendrons sans grande peine la fin du parcours de la muraille. Eww?é<z>o» indique que le mur vient du midi et y retourne ; si l'on traduit à la lettre, on peut supposer que c'est de la fontaine même que le mur part pour retourner au midi ; il s'éloignerait ainsi de la ville, et cette version n'est pas admissible. Josèphe, si je ne me trompe , n'a pu vouloir dire que ceci : le mur retourne vers le midi jusqu'au dessus de la fontaine de Siloé , ou , si l'on veut , vers un point méridional , par rapport à la porte des Esséniens , et cependant au-dessus de la fontaine , soit que l'on prenne v*h comme indiquant une position relativement septentrionale ; soit qu'on entende par-là une situation plus élevée , ce qui me semble plus vraisemblable , et ce que les faits autorisent à croire. Cette partie de la muraille qui descend vers Siloé est le mur occidental d'Hophel.
Je ne puis discuter ici où était l'étang de Salomon ; c'est très-probablement ce qu'on appelle de nos jours la fontaine de la Vierge ; la position de ce bassin est précisément celle que doit avoir , d'après notre passage , l'étang de Salomon ,
au Sud-Est d'Hophel et sous le bord que dominait la muraille orientale. C'est cette seconde partie du mur d'Hophel que Josèphe décrit dans les derniers mots que j'ai cités, et qui va rejoindre le portique oriental du temple. /:'. Robinson croit avoir retrouvé des traces de cette muraille (t. I, p. 460, n. 5). Je puis répondre à ceux qui trouveraient invraisemblable et trop compliquée la ligne que je fais suivre à ce mur, qu'il n'y a pas d'autre moyen d'accorder ce passage de Josèphe avec les témoignages de l'antiquité qui nous apprennent où était Siloé. Winer qui ne trouve pas ce passage aussi obscur que l'avait dit Rosenmùller, se l'explique en déplaçant Siloé. Olshausen pose en fait que le premier mur entourait toute la vieille ville, mais cela n'est dit nulle part.
Josèphe est bien incomplet dans ce qu'il dit de ce mur. Me reprochera-t-on d'avoir supposé qu'il omet des points intermédiaires ? Comme sur certains plans le mur descend de Sion à l'angle Sud-Est , et ne longe que le bord oriental d'Hophel , on prétendra peut-être que le mur oriental de Sion et celui d'Hophel à l'Occident sont de mon invention. Remarquons d'abord que si je réussis à prouver l'existence de ce dernier, l'on ne pourra révoquer en doute celui qui , selon moi , protégeait Sion à l'Est ; serait-il croyable que l'on eut laissé de ce côté la cité de David sans défense? Or, nous avons, dans l'Écriture même, des détails sur le mur qui entoure Hophel. «Manassé ,« dit l'auteur des Chroniques (2 Chron. XXXIII, environna Hophel qu'il éleva fort.» 1 Nous avons donc raison de dire que le mur de Josèphe doit entourer complètement Hophel , c'est-à-dire former les deux longs côtés d'un
1 Ce n otaient là que des réparations. Le mur d'Hophel avait déjà été restauré par Jothaoï. (2 Chor. XXVII , 3.)
triangle scaiène, dont le mur méridional de Morija est la courte base.
Il y a encore une preuve historique pour le mur oriental de Sion , et par conséquent pour celui d'Hophel à l'Occident. Après avoir pris et brûlé Akra , les maisons au Sud du .temple jusqu'à Siloé , le lieu dit Ophla , après s'être emparé de la tour de Simon et du pont qu'elle commandait , Titus ne savait comment prendre Sion (Cf. B. J., VI, 6, 2 et 3, avec VI, 7, 2). Sans le mur oriental de Sion , quel obstacle l'aurait retenu? Il avait toutes les avenues.
Il est un passage de Josèphc qui semble s'accorder fort mal avec mon plan (B. J. V, 6, 1). Il s'agit des parties de la ville» qui appartenaient aux deux chefs des factieux , Jean et Simon. Le second était maître de Sion, d'Akra, de Siloé et de la partie méridionale du mur oriental d'Hophel , jusqu'au Cédron. Jean avait le Cédron, le temple et ses alentours , y compris Hophel , au moins en grande partie. Ce partage est étrange ; mais on comprend qu'il puisse en être ainsi dans une des phases rapides de la guerre civile , entre deux ennemis qui brûlent et renversent tout ce qui les sépare.
Sous le nom du premier mur, Josèphe confond les constructions de David, deSalomon(l Rois IX, 15, etc.), d'Hozias (2 Chron. II, 6, 9), de Jotham, une partie de celles d'Ezéchias (2 Chron. XXXII , 5) , celles de Manassé et d'autres rois peut-être.
Le premier mur, au rapport de Josèphe, avait soixante tours. Tacite a cette première enceinte en vue quand il dit : Àlia intus mœnia, regiœ circumjecta.