TROISIÈME SECTION. — LE TROISIÈME MIR
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vmençait à la tour Hippicus, d'où il s'étendait vers le Nord ^jusqu'à la tourPsèphinus : il continuait ensuite vis-à-vis le moymument d'Hélène, reine d'Adiabène, mère du roi Isate ; il pas- »sait au travers des cavernes royales, faisait un coude à la tour » angulaire près du monument du Fotdon, et en rejoignant V ancien mur, finissait à la vallée dite Cédron.»
Pour connaître la direction de ce mur, commençons par fixer la position de la tour Pséphinus. Nous voyons qu'elle était au Nord d'Hippicus. Josèphe ajoute plus loin qu'elle s'élevait au coin Nord-Ouest de la ville (voy. aussi B. J. , V, 3,5). Elle avait soixante-dix coudées de haut et de son sommet on pouvait voir l'Arabie à l'Orient et la Palestine jusqu'à la mer, probablement la mer Morte. (En effet, ce ne peut être la Méditerranée, qui n'est pas même visible du Mont des Oliviers). Or, comme il aurait été impossible qu'on eût du sommet de cette tour une vue aussi étendue , si elle eût été au pied d'Akra , on s'accorde généralement à la placer au Nord-Ouest , sur un des sommets de la montagne qu'on appelle Gihon.
La ligne que le mur décrit depuis ce point est si douteuse qu'il me semble inutile de m'y arrêter. On ne sait précisément où étaient les grottes royales dont parle Josèphe , ni ce
qu'il entend par ce terme. Le tombeau d'Hélène est au Nord de la ville. Mais nous ne savons à quelle distance de ce souterrain passait le mur. Le monument du Foulon est inconnu. La tour angulaire était-elle au Nord de Morija, marquant le point extrême de la ville au Nord-Est comme Pséphinus au Nord-Ouest? On ne peut rien décider à ce sujet. Le troisième mur finissait à la vallée du Cédron , expression assez vague, que Ton a eu tort de traduire comme s'il y avait : dans la vallée du Cédron. Le premier mur, nous l'avons vu, finit non dans la vallée , mais au-dessus ; et il serait étrange , sous bien des rapports , que le troisième y descendît.
Ce mur, le plus considérable des trois , avait quatre-vingtdix tours. Ce nombre énorme s'explique fort bien par une hypothèse de Bachiene ; il suppose que la muraille était entièrement bâtie en zigzag , et qu'à chaque angle soit rentrant , soit saillant, il y avait une tour. Tacite paraît faire allusion à ce système de fortification quand il dit : Mûri per artem obliqui aut introrsus sinuati (Hist. V, 11).
L'origine de ce troisième mur est contestée ; Josèphe la raconte à l'endroit cité, et se contredit formellement dans deux autres passages. D'après celui-ci , la population trop nombreuse de la ville s'était étendue en dehors des murs , et avait couvert d'habitations la colline située au Nord du temple , qui prit dès-lors le nom de Bezetha ; Agrippa * entoura d'une enceinte (qui est notre troisième mur) cette partie auparavant complètement ouverte (irxrxyvfwî). Il commençait avec un grand luxe de fortifications ; la ville eût été imprenable , s'il eût achevé son œuvre ; mais Claude en fut averti
1 Hérodo Agrippa I er , père d'Hérode Agrippa II , dont Josèphe était contemporain.
et en prit ombrage ; Agrippa fit cesser les travaux et quand plus tard les Juifs les reprirent , ce fut sur une moindre échelle.
Tout ceci semble bien positif. Mais le même auteur rapporte des événements complètement différents (Arch. XIX, 7, 2). Selon ce second récit, Agrippa n'entreprenait que de fortifier ce mur déjà existant, et de le faire plus large et plus haut. Or , voici un fait historique qui confirme la seconde assertion , et d'après lequel nous rejetons la première. Quarante ans au moins avant les faits que nous venons de voir, Hérode assiégea dans Jérusalem Antigonus , neveu d'Hyrcan II ; au bout de quarante jours , il prit la première enceinte (externe), et quinze jours après, la seconde. Cependant les Juifs se défendirent encore dans le principal bâtiment du temple et dans la haute ville (Sion). Il faut donc que le mur qui entourait Sion fût encore au pouvoir d' Antigonus ; ce que Josèphe appelle ici le premier mur est donc celui que dans notre passage il nomme le troisième ; il commence par l'extérieur, au lieu de partir du centre. Le troisième mur existait donc bien avant Agrippa.
Il y a dans l'histoire de la guerre des Juifs un passage difficile (B. J., V, 12, 2) que je crois devoir expliquer. Ici, comme partout , Josèphe est vague et incomplet. Le camp de Titus était au Nord de la ville, au même lieu où avaient campé les Assyriens. Les Romains bâtirent un mur pour bloquer Jérusalem. Ce mur suivait la partie inférieure de la Cœnopolis , puis le Mont des Oliviers le long de la vallée du Cêdron; se tournant ensuite vers le midi, il longeait la montagne jusqu'à la pierre ou roche appelée Peristereonos ; peut-être est-ce l'extrémité d'Hophel. Je pense qu'ici la mon-'
1 Ces faits se seraient passés entre l'an 41 (avènement de Claude) et la inort d'Agrippa que l'on place d'ordinaire en 44.
tagne est celle des Offenses , c'est-à-dire la continuation de celle des Oliviers. En effet, un peu au-dessous de l'angle Sud- Est de Morija, la vallée tourne vers le Sud ou le Sud-Ouest, en suivant le contour de cette colline. La muraille de Titus longeait ensuite la colline voisine qui domine la vallée de Siloé ; c'est le mont du Mauvais-Conseil ; elle descendait vers l'Occident à la vallée de la source (Gihon) , remontait jusqu'au tombeau d'Ananus (situé au Nord-Ouest) , puis passant le mont où Pompée avait campé, revenait au Nord , laissait de côté un bourg fort peu connu , et se liait au Nord-Est à son point de départ. Ce qui rend ce passage un peu difficile , c'est qu'il faut exclure un quartier de la ville qui était déjà pris , à moins que Titus n'ait abandonné une partie du terrain qu'il avait déjà dévasté.
Nous manquons de données sur l'étendue et la population de Jérusalem antique ; nous ne connaissons que fort mal le nombre des habitants de la ville actuelle. Les chiffres donnés par Josèphe sont plus que suspects. Il prétend que pendant les fêtes de Pâques la ville sainte contenait 2,700,000 habitants mâles (B. J., VI, 9 , 3). Il fait périr 1,100,000 âmes dans le siège de Titus. Le faux Hècaièe porte le nombre ordinaire des habitants à 120,000. Le même (cité par Josèphe, contre Apion 1 , 22) donne 50 stades de tour à la ville ; Aristéas 40, Josèphe lui-même (B. J. , V, 4, 3) 33 (une lieue et demi environ) , et Eusèbe (Prép. Ev. IX , 36) 27 seulement. Ailleurs Josèphe donne 39 stades de circonférence au mur bâti par Titus autour de l'ancienne ville, en laissant probablement Bezetha en dehors (B. J., V, 12, 2).
La ville actuelle est beaucoup plus petite que l'ancienne. Mais si l'on y ajoute une partie du terrain qu'elle laisse à dé-
couvert au Nord , avant le monument d'Hélène , et le midi de Sion qui n'en fait plus partie , le chiffre de 33 stades ne paraîtra pas exagéré.
Aujourd'hui Jérusalem n'a que 15,000 habitants au plus (si l'on en croit les meilleurs calculs) ; il est donc au moins douteux qu'elle ait pu contenir l'énorme population que Josèphe y compte lors du siège. Mais une notable différence dans la grandeur, et surtout la foule de fugitifs entassés dans la ville , et les bandes de brigands qui s'y étaient établis , expliquent en partie la difficulté. Josèphe dit d'ailleurs lui-même que la foule venue à Jérusalem pour la féte de Pâques avait été forcée de rester dans la ville (B. J. , IV, 9 , 3).