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NOTICE SUR LES VIGNOBLES DE L' ANTIQUITÉ

coUiver la vigne, récoltait, suivant Athénée, sur les hauteurs crayeuses d'ÂRiusiuH, des vins secs et des vins doux d'excellente qualité. Strabon les cite comme les meilleurs de la Grèce. Pline vante surtout celui que Ton faisait dans le canton d'ÂR* visiA. Le vin dît saprian avait un parfum délicieux et trèsfort, qui embaumait la salle du festin. Celui de Phanean, vanté par Virgile, venait aussi de Vile de Chios. Les vins de Lesbos avaient un bouquet très-suave, mais moins prononcé que celui de Chios; Pline les accuse d'avoir un goût salé et leur préfère ceux deTHASSUs (Tasso), qui étaient généreux, doux et parfumés; ceux-ci mûrissaient lentement et acquéraient en vieillissant un parfum délicieux. On préparait, dans cette dernière île et à Lesbos, un vin léger nommé omphacites^ qui provenait d'une espèce de raisin que Ton vendangeait avant son entière maturité, et que Ton exposait au soleil pendant trois ou quatre jours avant de le presser; quand il avait terminé sa fermentation, on exposait au soleil les vases qui le contenaient jusqu'à ce qu'il eût atteint sa maturité. Les Romains faisaient un trèsgrand cas des vins de l'île d'IcAROS (Nicaria).

Dans rtle de Crète (Candie), les vins étaient préparés avecle plus grand soin. Lorsque les raisins étaient bien mûrs, on les saupoudrait avec du plâtre pour donner plus de consistance à leur jus. Les meilleurs vins de cette île étaient surtout estimés pour la suavité de leur parfum, qui égalait celui des fleurs les plus odorantes. Ceux de Leugadia (Sainte-Maure) et de Zacinthus (Zante), dans la mer Ionienne, étaient préparés de la même manière et avaient beaucoup de spiritueux^ Les vins de Naxos (Naxie), RHonss et Cos (Stanco), dans la mer Egée, passaient, du temps de Pline, pour avoir un goût salé comme ceux de Lesbos. L'île ScuTcs (Sciati), sur la côte de Thessalie, faisait des vins qui ressemblaient à ceux de Maronée ; mais ils étaient moins spiritueux.

Les anciens ne connaissaient qu'environ la moitié de cette partie da monde, que les Romains divisaient en Asie propre et en Asie Mineure. Les écrivains nous indiquent quelques pays où la vigne prospérait; mais ils ne donnent que peu de détails sur la nature et la qualité des vins qu'on y récoltait. Ils ne parient pas des vignes de T Albanie et de la Colchide, qui occupaient

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r espace compris entre le Pont-Euxin , le Palus Mœotis, le Rha (Volga] et la mer Caspienne. Ces contrées» qui font aujourd'hui partie de l'empire de Russie, sous le nom de provinces caucasiques, ont une si grande quantité de vignes, qui croissent sans culture dans les forêts, dont elles couvrent tous les arbres, et qui produisent une immense quantité de raisins de bonne qualité dont on fait du vin, que Ton est fondé à considérer la vigne comme étant indigène dans ces contrées.

Beaucoup de cantons de I'Asie Mineure avaient des vignobles fort étendus. Dans la partie occidentale du Pontus, où les montagnes du Taurus s'abaissent et s'éloignent du Pont-Euxin, on voyait l'olivier, les arbres fruitiers et la vigne orner les collines, au pied desquelles l'Halys (Kisit-Irmak) et l'Iris (lechit- Irmak) roulaient leurs ondes. Dans la Paphlagonie (Anatolie), suivant Strabon, la vigne et l'olivier bravaient les vents du nord sur plusieurs côtes des Olgasis.

Xénophon, Strabon et Pline nous apprennent que la Bithy- NiE (Anatolie) produisait tous les fruits de la Grèce : elle avait beaucoup de vignes, dont on tirait des vins de plusieurs espèces, parmi lesquels Florentinus cile ceui que donnait le cépage nommé Mescites, comme étant de première qualité. Galien, de Pergame, en Mysie, dit que le vin blanc de la Bithynie, quand il était très-vieux, passait, à Rome, pour du vin de Cœcube, mais qu'alors il était amer et peu agréable à boire. Le même auteur parle des vins de Tibenum, d'ARSTNiUM et de Tituca- SENUM comme étant les plus légers de ceux que l'on faisait dans sa patrie. Les deux premiers étaient rouges et non liquoreux; le dernier était dout, peu spiritueux et peu coloré. Ces vins acquéraient plus promptement leur maturité qu'aucun de ceux des autres vignobles de l'Asie Mineure. Lampsacus (Cherdak), dans la même province, était entouré de vignobles très-productifs.

Suivant Virgile et Galien, la montagne de TmoluSy en Lydie, produisait un vin doux, d'une couleur très-ambrée, qui se vendait au plus baul prix. Pline dit qu'étant trop liquoreux pour qu'on pût le boire pur, on l'employait principalement pour corriger l'Apreté des autres vins et leur donner du parfum. Smyrne, dans rionie, fournissait des vins que les Romains aimaient beaucoup. Ceux de Clazomène (Vourla), sur le golfe de Smyrne, étaient préférés, même à ceux de Lesbos, parce qu'on y mêlait moins d'eau de mer. EphAse (Aio-Tsoluc), aussi dans Tlonie, sur la rive gauche du Caister, avait des vignobles dont on tirait

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des vins forts, généreax et parfamés, auxquels plusieurs auteurs donnent le nom de prammtan.

La vigne se plaisait dans les terrains volcaniques de la plaine de Catacécomène, partie la plus orientale de la Phrtgie, sur les bords de VUermus (Sarabat); elle y produisait beaucoup de Tins de bonne qualité. Dans la partie de la Cappadocb (Karamania) voisine de FEuphrate, il y avait de beaux vignobles; on en rencontrait aussi dans la Carie ; ils produisaient des vins estimés, parmi lesquels on distinguait particulièrement ceux de Cnide (Porto-Génovèse). dans la province nommée Doride, comme généreux et agréablement parfumés. Galien cite avec éloge les vins de Sctbblus dans la Pamphylie; ils étaient trèsépais et très-liquoreux. Celui d'ÂSAxÈs, en Cilicie, était aussi un vin rouge très-liquoreux. La Carmanie (Kerman), sur le golfe Persique, produisait des raisins d'une grosseur extraordinaire dont on tirait de bons vins.

La vigne prospérait dans plusieurs vallées de rÀRiiÉNiE voisines de TÂRSACB. L'ÂTROPATÈNE OU petite Médib (Âderbijam) avait beaucoup de cantons riches en vin. Persépolis (Stakhar), ville de la Perside (Farsistan), dont Alexandre le Grand ordonna la démolition, dans un accès d'ivresse» était entourée de beaux vignobles qui produisaient des vins très-généreux , parfumés et fort agréables.

La Syrie était riche en vignes dans les contrées voisines de la mer intérieure (Méditerranée). La célèbre Laodigée (Latakieh) florissait par son port et par ses vignobles; les collines du mont Liban étaient couvertes de vignes. Les auteurs profanes vantent les vinsdeBTBLOs(Gabail),de SAR£PTA(Sarfand),deTTR(Sour)y de Salon, d'AscALON (Scalona), etc. L'Ecriture sainte loue les vignes du torrent de Sorec, de Sabana, de Jaser et d'AsEL; Ezéchiel, qui vécut 599 ans avant notre ère, parle de l'excellent vin de Chelbon, que Ton vendait aux foires de Tyr. Strabon, né 50 ans avant l'ère chrétienne, et Plutarque, qui ne vint que 116 ans après lui, le nomment calehonium vtnum : il se récoltait près de Damas. Enfin l'ile de Cyprus (Chypre) produisait des vins qui, suivant Pline, provenaient de ceps d'une grosseur extraordinaire; mais ils n'étaient pas estimés comme le sont ceux que l'on y récolte aujourd'hui.

La Chine, qui n'était pas connue des anciens, avait des vignobles dans les temps les plus reculés. Les annales chinoises nous appreonent que plusieurs provinces en avaient de très-considérables longtemps avant l'ère chrétienne; les poètes chinois ont

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célébré le vin dans toutes leurs chansons depuis le règne d'Ayven jusqu'à celui de Han. Enfin leurs annales font mention du vin de raisin sous le règne de l'empereur Fofi-7y, qui monta sur le trône Tan 140 avant Jésus^Christ.

Les anciens ne connaissaient que la partie septentrionale de cette contrée, que les Grecs nommaient Libye et Hespérie. Elle contenait autrefois de grands vignobles que l'on n'y rencontre plus aujourd'hui; tandis que son extrémité méridionale, qui fournit maintenant des vins précieux, n'avait pas un cep de vigne.

Strahon et Pline ont célébré la fertilité de la région du mont Atlas. Le premier décrit les riches plaines de l'Afrique proprement dite, où, parmi des champs de blé inépuisables, des vergers et des vignobles, Carthage, rétablie en qualité de colonie romaine, était redevenue la reine des cités africaines. Le même auteur dit que les vignes de ces contrées avaient le tronc assez gros pour que deux hommes pussent à peine Tembrasser ; que les grappes étaient longues d'une coudée (environ 47 pouces) et que les vins avaient une àpreté que l'on corrigeait en y mêlant du plâtre. Cette contrée, qui forme aujourd'hui la régence de Tunis» n'a plus de vignes. Athénée cite les vinsblancsque l'on récoltait dans les environs du lac Mareotis (Birka-Hariout) , comme n'ayant pas de rivaux en excellence. Cevin, dont Antoine et Cleopâtre faisaient leurs délices 40 ans avant notre ère, se nommait quelquefois vin d Alexandrie f parce que le vignoble était peu éloigné de cette ville ; il avait de la douceur, de la légèreté et un parfum des plus agréables; il était facile à digérer et peu capiteux. Cependant celui de l'tle Méroé (Nuabia), que Cléopâtre fit servir à César, paraît avoir joui d'une plus haute réputation, suivant Lucain, qui vécut dans le premier siècle de notre ère; il ressemblait à celui de Falerne. Le vin dit tœniotique, du nom de la bande de terre qui le produisait, avait une couleur verdâtre» beaucoup de corps ei un parfum aromatique très-prononcé; il était plus liquoreux que celui du lac Mareotis et avait en même temps de la fermeté. Le vin d'ÂNTiLLA, près d'Alexandrie, était le seul qui eût de la réputation parmi ceux des nombreux vignobles qui ornaient les bords du Nil. Pline vante celui de Sbbenynm (Semenhoud), ville du Delta (basse Egypte), qui était fait

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ayec trois espèces de raisins^ mais il n'indique pas les qualités qui le distinguaient, et dit seulement qu'il était liquoreux et qu'on en consommait beaucoup à Rome. Horace dit que, dans les lies Fortunées (iles Canaries), la terre donnait sans culture d'à* bondantes moissons et que les vignes fleurissaient toujours sans avoir besoin d'être taillées.

Quelques-uns des pays autrefois célèbres pour l'excellence des vins qu'ils fournissaient ont conservé, de nos jours, cette réputation; mais beaucoup l'ont perdue. Les Romains prisaient bien plus les vins grecs en général et plusieurs de ces vins en parti* culler que nous ne le faisons aujourd'hui. Strabon trouvait le vin de Samos détestable ; celui de Chypre, autrefois méprisé, fait maintenant les délices de nos tables; tandis que nous ne faisons aucun cas des vins de Scio, que les Romains estimaient singulièrement.

Dès les temps les plus reculés, les hommes faisaient usage de boissons fermentées. Strabon nous apprend que, dans l'Asie, au delà du Taurus, le riz en fournissait une qui était assez spiritueuse, et que les Indiens aimaient beaucoup. Néarque, amiral d'Alexandre, né 356 ans avant Jésus-Christ, indique la canne à sucre et la liqueur spiritueuse qu'on tirait de son jns; les Germains faisaient de la bière : cette boisson, ainsi que le cidre et Thydromel, était d'un grand usage dans les Gaules. La grande quantité de liqueurs fermentées que Ton prépare aujourd'hui chez tous les peuples, même sauvages, qui habitent les contrées où la vigne ne prospère pas, prouve assez le goût naturel de tous les hommes pour les boissons enivrantes.

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