FRANGE
La France, située presque au centre de l'Europe, eatre les 13» et 25' degrés de longitude, et les 42' et 51' de latitude septentrionale, est, par sa position et par la na-* ture de son sol, le pays le plus riche en vignes. Suivant le rapport fait au roi par M. le comte Chabrol, ministre des finances, le 15 mars 1 830, la France contenait, en 1788, 1 ,555,475 hectares de vignes, non compris celles des départements de TAveyron, de 1 Isère et au Morbihan, qui ne sont pas indiquées sur le tableau, et que j'évalue, d a* près d'autres renseignements, à 17,451 hectares; ce qui porte la quantité de terrain planté en vignes, en 1788, à 1,572,926 hectares. Suivant les documents réunis au ministère de rintérieur depuis 1804 jusqu'en 1813, la France contenait aloi3 1,734,573 hectares de vignes, dont le produit, constaté par les inventaires faits après chaque récolte, depuis 1804 jusqu'à 1808 inclusivement, les évaluations (fe la régie des droits réunis, depuis 1 809
jusqu'à 181 1, et les états envoyés parles préfets après les récoltes de 1 81 2, 1 81 3 et 1 81 4, s'élevait, terme moyen de ces onze années, à 31,012,452 hectolitres de vin. Enfin, suivant le rapport du 1 5 mars 1 830, la France contenait, en 1829, y compris 24,360 hectares que j'ajoute pour les départements de TAveyron et de l'Isère, 2,017,667 hectares de vignes, qui avaient produit, terme moyen des récoltes de 1826, 1827 et 1828, 44,814,161 hectolitres de vin, par an; mais, ces trois années ayant été assez abondantes, j'ai, en comparant les évaluations anciennes avec les nouvelles, établi un terme moyen qui me parait approcher de la vérité et dont il résulte que la France a produit alors, année moyenne, environ 39 millions d'hectolitres devin. Actuellement, en tenant compte des nouvelles plantations faites depuis une trentaine d années et de l'annexion delà Savoie et de Nice, on peut évaluer la superficie totale des vignes, en France, à prèsdê 2,300,000 nectares, et la production moyenne à 42 millions d'hectolitres. Â en juger d'après les dernières années dont nous connaissions la production : 1862 (37,109,636 hect.),
1863 (51,371,875 hect.), 1864 (50,653,422 hect.); ce chinre serait au-dessous de la vérité, mais 1863,
1864 et surtout 1865 ont fourni des récoltes abondantes,
3ui peuvent causer quelques illusions sur les années orinaires. Nous donnons, du reste, à Vappendice la production de toute une série d'années et nous nous bornons à y renvoyer le lecteur.
Les vins rouges et les vins blancs de nos difierents vignobles affectent presque toutes les nuances des trois genres que j'ai décritsp.12 et suivantes de cet ouvrage. Les vins secs de l'Alsace, quoique très-bons, sont cependant inférieurs à ceux de plusieurs crus de la rive droite du Rhin. Nos tins de liqueur, fort estimés de l'étranger et mis au premier rang par de célèbres gourmets, sont moins
Soûtés en France que ceux que nous tirons à grands frais e quelques pays lointains; mais nos vins moelleux (1 ),
(1) Voy. le Vocabulaire aniCy page 22.
dont le goût et le parfum sont aussi variés qu'agréables, De connaissent pas de rivaux hors des limites de notre territoire ; ils ont surtout ces qualités que les meilleures variétés de la vigne ne peuvent fournir que lorsqu'elles végètent dans des terrains choisis et sous un ciel tel que le nôtre. Les vins de nos premiers crus sont les seuls dans lesquels on trouve réuni cet arôme spiritueux nommé bour quel, qui, précurseur du goût, flatte l'odorat et promet de plus douces jouissances, avec cette sève délicieuse, qui, moins légère que le bouquet, ne se dilate que dans la bouche, l'embaume et survit au passage de la liqueur. Ces qualités, que possèdent essentiellement nos vins fins, distinguent aussi plusieurs de nos meilleurs vins d'ordinaire : ceux-ci, dont le nombre est considérable, fournissent, comme ceux-là, à de grandes exportations et sont souvent assez bons pour prendre les noms des crus les plus renommés. Nos vins d'ordinaire de 2% de 3®, de 4* qualité et DOS vins communs procurent à la population française la boisson la plus saine et la plus généralement recherchée ; ils entrent pour une forte portion dans les envois à l'étranger et servent encore à la fabrication d'une quantité considérable d'eaux-de-vie et d'esprits-de-vin, qui forment une branche importante de notre commerce avec tous les peuples de la terre.
Ce qui distingue surtout les vins français de ceux des autres pays, c'est leur étonnante variété ; en effet, les vins de chacune de nos provinces ont un goût et un parfum qui leur sont propres, et (|ue l'on reconnaît facilement sans avoir une grande habitude de la dégustation. Les vins même de crus très-voisins, et qui ne sont séparés que
Ear un mur ou par un chemin, ont entre eux des dissemlances assez sensibles pour être appréciées par les gourmets expérimentés du pays, qui, après avoir goûté vingt essais qu'on leur présente, ne se trompent sur aucun, et iDdiquent la vigne d'où provient chacun d'eux.
Afin de conserver aux différents vins les noms sous lesquels ils sont connus depuis des siècles, et surtout afin de mettre le lecteur à portée de connaître les nuances qui dis-
tinguent ceux que Ton désigne ordinairement sous la même dénomination, j'ai composé les chapitres consacrés à la France, les uns d'une grande province et les autres de plusieurs petites. Chaque département forme un paragraphe, dans lequel les crus sont rangés et décrits suivant la qualité de leurs produits, et, à la fin du chapitre, tous les vins cités dans les différents paragraphes sont réunis dans une classification qui indique les rapports de qualité qu'ont entre eux tous les vins de la province, et le rang qu'ils occupent dans la classification générale des vins du royaume.
Quoique la France produise plus de vin qu'il n'en faut pour la consommation de ses habitants, on y fait cependant une assez grande quantité de liqueurs fermentées, qui servent de boisson journalière dans les provinces dont le climat n'est pas favorable à la vigne : tels sont la bière, dont la fabrication annuelle, évaluée à plus de 2 millions d'hectolitres en 1 830, est arrivée, par un accroissement continu, à 5,323,078 hectolitres de bière forte, et 1 ,880,443 hectolitres de bière faible en 1864; enfin le cidre, dont la récolte s'élève, année commune, à environ 9 millions d'hectolitres. Il n'entrait pas dans mon plan de parler de ces liqueurs; mais j'ai cru devoir indiquer, en passant, les quantités produites.