S V. TOSCANE
Ce pays, placé entre les 42* et 44* degrés- de latitude, est borné, au nord, par le duché de Modène et la principauté de Lacques; à l'est, par les Apennins; à l'ouest, parla Méditerranée, et, au sud, par les Etals de l'Eglise. Lors de sa réunion à la France, en 1808, il forma les trois départements de rArno, de la Méditerranée et de l'Ombrone.
Environ 72,000hectaresdevigneproduisent, récolte moyenne» 4,257,000 hectolitres de vin. Il y a très-peu de terrains uniquement consacrés à la culture de la vigne. Cet arbuste est presque toujours planté en allées, entre lesquelles on sème du grain. Les chemins sont bordés et les collines couvertes d'oliviers dont les rameaux se marient aux pampres chargés de raisins, et forment des berceaux sous lesquels le voyageur se garantit de l'ardeur du soleil. La plupart des vins rouges sont un peu lourds» colorés et pAteux ; ils ont quelque analogie avec les gros vins du Bordelais; mais la liberté dont jouit le commerce et les soins que le gouvernement a pris pour améliorer cette branche d'agricul» ture ont fait adopter de meilleurs procédés de viniGcation, et.
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dans plusieurs vignobles on en fait qai, sans avoir toutes les qualités de nos premiers crus, méritent cependant de fixer Tattention des gourmets. Une partie des raisins blancs étant mêlée avec les rouges, on fait peu de vin de cette couleur, mais on prépare beaucoup de vins de liqueur d'une excellente qualité.
Le Flobbntin fournît beaucoup de bons vins, parmi lesquels on distingue ceux des vignobles de Carmignano , Artihinio , TizzANÂ, MoNTALEy Lamporechio, Monte-Spertoli, Pongino» GioGOLi, Arezzo, Antella et les Roses. On fait aussi à Arge- TRi, près de Florence, un vin blanc nommé verdea, qui a beaucoup de finesse, de parfum et d'agrément; mais le plus célèbre est celui que l'on nomme aleatico. C'est un vin de liqueur qui ressemble au tinto d' Alicante, dont il a la couleur et le parfum : on le prépare dans plusieurs vignobles que je viens de citer. Le principal commerce s'en fait à Florence, d'où on expédie ordinairement dans des bouteilles contenant 1/2 litre. On fait^ à l'ile d'Elbe et dans l'Etat romain, des vins qui portent le même nom, et ne diflTèrent entre eux que par les procédés employés pour la fabrication.
Le PiSAN, situé au sud du Florentin , contient des vignobles considérables qui ne produisent, en général, que des vins de basse qualité ; ceux de 1& vallée de Buti passent pour être les meilleurs de ce pays. Ceux qui proviennent des vignes situées près de la mer ont un goût saumAtre désagréable.
Le SiBNNOis, au sud de Pisan, produit des vins d'ordinaire assez bons, parmi lesquels on cite avec éloge ceux des environs de Sienne. La récolte n'en fournissant pas assez pour les besoins des habitants, on en tire du Florentin. Plusieurs cantons fournissent des vins de liqueur excellents, parmi lesquels V aleatico ou muscat rouge que l'on fait à Momte-Pclgino occupe le premier rang. A une brillante couleur purpurine il joint un parfum aromatique des plus agréables et une douceur tempérée par un peu de fermeté, et qui n'empflte pas la bouche. On met au second rang le vin de même espèce que l'on fait à Monte-Catini, dans le val de Nivole. Les collines rocailleuses de Chianti, près de Sienne, et les vignobles de Montalcino, de Rihinesb, de PoNT-EcoLE et de Santo-Stefano, produisent aussi des vins de liqueur estimés. Le principal commerce s'en fait à Livourne, ville maritime. Les vins de liqueur s'expédient dans des bouteilles empaillées contenant environ 1 litre. Les vins sont conservés dans de petits barils, mais plus ordinairement dans des flacons revêtus de paille. On les tient debout et , au lieu de les
boucher avec du liége, on verse sur le vin une certaine quantité d'huile, que l'on retire avec un petit rouleau d'étoupe quand on veut le boire. Les mesures en usage pour la veute sonl le baril^ qui, pour les vins du pays, est de 41^64, et, pour les vins étrangers, de 37\38. A Florence, le baril contient 45\58.
La principauté de Piombino ne produit que des vins d'ordinaire dont il s'exporte fort peu.
L'île d'Elbe, située dans la Méditerranée, sous le 42'' degré 49 minutes de latitude nord, et le 27' degré de longitude, n*est séparée de la Toscane que par un canal de 12 kil. de large; avant 1814, elle faisait partie du département de la Méditerranée. Porto- Ferrajo, sa ville capitale, est aussi son port le plus fréquenté.
Environ 5,400 arpents de vigne rendent, récolte moyenne, 85,000 hectolitres de vin : comme cette quantité excède les besoins des habitants, on en exporte une partie. II y a peu de vin rouge, mais il est fort bon ; le blanc, au contraire, est abondant et inrérieur en qualité : il pourrait être meilleur si la fabrication en était plus soignée. L'usage du pressoir est étranger à ce pays; lorsque le vin est retiré de la cuve, on y verse de l'eau pour faire des demi- vins ou piquettes d'un goût assez agréable, et qui sont la boisson ordinaire des vignerons.
PoRTO-LoNGONE, sur la côte orientale de llle, à 8 kil. S. E. de Porto- Ferra jo, est entouré de vignobles Irès-étendus et produisant des vins estimés, parmi lesquels on distingue ceux du petit ermitage dit de Monte-Serralo.
Les environs de Rio produisent des vins muscats très-doux et ayant un parfum agréable.
L'tle d'Elbe fournit deux espèces de vins d'extraordinaire, le vermut et Valeatico. Le premier se prépare avec le meilleur vin blanc, dans lequel on fait infuser de labsinthe et d'autres herbes aromatiques; il a du corps, de l'amertume et un parfum agréable. Ce vin , que l'on peut mettre au rang des liqueurs artiBcielles, ne se boit ordinairement en France qu'au milieu du repas. Grimod de la Reynière, dans son Almanach des gourmands, le cite comme partageant l'honneur du coup du milieu avec le rhum de la Jamaïque, le vin d'absinthe et le madèresec; il ajoute que l'effet du coup du milieu est presque magique; que, après l'avoir bu, chaque convive se sent dans les mêmes dispositions qu'en se mettant à table, et qu'il est prêt à faire honneur à un second dtner. Dans le nord de l'Europe, et surtout en Suède et en Russie, \t vermut, le rhum, l'absinthe, et même l'eau-de-
vie, se boivent avant le repas et au moment de se mettre à table. Le vin àleatico s'exprime d'un excellent raisin muscat rouge, très-fleuri, à grain de grosseur moyenne, légèrement ovale, pointu par les bouts et très-espace dans la grappe ; sa feuille, d*un vert noirâtre, est profondément découpée et presque palmée. Chaque propriétaire suit, pour la manipulation de ce vin de liqueur, un procédé dont il garde le secret, et qni consiste à faire évaporer la partie aqueuse du raisin avant d'en exprimer le jus, à le laisser fermenter plus ou moins longtemps, et à y ajouter quelques spiritueux, tels que le rhum. Cette liqueur, très-&(;limée dans le pays, a un fort bon goût, de la chaleur et un parfum agréable; on la compare aux vins de Monte-Cateni et de Monte-Pulcîno lorsqu'ils ont perdu leur odeur enivrante. J*ai dit plus haut qu'on fait, en Toscane et dans l'Etat romain, des vins qui portent le même nom et proviennent du même raisin, mais on emploie des procédés différents.
S VI. ÉTAT BOMAIN.
L'Etat romain, ou Etat de V Eglise^ est situé au centre de l'Italie. Lors de sa réunion à la France, il forma les deux départements de Rome et du Trasimène; avant 1860, il comprenait le Ferrarais, le Bolonais, la Romagne, le duché d'Urbin, les Marches d'Ancône, de Macérata et de Fermo, le Pérousin, l'Orviétan, le duché de Spolette, le patrimoine de Saint-Pierre, la Sabine et la campagne de Rome. Toutes ont des vignobles plus ou moins étendus et produisent d'assez bons vins d'ordinaire, beaucoup de vins communs, avec quelques vins fins et de liqueur, qui jouissent d'une grande réputation en Italie, mais dont il ne se fait qu'une faible exportation à l'étranger, parce qu'ils supportent difficilement le transport à de grandes distances. On sait qu'actuellement le Bolonais, la Romagne, les Marches, etc., font partie du royaume d'Italie, mais on n'a pas cru <levoir les séparer géographiquement des provinces restées à l'Etal de F Eglise.
La plupart des vignes de l'Etat romain et de Tltalie méridionale sont encore cultivées selon le mode décrit par Virgile dans ses Géorgiques. Elles sont tenues très hautes et montent aux arbres : en Toscane, ce sont les oliviers qui soutiennent la vigne; ici l'on emploie plus généralement de jeunes ormeaux ; dans quelques cantons on la dresse en treilles; mais on ne connaît
nulle part la culture, à Téchalas. Malgré la chaleur du climat, il est des endroits où le raisin ne parvient que très-rarement à une maturité parfaite; et dans plusieurs on est obligé de cuire le moût pour obtenir un vin qui puisse se conserver. La fabrication mal dirigée n'en donne souvent que de médiocres, qui manquent de consistance et se corrompent ou perdent leur qualité au bout de quelques mois. Cependant on assure que, si Ton suivait de meilleurs procédés, ces vins pourraient être aussi bons que ceux de Toscane : quelques expériences faites par des propriétaires éclairés confirment celte assertion.
On cultive confusément les plants qui produisent le vin d'ordinaire et celui de qualité supérieure. Les vins de liqueur nommés moscatellOf aleaticOf vemaccia^ greco et vino santo sont préparés avec des raisins choisis dans les vignes qui fournissent les vins communs; chaque propriétaire a des procédés différents pour les faire, de manière que l'on en rencontre souvent qui, quoique portant le même nom, se ressemblent très-peu.
Première classe.
Albano, dans la campagne de Rome et à 16 kil. S. E. de cette ville, produit les meilleurs vins du pays : on en récolte de blancs et de rouges, ceux-ci ont une belle couleur; les blancs prennent une teinte ambrée ; ils ont, l'un et l'autre, un goût agréable, du spiritueux sans être trop fumeux, de la sève et un bouquet très-suave. Ces vins, les plus estimés de l'Italie après le fameux vin du Vésuve, connu sous le nom de Iarn/ma-cAm<t, sont très-salubres, facilitent la respiration et se digèrent bien.
MoNTE-FiASCONE, sur une montagne près du lac Bolsena, à 90 kil. S. 0. d'Orvieto, et 75 kil. N. 0. de Rome, fournit des vins muscats très-liquoreux, que Ton compare à ceux d'Albano pour Texcellence de leur goût; ils ont un parfum aromatique prononcé et passent pour être très-capiteux (1).
(1) La légende d'un voyageur allemand , nommé Jean de Fugaer. n'a pas peu contribué à la réputation du vin de Monte-Fiascone. Ce diçie amateur du jus de la treille avait soin de se faire précéder par un domestique chargé de goûter le vin des hételleries et qui écrivait le mot est sur la porte de celle où il trouvait le meilleur. Arrivé à Monte-Fiascone, le vin lui parut si bon, qu'il écrivit trois fois ce mot. Le maître fut du goût du valet, et fit un tel excès de cette liqueur qu'il en mourut. On fenterra dans l'église de Saint-Flavinio, et, chaque année, après la Pen-
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Orvibto, ville capitale de l'Orviétan, à 8 kil. N. 0. de Rome, esX entouré de vignobles importants, qui produisent des vins rouges fort estimés ; ik ont sur presque tous les autres vins de ce pays l'avantage de se conserver plusieurs années et d'acquérir de la qualité. Ce vignoble fournit aussi des vins blancs muscats recherchés tant pour leur goût agréable que pour leur parfum, qui a quelque chose d'embaumé; on leur reproche d'être huileux et de ne pas se conserver longtemps : ils sont ordinairement expédiés dans des bouteilles empaillées qui contiennent environ i litre. La majeure partie des vins de ce vignoble est transportée à Rome.
Fabnèsb, à 8 kil. N. E. de Castro, recneille aussi des vins muscats qui différent peu des précédents.
Terni, à 23 kil. S. 0. de Spoleto, fait un grand commerce des vins de son territoire, parmi lesquels il y en a de fort bons.
Deuxième classe.
Les vins d'ordinaire sont, en général, légers, d'une saveur douceâtre, fades et faibles en qualité : comme on ne peut pas les exporter sans qu'ils se détériorent, on proportionne aux besoins des habitants la quantité de vignes que l'on cultive.
ViTERBE, à 55 kil. N. 0. de Rome, est entourée de vignobles qui produisent les meilleurs vins d'ordinaire du pays.
La Rigcia, a 16 kil. S. E. de la même ville, fournit d'excellent vin, mais en petite quantité. Les vignobles des environs de Rome, si estimés par les anciens , ont beaucoup perdu de leur réputation.
Saint-Marik, petite république enclavée dans le duché et i âO kil. N. 0. d'Urbin, sur une montagne escarpée, récolte des vins très-délicats, et qui se conservent longtemps, lorsqu'ils sont gardés dans des caves fratches. Sinigaglia, à 4 kit. £. d'Urbin, a de beaux vignobles dont on tire d'assez bons vins.
tecôte, on Taisait des libations sur sa tombe; mais on a réformé cet ns 6t le prix du vin qu'on y employait sert à acheter du pain qui est dls^ tribué aux pauvres. Voici Tépitaphe que son courrier composa, et qui fut mise sur sa tombe :
^5^ est. est,
Et propter mmium est^
Domtnus meus mortuus est.
ITÀLIl.
Dans les environs de Bologne, et particulièrement sur la inontagne délia Guardia, à 12 kil. de cette ville, on trouve des vignobles fort étendus, et dont les vins sont estimés; les rouges ont une couleur très-foncée et peu de spiritueux : les blancs, dont la récolte est fort abondante, ont une teinte ambrée, de la douceur et un bon goût ; on fait aussi d'excellents raisins secs connus sous les noms d'uva-paradisa et d'uva-angola.
Imola, à 32 kil. S. E. de Bologne, dans la Romagne, el plusieurs autres cantons de cette province, produisent beaucoup de vins blancs que l'on fait cuire pour les conserver. Celui qui n'a pas subi cette opération est agréable et mousse comme le Champagne quand on le met en bouteilles. Tarare, Forli, Cezena, RiHiNi, Pezaro et quelques autres cantons en font d'assez bons; mais, en général, on suit de mauvais procédés pour leur fabrication.
Genzano, près d'Albano, fournit des vins d'ordinaire assez bons, quoique doux, fades et peu corsés; ils sont recherchés à Rome.
Le Ferrarais produit beaucoup de vins d'ordinaire et des vins conimuns ; on y prépare aussi, comme dans les vignobles que je viens de citer, des vins de liqueur assez bons, mais qu'on n'exporte point.
Les environs de Spoleto, à 90 kil. N. de Rome, et surtout ÂMELIA, à 32 kil. S. 0. de Spolelo, cultivent les meilleurs raisins d'Italie, particulièrement celui nommé pizolello. On tire de ce pays de bons vins d'ordinaire.
Entre Narni et Terni, où se termine la chaîne des Apennins, h 25-30 kil. de Spoleto, on récolte des raisins sans pépins, nommés uva-passa et uva-passerina, dont les grains, très-petits, ressemblent à ceux du raisin de Corinthe tant par leur forme que par leur goût : ces vignobles fournissent aussi de fort bons vins.
Le principal commerce des vins el des raisins secs se fait à Orvielo, à Viterbe, à Spoleto, à Bologne, à Terni et dans quelques autres endroits.
Les mesures en usage sont, à Rome, le barillo, qui contient 45*,50; la brenta, de 144 litres, et la 5ot/a, composée de 46 barilli ou de 728 litres ; é Bologne, la corba, qui est d'environ 74 litres; à Ancône, la soma de 86 litres; à Ferrare, la secchia, de i0^23, el le mastello, contenant 8 secchia.
Dans les Etats romains les droits d'importation sont fixés ainsi qu'il suit :
yins ordinaires en fûts : introduction et sortie prohibées.
yins en toute sorte (d'autres) contenants : entrée, S Tr. les iOO livres; sortie, 0,01, soit 3i fr. 56 c. les 100 b:il. à l'entrée et 16 centimes à la sortie.