S. III. NOUVELLE - ESPAGNE
Malgré les entraves que le commerce de Cadix n’a cessé de mettre à la culture de la vigne, la Nouvelle-Espagne a des cantons où cet arbuste réussit fort bien. Les environs de Passo-del-Norte > $ur la rive droite du Rio-deLNorte, dans le Nouveau-
Mexique, pays délicieux, qui ressemble aux plus belles campagnes de l’Andalousie , renferment de beaux vignobles qui produisent des vins liquoreux et de bon goût : ils sont considérés comme les meilleurs de cette partie du Nouveau-Monde., et les voyageurs qui vont àSanta-Fé, ne manquent pas de s’en approvisionner. Les vignobles de Parras , dans la Nouvelle-Biscaye, donnent des vins de même espèce, et dont on fait un grand éloge. Les cantons de Saint-Louis- dela-Paz et de Zelaya, dans la province de Méchoacan, sous les 22e. et 23*. degrés de latitude, boréale, produisent aussi des vins estimés.
La vigne est cultivée avec succès dans la Nouvelle- Californie. Les premiers colons y trouvèrent en 1769 des ceps sauvages, qui donnoient des raisins d’une belle apparence, mais très aigres; les missionnaires y ont porté des plants d’Europe qui y ont bien réussi, et dont on retire aujourd’hui une assez grande abondance de bon vin. Les principaux vignobles sont situés le long de la côte, au sud et au nord de Monterey , jusqu’au-delà du 3ye. degré de latitude. On estime particulièrement les vins des villages de San- Die go , San- Juan , Capristrano 9 San- Gabriel, San-Buonaventura , Santa-Barba , San- Luis-Obispo y Santa- Clara et San- José.
On rencontre aussi la vigne dans plusieurs îles du golfe du Mexique; mais elle n’y est cultivée qu’en treilles , et uniquement pour en manger le fruit : les vins que l’on y consomme sont tirés de l’Europe.
En Amérique , comme dans tous les pays où le
vin n’est pas abondant, on fabrique des liqueurt artificielles qui le remplacent. Dans les îles où l’on cultive le café , la pulpe charnue qui enveloppe cette fève fournit, par la distillation, une liqueur spiritueuse nommée ratajia de café; elle a un goût et un parfum fort agréables. Plusieurs parties du Mexique , et particulièrement la juridiction de Zempoala, dans la province de Tlascala, produisent en abondance une plante nommée maguey de pulque (i), s’élevant à peine à la hauteur d’un mètre et demi, et qui, au moyen d’une incision pratiquée de manière à former un réservoir dans sa partie supérieure, fournit chaque jour, lorsqu’elle est en plein rapport, jusqu’à 3 y5 pouces cubes ( environ 7 litres et demi) d’un suc que l’on désigne sous le nom de miel, à cause du principe sucré qu’il renferme. Ce suc est d’un aigre-doux assez agréable 5 il fermente facilement, et se convertit, en trois ou quatre jours , en une boisson vineuse nommée pubque y ressemblant au cidre, mais qui a une odeur de viande pourie très-désagréable. Les naturels en sont grands amateurs, et l’on assure que lorsque les Européens parviennent à vaincre le dégoût qu’inspire l’odeur fétide de cette liqueur , ils la préfèrent à toute autre. Le pulque est considéré dans le pays comme stomachique, fortifiant, et sur-tout comme très-nourrissant 3 celui du village d ' Hocotitlan , situé au nord de la ville de Toluca , passe pour être le meilleur. Cette boisson est la base d’un commerce considérable.
(1) L’une des nombreuses variétés de Vugave americana .
La quantité qui s’en consomme chaque jour dans la ville de Mexico , où elle tient lieu de vin, est évaluée à üooo pintes; on tire dupulque, par la distillation, une eau-de-vie très-enivrante , nommée mexical ou aguardiente de maguey .
Les habitans de quelques provinces de l’Amérique font du vin de palmier. Pour se procurer le suc de cet arbre, ils pratiquent, dans la partie ventrue du tronc , une ouverture de 4 à 5 pouces de diamètre , et ils enlèvent assez de moelle pour former dans l’intérieur et au-dessous de l’ouverture , une espèce de réservoir de 5 à 6 pouces cubes : celui-ci s’emplit de suc que l’on retire avec des calebasses pour le mettre dans le vase destiné à le transporter.. Cette liqueur, lorsqu’elle est fraîche, ressemble un peu, pour le goût, au lait de coco; on en obtient, par la fermentation , une liqueur assez spiritueuse pour enivrer.